Kagnassi, un conseiller très spécial

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"Il semble qu’on ait voulu me salir", affirme Sidi Mohamed Kagnassi. © DR
“Il semble qu’on ait voulu me salir”, affirme Sidi Mohamed Kagnassi. © DR

Son nom apparaît au bas d’un contrat militaire dont l’authenticité est sujette à caution. Une chose est sûre : la nomination de Sidi Mohamed Kagnassi au cabinet d’IBK n’est pas passée inaperçue.

 

Il ne voulait pas de la lumière. Abonné aux controverses en Côte d’Ivoire, Sidi Mohamed Kagnassi pensait y échapper en rentrant chez lui, au Mali, et en entamant, à l’âge de 47 ans, sa nouvelle vie de conseiller spécial du président. Sa nomination était passée inaperçue et il en aurait peut-être été ainsi encore longtemps sans la publication, dans la presse, de deux documents censés le compromettre.

 

 

Le premier est un décret de l’exécutif daté du 7 janvier faisant de Kagnassi le conseiller spécial d’Ibrahim Boubacar Keïta (IBK). L’homme d’affaires, qui s’était jusque-là montré discret dans son pays natal, n’a en réalité pas attendu le début de l’année pour le conseiller. Il est au côté du chef de l’État depuis son investiture en septembre dernier – certains disent même qu’il a financé sa campagne, ce qu’il nie – et joue un rôle d’électron libre au palais de Koulouba. “Le président l’a recruté pour sa bonne maîtrise du commerce international, il mène plusieurs missions parfois très différentes”, indique un collaborateur d’IBK.

 

 

Aucun lien avec Guo-Star ?

Le second document, un protocole d’accord relatif à la fourniture aux forces armées de véhicules et de matériel militaires, en date du 13 novembre 2013, porte sur un montant de plus de 69 milliards de F CFA (105 millions d’euros). Y ont apposé leur signature : Soumeylou Boubèye Maïga, le ministre de la Défense, et Sidi Mohamed Kagnassy (avec un “y”), en tant que “directeur général” de la société Guo-Star SARL.

 

 

Si Kagnassi a été chargé de cette mission classée secret défense, c’est qu’il jouit de la confiance pleine et entière d’IBK.

Le “scandale” a fait long feu : le principal intéressé jure n’avoir aucun lien avec Guo-Star, l’entourage du président assure que ce contrat “est un faux” et au sein du corps diplomatique on dit ne pas avoir d’éléments confirmant ces accusations. Quant à l’opposition, elle n’a pas exploité le filon.

 

 

“Il semble que des gens aient voulu me salir”, déclare l’homme d’affaires. S’il récuse toute participation dans Guo-Star, il ne nie pas avoir eu un rôle dans les achats militaires de ces derniers mois. “Ce fut l’une de mes premières missions auprès du président.” À savoir ? Jouer les intermédiaires entre l’état-major de l’armée, les fournisseurs et les banques. “Une fois que les prix ont été validés, il a passé le relais”, affirme une source à la présidence. Une chose est sûre : s’il a été chargé de cette mission classée secret défense, c’est qu’il jouit de la confiance pleine et entière d’IBK.

 

 

L’élite malienne, un microcosme dans lequel les grandes familles s’entremêlent

Est-ce parce qu’il est un proche du fils de ce dernier, Karim Keïta, qui préside la commission défense à l’Assemblée nationale ? Ou parce qu’IBK fut – comme tous ses prédécesseurs – un intime de son père ? “IBK m’a vu naître”, reconnaît Kagnassi. C’est une image, mais elle décrit bien la particularité de l’élite malienne, un microcosme dans lequel les grandes familles s’entremêlent.

 

 

Le père de Sidi Mohamed n’est autre que Cheikna Kagnassi, l’ex-roi du coton ouest-africain, dont l’empire économique, L’Aiglon, a brutalement été mis en liquidation en 2007. Sidi Mohamed, après des études de commerce en Suisse, avait pris la relève en Côte d’Ivoire, dans les années 1990. Débuts difficiles : on lui attribue la faillite, au milieu de la dernière décennie, de la filiale ivoirienne de L’Aiglon, La Compagnie cotonnière de Côte d’Ivoire. “Encore aujourd’hui, j’en pâtis”, se plaint-il.

 

 

Pourtant, l’homme, qui déclare avoir gagné 1,2 million d’euros en 2013, a su se relever. En 2007, reconverti en représentant de Sagem Sécurité, il convainc Laurent Gbagbo d’accorder à la société française le juteux contrat de 160 milliards de F CFA d’enrôlement des électeurs. Après la chute de Gbagbo, il se rapproche de ses tombeurs, Alassane Ouattara et surtout Guillaume Soro, et obtient plusieurs contrats dans le BTP. Il fait également des affaires en Ouganda et en Tanzanie. Mais au Mali, “jamais ! c’est hors de question”, clame-t-il, oubliant un peu vite que c’est lui qui, comme en Côte d’Ivoire auparavant, a fait la publicité de Sagem Sécurité (rebaptisé Morpho) à Bamako en 2013, pour rafler le marché des cartes d’électeur.

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