Le Capitaine Sanogo à Jeune Afrique à propos de la crise « Nous n’avons aucune responsabilité dans l’agression de Dioncounda »

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Dans une récente interview accordée à Jeune Afrique (entretien réalisé le 25 mai) dans son dernier numéro, le chef des putschistes du 22 mars 2012, le Capitaine Amadou Haya Sanogo n’a point ménagé le président de la Transition, Pr Dioncounda Traoré et la CEDEAO qui, à l’en croire, sont la cause de l’enlisement de la crise institutionnelle à Bamako.  Pour le désormais  » ancien chef de l’Etat du Mali » et non moins président du Comité national de redressement de la démocratie et de la restauration de l’Etat (CNRDRE), Dioncounda n’incarne pas le changement. Lui et ses hommes n’ont aucune responsabilité dans son agression.  » Sa désignation par la CEDEAO pour diriger la transition n’a pas été appréciée par les Maliens « .

Dans ses explications avec notre confrère Cherif Ouazani, parlant du président de la transition, le patron du CNRDRE sera  peu amène : « Voilà un homme qui, pendant vingt ans, a été au centre du pouvoir. Vingt années au cours desquelles ont commencé la lente déliquescence de l’Etat, la marginalisation de l’armée, le développement de la corruption, du népotisme… Cet homme était ministre de la Défense en 1993, il a été député pendant les quatre dernières législatures. Il a participé au processus qui a mis le pays à genoux », a-t-il déclaré.

Comme pour dire que « son » coup d’Etat devait emporter tous les hommes politiques qui ont, peu ou prou, collaboré avec le régime du président ATT. Or, à l’analyse, ils doivent être très rares, ceux qui n’auraient pas participé, à un titre ou à un autre, à la gouvernance de ces vingt dernières années. «Mon Capitaine» devrait savoir que Dioncounda n’a été député que durant deux législatures : de 1997à 2002 et de 2007 à 2012 !

Pour le capitaine Amadou Haya Sanogo, c’est Dioncounda Traoré, le principal responsable qui a récusé son initiative de tenir « une convention nationale qui regrouperait les civils et les militaires, les syndicats et le patronat ». Et le jeune officier de s’offusquer : «il l’a récusée, non pas depuis Bamako, mais depuis Abidjan, capitale de la présidence en exercice de la CEDEAO, qui a unilatéralement décidé de le maintenir au pouvoir pour douze mois. Les Maliens n’ont pas apprécié».

Concernant l’agression du président de la transition le 21 mai au Palais de Koulouba, le chef du CNRDRE s’est empressé de rappeler qu’il a été le premier à condamner l’acte qui, selon lui, n’est pas un signe de soutien à l’armée, mais une  » réaction à une atteinte à la souveraineté populaire « . Et le chef des putschistes du 22 mars  d’expliquer pourquoi il n’a pas pu se rendre au chevet du président agressé à l’hôpital en insistant sur des questions de sécurité faisant que ses déplacements sont très complexes à organiser.  » J’ai chargé le Premier ministre de lui transmettre mes vœux de prompt rétablissement », a-t-il souligné. Et comme pour lever une quelconque équivoque et faire taire les récriminations contre le ministre de la Sécurité, un de ses proches, dont certains réclament la démission, Amadou Haya Sanogo se fend d’un vibrant démenti avant d’être accusé. « Je tiens à répéter que nous n’avons aucune responsabilité dans cette agression  » a-t-il fulminé.

A la question de savoir pourquoi l’avion de l’évacuation sanitaire de Dioncounda a été bloqué durant deux heures à l’aéroport, le capitaine dira qu’aucune information sur le déplacement du président de la transition n’avait été communiquée aux soldats en poste à Bamako-Sénou.  » La fragilité de la situation que nous vivons alimente la méfiance des militaires. C’est le manque de communication qui est à la base de cet incident « . Et cette fragilité serait due, selon lui, à ce qu’il appelle « le non-respect de la souveraineté du peuple malien. L’acte que nous avons posé le 22 mars était annonciateur de changement. L’homme désigné par la CEDEAO n’incarne pas le changement « .

Le chef putschiste, qui semble coincé dans son bunker de Kati pour des raisons de sécurité, pense qu’il peut tout de même se rendre là où il veut et quand il veut. Il a, explique-t-il, une forte escorte composée de soldats entraînés qui peuvent faire face à une attaque ou une embuscade. Mais, la prudence lui commande de contrôler ses mouvements. Le capitaine serait  » la cible privilégiée des adversaires du changement  » qu’il incarnerait. Ce qui a conduit à militariser systématiquement la ville garnison de Kati et spécialement le camp Soundjata Kéita où il réside pour ainsi dégarnir la présidence de la République. Ce qui a facilité le « sale boulot » des manifestants proches du CNRDRE à porter la main fatale sur Dioncounda Traoré. Ceux-là même qui, une heure après leur forfait, réclameront, lors d’une parodie de « convention nationale souveraine « , que c’est le capitaine Sanogo qui doit diriger le pays. A ce propos, le putschiste dira que  » si une formule est trouvée pour lui imposer  » d’aller à Koulouba, il fera face à ses responsabilités.

Bruno D SEGBEDJI  Source : Jeune Afrique

SOURCE:  du   6 juin 2012.    

66 Réactions à Le Capitaine Sanogo à Jeune Afrique à propos de la crise « Nous n’avons aucune responsabilité dans l’agression de Dioncounda »

  1. maiga a souma

    sanogo ne réalise pas encore le chaos qu’il a semé dans le pays.