Le Lieutenant Mohamed K Mariko, Chef du centre de la Protection Civile de Sogoniko fait le point des sinistres en 2014 : «5 605 victimes, 5 435 blessés, 173 morts»

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 Le Lieutenant Mohamed K Mariko, Chef du centre de la Protection Civile de Sogoniko fait le point des sinistres en 2014 : «5 605 victimes, 5 435 blessés, 173 morts»Bamako Hebdo : Bonjour Lieutenant, pouvez-vous nous faire le pont sur toutes vos interventions durant l’exercice de l’année 2014 ?

Lieutenant : Bonjour, vous savez à Bamako, il y’a deux centres de Sapeur pompier, une direction régionale démembrée en deux compagnies de sapeur pompier : la rive gauche et la rive droite. De ces deux compagnies résultent à peu près 5 centres: 3 centres vers la rive gauche, couvrant les zones de Sotuba, Dravéla, et l’ACI 2000, et autres centres vers la rive droite, couvrant Baco Djicoroni et Sogoniko. En ce qui concerne Sogoniko, dont je suis le responsable, on a eu à faire 180 sorties à la date de décembre 2014.

Sur ces 180 sorties, nous avons recensé près de 150 accidents de circulation dans l’ensemble du territoire. Et, dès fois, quand il y a une crise d’ambulance sur la rive droite, c’est nous qui sommes amenés à intervenir. En effet,  nous avons eu à mener des opérations de sauvetage sur les routes de Koulikoro et de la Guinée. Pendant le week-end, la plupart des cas qui arrivent trouvent que toutes les ambulances sont en mouvement. Mais s’il y’a une urgence, dès qu’une ambulance est disponible, quelle que soit sa position, on l’envoie directement sur les lieux du sinistre. Souvent, de l’hôpital Gabriel Touré, on peut te retrouver sur la route de Bougouni, ou bien de l’hôpital du Mali, ou derrière Sébénicoro. Tout dépend de la disponibilité des agents. Dès que l’un annonce sa disponibilité et que le besoin se fait ressentir, il est envoyé sur place. Cependant, il arrive quelque fois que l’on nous demande main forte, en sollicitant des ambulances, mais il est impossible, de satisfaire toutes les requêtes. C’est pour cela que d’autres personnes y vont avec leurs propres moyens.

Les cas sur lesquels nous sommes intervenus dans le centre de Sogoniko sont : 150 accidents de circulation, 8 incendies, 5 secours à victimes.  Pour les cas de sauvetage, il n’y a eu qu’un seul cas, c’est à dire une personne tombée dans un puits ou une personne faisant face à d’énormes difficultés. S’agissant  des cas de fausses alertes, des plaisantins s’adonnent à ces petits jeux et nous font sortir pour rien. Néanmoins, on a eu en à traiter trois cas.

Pour les sorties sans intervention, trois cas ont été recensés. C’est à dire, qu’on va trouver que la victime est déjà évacuée ou que l’incendie est éteint.

Pour les enfants abandonnés, il y’a eu un seul cas. Toutes ces interventions ont fait à peu près 269 victimes dont 258 blessés et 8 morts.

Pour la compagnie de la rive droite, des deux centres cumulés, il y a eu à peu près 377 cas dont 294 accidents de circulation, 25 incendies, 6 fausses alertes, 7 sorties sans intervention et un cas de sauvetage dont 494 victimes, 482 accidents de la circulation faisant 477 blessés et 5 morts. Au total 491 victimes, 480 blessés et 11 morts pour toutes les interventions confondues.

A présent, je vais vous donner la situation statistique de l’année dernière donc du 1 janvier  au 31 décembre 2014 : la deuxième compagnie est intervenue dans 3 443 accidents de circulation dont 5 356 victimes et 5 270 blessés et 86 morts. Pour les incendies, il y’a eu 231 cas, faisant 11 victimes, dont 3 blessés et 8 morts. Pour les secours à victimes, il y’a eu 219 cas, avec 197 victimes dont 148 blessés et 49 morts. Pour les accidents d’eau et de gaz, il y’a eu 16 sorties faisant 7 victimes, 3 blessés et 4 morts. S’agissant de la protection des biens publics, il y’a eu 9 sorties dont 4 inondations faisant 4 victimes dont 3 blessés et 4 morts.

Concernant les inondations, il y’a eu 4 cas faisant 4 victimes dont 3 blessés et un mort.

Des cas de noyades, il y’a eu 5 sorties, dont 3 victimes et 3 morts. Pour les cas de sauvetage, il y’a eu 16 sorties, 17 victimes dont 5 blessés et 12 morts. Pour les fausses alertes, on a recensé 64 cas et, dès fois, elles nous amènent banalement à 50 km en dehors de la ville. Pour les sorties sans intervention, il y’en a eu 70. Le cas des enfants abandonnés, il y’ en a eu 6, dont 6 victimes, 3 blessés et 3 morts. Les découvertes macabres sont estimées à 7 cas dont 7 victimes et 7 morts.   Au total, nous avons 4 205 sorties, dont 5 605 victimes et 5 435 blessés et 173 morts pour la deuxième compagnie. Je vous ai présenté les cas où on a eu à intervenir. En revanche, il y a des cas où, L’on ne nous avise même pas, surtout les accidents de circulation parce que tout le temps, il y’a des crises d’ambulances à Bamako.

-Pourriez-vous, de façon concise, nous parler de la protection civile et son rôle ?

-La protection civile est un service de l’Etat qui est agrémenté pour veiller à la sécurité des personnes, des biens et des environnements. Et, généralement, la plupart des missions de la protection civile sont gratuites pour la population.

-Pourriez-vous nous citer ces missions ?

-Ces missions sont : la lutte contre les incendies, les accidents de circulation, les secours à victime, l’assistance à personne en danger, les sauvetages, les noyades, la protection des édifices publics, la reconnaissance et les recherches, l’inondation, les opérations divers, les effondrements et les cas de découverte de cadavre en putréfaction

-Comment faites-vous pour gérer les difficultés que vous rencontrer lors de vos interventions ?

Si les interventions sont près d’ici, on est obligé de se déplacer à pied comme j’ai l’habitude de le faire moi-même. Un jour, quelqu’un s’est fait faucher devant l’auto-gare de la SOMATRA (Société malienne de transport),  j’étais obligé d’aller conditionner la victime, en attendant que l’ambulance se libère, et au moment où je partais, elle était au niveau de l’hôpital Gabriel Touré. Donc, il fallait attendre que l’ambulance la plus proche puisse prendre en charge la victime, mais si ce sont des cas éloignés, on est obligé d’attendre qu’une ambulance nous fasse part de sa disponibilité. C’est pour cette raison qu’elles sont toutes munies de radios. Dès que les agents finissent une intervention, ils sont aptes à repartir sur le terrain à condition que l’ambulance ne soit pas souillée ou alors qu’ils aient pu la désinfecter au sein d’une structure hospitalière ou d’un centre de secours. Une fois l’ambulance traitée conformément  aux normes de santé, ils donnent leur position, une fois celle-ci connue et si disponibilité il y’a, les agents sont directement envoyés pour secourir d’autres victimes.

-Comment faire pour vous alerter en cas d’urgence?

-Au niveau de la direction régionale, il y’ a un centre de coordination des opérations. Le centre est munis d’une ligne verte et d’une ligne non gratuite mais, généralement tous les appels nous parviennent sur la ligne verte cependant, il n’y a qu’une seule ligne verte ce qui fait que parfois quand quelqu’un occupe cette ligne, il est très difficile pour les autres de nous joindre. Donc ça c’est la première difficulté à laquelle on fait face. Et en plus de cela, du côté de la police nationale, on peut nous alerter à tout moment car, les policiers sont présents au niveau de la circulation et de la ville. Le moyen qu’a la police de nous joindre est leur centre de coordination qui est en relation direct avec le nôtre. Ce qui signifie donc que nos radios sont connectés.

-Est ce que vous travaillez avec des hôpitaux ?

Oui, nous travaillons avec l’ensemble des centres hospitaliers de Bamako car quelle que soit notre compétence, la finalité c’est un centre hospitalier et généralement les hôpitaux parce que, si nous prenons les civières au niveau des centres hospitaliers, elles sont inappropriées pour transporter une personne en état critique. Nous voyons que les hôpitaux répondent plus aux besoins de la victime que les centres de santé secondaire ou les centres de référence.

-Pourriez-vous nous citer quelques hôpitaux travaillant en étroite collaboration avec vous ?

-Oui ! Pratiquement nous nous référons sur tous les hôpitaux de Bamako parce que Gabriel Touré ne peut contenir toutes les victimes, cela nous contraint à aller jusqu’à Kati parce que nous sommes confrontés aussi à la disponibilité des lits dans les hôpitaux. Il nous arrive souvent de faire le tour de tous les hôpitaux sans pour autant avoir une place pour les victimes. Donc, si ça ne tient qu’à cela, ils sont obligés d’aller jusqu’à Kati et souvent même à Kati, on rencontre des difficultés, il n’y a pas de lits disponibles, ce qui amène des polémiques entre les agents de la santé et de la protection civile.

-Est-ce que le financement de l’Etat est à la hauteur de vos objectifs ?

-Vous savez, on ne peut pas dire que les choses sont suffisantes car le besoin s’accroit. Malgré tout, l’Etat fait ce qu’il peut. Si nous nous référons à la France, puisque le Mali s’inspire du modèle français, c’est surtout la collectivité qui s’occupe des services de secours et de sécurité. Ce n’est pas le cas au Mali où tout repose sur l’Etat. Ce qui fait que pratiquement les besoins ne sont pas satisfaits à 100%. Mais, on essaie d’aller avec. Nous nous débrouillons avec ce qu’on nous donne mais quand le besoin s’en fait sentir on ne manque pas de le signaler parce que les statistiques sont faites pour ça

-L’embouteillage ne constitue-t-il pas une difficulté à surmonter parce que, vous n’êtes pas sans savoir que les Maliens se disent chaque fois qu’une sirène de sapeur pompier retentit : Ah !!! Les pompiers font ça pour passer, ils n’ont aucun blessé dans leur véhicule ?

-C’est bien de me poser cette question. Vraiment, nous sommes confrontés à cet épineux problème. Les gens disent que nous n’avons rien dans l’ambulance, ce qui peut être vrai. Mais, paradoxalement, il faut qu’ils sachent que quand l’ambulance est de retour d’une intervention, on peut en avoir besoin à tout moment. Donc, ils sont obligés de rallier rapidement leur centre de secours pour prendre des dispositions nécessaires afin d’être opérationnels. C’est toujours dans le souci, de mieux servir les concitoyens. C’est pour cela que quand une ambulance est bloquée en embouteillage, même si elle est vide et qu’il se trouve qu’on a besoin d’elle pour une intervention rapide, si elle n’est pas désinfectée à temps, cela va causer un manque de temps à gagner. Soit vous trouverez qu’il y’ a du sang répandu dans l’ambulance, ou vous trouverez qu’il y’a des souillures à l’intérieur. Donc, il faut que l’équipe revienne à la base pour la désinfecter rapidement et retourner sur le terrain. C’est pour cette raison que les agents n’aiment pas rester dans les bouchons. Dès que vous voyez une ambulance de la protection civile dans la circulation, cela veut dire qu’il y’ a toujours une urgence qui est là. C’est ce qui fait que nos gens mettent la sirène au retour. Sinon, dans la déontologie de la protection civile, il n’est pas recommandé aux agents de mettre la sirène, sauf si la nécessité légalement constatée l’exige. C’est dans le souci de servir les citoyens qu’ils sont obligés de mettre la sirène pour prendre des précautions rapidement et vite repartir. Dans certains cas, ça les gêne, il y’a des ambulanciers qui peinent toute la nuit, en train de veiller en intervention et ne se reposent dans la journée aussi. Par exemple, une seule équipe peut intervenir 20 fois en 48H nuit et jour, et cela les épuisent. C’est vrai que le temps de parcours est un repos pour eux mais quand ils sont liés par un serment, ils sont obligés de revenir dans le souci de bien servir afin de remettre en état l’ambulance.

J’invite les gens à comprendre que quand l’ambulance de la protection civile est en sirène, c’est qu’il y a des besoins, voire des urgences. Il faut leur faciliter l’accès des voies sur les scènes d’interventions car on peut les appeler à tout moment et à toute heure pour une intervention. De plus, la plupart des ambulances ne s’arrêtent pas à Bamako. Déjà, aujourd’hui, ils ont fait plus de 5 sorties car la plupart des accidents de circulation se déroulent soit dans notre secteur ou dans un autre secteur.

-C’est ce message que vous lancez au peuple ?

-Oui ! Je souhaiterais que les gens aient du bon sens, on ne les en oblige pas mais, c’est une demande de faveur. Certes, nous avons la priorité mais nous demandons avant tout des faveurs aux autres usagers de la route, qu’ils essaient de comprendre que nous sommes à leur service. Donc qu’ils nous concèdent le passage pour accomplir notre mission.

-Lors de vos interventions dans les marchés, est-ce que vous y rencontrez-vous des difficultés d’accès particulières?

– Oui ! Partout où nous partons en intervention, nous avons des difficultés d’accès. Soit il y’a des bouchons ou des barricades ; surtout au niveau des marchés et, en plus de cela, il y’a une insuffisance sinon un manque de moyen de secours. Les moyens de secours sont les moyens que nous pouvons utiliser premièrement en attendant l’arrivée des pompiers ou que les pompiers, une fois sur les lieux, utilisent pour renforcer leur capacité. Par exemple les prises d’eau et les poteaux d’incendies. Dans les autres pays, il paraît que le règlement demande à ce qu’il y’ait un poteau tous les 200 ou 400 mètres de plus. Mais, au Mali vous trouverez des poteaux tous les 5 ou 10 km.

Vous vous rendez compte ? Donc si un engin d’incendie doit venir éteindre avec une capacité moyenne de 2 000 à 3 000 litres d’eau dans la citerne un feu, les agents utilisent une lance afin de déverser en 5 ou 10 mn toute l’eau contenue dedans. Cependant, s’il faut parcourir 10 km pour se recharger en eau et revenir ensuite sur un incendie, ce n’est pas très professionnel. Non seulement c’est un gaspillage de carburant, en plus c’est une perte de temps. Dès fois, vous éteignez une partie des flammes, vous partez charger de l’eau, vous revenez trouver que le feu c’est attisé à nouveau. C’est pour cela que nos hommes restent longtemps sur les interventions.

-Quel message avez-vous à lancer à l’Etat malien ?

-Le message que j’envoie à l’Etat malien est qu’il essaie, au moins au niveau des grandes structures à couvrir  par les sapeurs pompiers, de mettre, des poteaux d’incendie ou bien de créer des textes législatifs qui imposeront aux promoteurs immobilier d’ériger un poteau d’incendie qui lui permettra de sauvegarder leur investissement. Si l’Etat construit un marché, la moindre des choses, c’est de soumettre un dossier à notre bureau d’études spécialisées dans le domaine de la sécurité contre les incendies. Si l’on respecte leur prescription, cela permettra à la personne de s’auto défendre. Par contre, au cas où la situation le dépasserait les pompiers pourraient se servir à leur tour de ses moyens pour renforcer leur capacité. Cela raccourcit, le délai d’intervention. Voilà le message que j’ai à passer à l’Etat pour qu’il impose ses textes législatifs aux constructeurs d’immeubles

    Interview réalisé par Mohamed HAIDARA et Paul Dao.

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