Candidate au concours du meilleur artisan Siao 2012 : Mme Bissan, une valeur sûre de l’artisanat malien

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La 13ème édition du salon international de l’artisanat de Ouagadougou (Siao) se déroulera du 26 octobre au 4 novembre. Le Mali sera présent avec plus 180 de artisans, dont 11 lauréats pour le concours du meilleur artisan. L’une des lauréates qui a retenu notre attention par son aiguille d’Or est Mme Bissan Hawa Coulibaly, présidente de  l’Association pour la Valorisation des textiles du Mali, qu’on vous fait découvrir dans nos colonnes.

Mme Bissan Hawa Coulibaly, est économiste, diplômée de l’ENA, depuis une vingtaine d’années. A la fin de ses études, elle n’a pas traîné avant d’exprimer son savoir.  C’est ainsi qu’en 1996, après quelques activités dans le commerce par ci par là, elle finit par ouvrir  son atelier de coupe couture, puisque  depuis son enfance, la mode a toujours été sa passion. C’est en 2002 qu’elle décide de valoriser la transformation locale du coton au Mali, une façon pour elle de contribuer  à  l’édification nationale.

D’où la naissance de l’atelier de couture “ Reine couture “  devenu en 2007,  ” Bi Dali ” qui veut dire en Bambara ” Tissage nouvelle génération “. La création de ce nouveau label avait pour objectif  d’apporter des styles nouveaux au tissage.

Mme Bissan explique que son label ” Bi Dali ”  est une micro entreprise de transformation  artisanale du coton, composée de deux volets : Le volet  tissage  et le volet  confection  atelier de coupe et couture. Selon elle, la transformation locale, artisanale du coton est un domaine très complexe, qui a eu ses moments de  gloire un peu après l’indépendance.

Le Mali dans la perte de ses valeurs vestimentaires

Elle estime que de nos jours, le Mali en tant que premier pays producteur de coton dans la sous région,  est envahi par les textiles étrangers. ” Les populations ne consomment en matière vestimentaire pratiquement que ce qui vient  de l’étranger.

Avant d’ajouter que l’identité culturelle disparait petit à petit et les professionnels traditionnels  du métier du tissage ne vivant plus de leurs métiers sont de véritables démunis et chôment à longueur de journée. ” Nos  filles ne se sentent a l’aise que si elles portent des robes que d’autres on déjà  portées. Je trouve cela honteux “ estime Mme Bissan.

Mme Bissan prendra pour autre exemple les couronnes en cotonnade que les  marraines  d’autrefois portaient traditionnellement   sur la tête pendant les cérémonies, qui sont remplacées par des bandes de dentelle  brillantes,  venant d’ailleurs. “  Nos cadres ne se sentent bien que s’ils portent des vestes de grandes marques. La mondialisation est devenue incontournable, mais il faut savoir tirer son épingle du jeu en pensant à sa propre situation. Les industries locales ne sont que deux et  arrivent à peine à transformer 1% de la production nationale de coton, tout est exporté en brut. Les opérateurs économiques évoluant dans le domaine du textile ne font rien pour créer des usines avec l’appui de l’Etat, mais, dépensent des milliards pour faire travailler d’autres peuples dans le monde entier, alors que tout le monde essaie de lutter contre le chômage. ” L’industrialisation commence toujours par l’artisanat et nos autorités feraient mieux de mettre ce secteur en valeur pour le bien des générations futures ” dira Mme Bissan.

A l’écouter, on comprend à quel point Mme Bissan est une fervente combattante de la promotion des produits locaux.  Mais si en majorité il n’y a que des brebis galeuses, Mme Bissan salue néanmoins   l’initiative de l’actuel Ministre de l’Artisanat et du Tourisme pour son effort à faire participer plus de 180 artisans au SIAO  avec une prise en charge assez conséquente.  ” J’en profite pour le remercier infiniment, car c’est une première au Mali que la  sélection soit faite de manière transparente et efficace. “

Mme Bissan a également fait une mention spéciale à l’endroit du Ministre du Logement et de  l’Habitat, Mme Diallo Fatima Touré, qui ne consomme que des produits locaux  en  habillement. Cette dernière se bat également pour convaincre son entourage de faire pareil.  Elle dit avoir aussi une pensée forte pour Mme Aminata Dramane Traoré pour son engagement en faveur de la transformation du coton local depuis des années.

Mme Bissan a également fait un plaidoyer au président de la République de porter un peu moins les vestes.  ” S’il vous plait SEM le président,  votre écharpe est elle locale ou importée ? “

Parlant du Siao, elle dira que c’est un grand événement dans la sous région qui permet  aux artisans d’être en contact avec des acheteurs professionnels capables de commander des produits artisanaux en quantité. ” Nos produits ne se vendent pas assez  dans nos pays et nous sommes obligés très souvent de nous déplacer pour trouver les acheteurs, ce qui coute extrêmement cher  pour nous les artisans qui vivons au jour le jour pour gagner notre vie, alors le Siao est une grande opportunité “.

Prix obtenus

– AIGUILLE D’OR des journées Christ Seydou organisées par le Ministère de l’artisanat et du Tourisme en 1997.

– PRIX D EXELLENCE DE  L’UNESCO POUR L’ARTISANAT  en 2009 et 2011

РPlusieurs fois laur̩ate au Siao.

Clarisse Njikam

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1 commentaire

  1. Bien sûr Mme Bissan a raison. Mais quel est le prix de ses tissus et de ses modèles ? Lorsqu’on achète des vêtements provenant de l’étranger, ce n’est pas toujours par goût de l’exotisme, mais souvent pour des raisons financières et ceci même si la qualité n’est pas comparable ! Par ailleurs il y a aussi la praticité: faire le ménage ou même ses courses alimentaires avec un boubou ou une jupe “courte” voire un jean n’a rien de comparable, ne serait-ce que pour monter dans un bus ou une voiture, et je ne parle pas de l’entretien (excepté si l’on a des domestiques ou les moyens d’aller au pressing ou à la blanchisserie).

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