Djénéba Koné : La soprano s’est éteinte pour toujours

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La mort vient de faucher brutalement l’une de nos jeunes et brillantes artistes. Il s’agit de Djénéba Koné qui a tenu le rôle principal de « Bintou Wèrè » dans l’Opéra du Sahel.

Elle est décédée mercredi dans un accident de la circulation sur la route de Ségou. Ses obsèques ont eu lieu hier à N’Tomikorobougou en Commune IV du District de Bamako. Née il y a 29 ans à Ségou, elle avait accédé à la scène internationale grâce à l’Opéra du Sahel en 2006. Ses qualités de vocaliste, de comédienne et de danseuse lui ont assuré le rôle majeur dans cette oeuvre. Ce n’était pas acquis d’avance car c’est après avoir essayé plusieurs cantatrices maliennes et sénégalaises qui ne leur ont pas donné satisfaction que les maîtres chorégraphes, musiciens et dramaturges qui avaient la charge de l’encadrement, ont décidé de lui confier le rôle. Soprano de cette première création purement africaine, Djénéba Koné, après la première représentation sur la berge du fleuve Niger à Bamako, a tourné successivement à Amsterdam (Pays-Bas) en 2007, puis au Théâtre du Chatelet à Paris, l’année suivante. L’œuvre avait ensuite poursuivi sa tournée en Afrique (Dakar, Ouagadougou, Conakry, Nouakchott, Banjul…).

C’est ainsi que la jeune femme entra dans la cour des grands par la porte d’honneur. Elle évolue ensuite avec de nombreuses troupes de danse et de musique basées en France. A partir de 2009, elle décide de voler de ses propres ailes en enregistrant une dizaine de chansons, toutes inspirées du riche patrimoine ségovien. Elle était très sollicitée en Europe où son agenda de concerts et de représentations théâtrales était toujours chargé. Née dans une famille de musiciens (son père était un balafoniste, sa mère chanteuse et ses trois frères aînés sont musiciens), Djénéba Koné avait appris à chanter auprès de sa mère avant même l’âge de 10 ans. « Ma mère me faisait reprendre plusieurs fois les chansons bambara comme « Kéléya », « Fala », « Mousso Bonya » jusqu’à ce que j’y parvienne. Après on allait dormir », confiait-elle. Après le décès de ses parents, commence pour l’enfant la lutte pour la survie. Elle est obligée d’abandonner l’école alors qu’elle est en 3è année de l’enseignement fondamental.

En 2002, elle intègre la troupe de théâtre « Waléa » ce qui lui permet de gagner tant bien que mal sa vie. Malgré ses talents de soliste, elle est maintenue à la fois comme ballerine, choriste et membre de l’ensemble instrumental et danseuse traditionnelle au sein de la troupe de Ségou lors de la Biennale artistique et culturelle de 2003. A l’édition de 2005, ses encadreurs hésitèrent longtemps avant de l’accepter comme soliste. Son solo de chant remporta la 2è place après celui de Bamako au classement final. A l’Opéra, il faut en plus d’une belle voix et du talent de chanteuse, savoir composer. Elle avait ainsi lis en musique presque toutes les chansons qu’elle entonne dans « Bintou Wèrè » sur la base des textes qu’on lui donnait. Avec sa voix de soprano, elle donnait vie à son personnage. Ses complaintes mélancoliques et les poèmes qu’elle déclamait maintenaient le spectateur en haleine. Généralement après chaque représentation, Djénéba Koné s’effondrait en larmes. La jeune artiste avait tapé dans l’œil de nombreux promoteurs de troupes artistiques comme la chorégraphe sénégalaise Germaine Acogny qui lui avait offert un stage de danse au sein de sa compagnie « Toubab Dialaw » à Dakar ou encore le dramaturge tchadien Koulsi Lamco, promoteur d’une troupe de théâtre, qui l’avait intégrée dans une de ses créations pour une tournée d’un mois en Europe. Il se dit que la reine Béatrice des Pays-Bas, elle-même, ne tarissait pas de compliments pour Djénéba Koné qui était proposée à une belle carrière. Le sort en a décidé autrement. Dors en paix l’artiste !

 

 

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