Guimba National valorise le patrimoine immatériel malien

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Habib Dembélé, Guimba national
Habib Dembélé, Guimba national

De l’idĂ©e de collecter des contes et de diriger des ateliers d’écriture et d’illustration pour les enfants, est nĂ©e la tournĂ©e qu’Habib DembĂ©lĂ©, Guimba national, vient de terminer au Mali. En 2014, Guimba jouait L’Ɠil du Loup, de Daniel Pennac, Ă  Paris. D’amitiĂ© en amitiĂ©, l’idĂ©e de travailler sur les contes au Mali a pris corps, rejoignant ainsi l’objectif du projet «De la Parole Ă  l’Ecriture», initiĂ© par  l’Organisation internationale de la Francophonie, via son rĂ©seau de Centres de Lecture et d’Animation Culturelle (CLAC).

Au Mali, il y a une douzaine de CLAC qui sont des petits centres, principalement en zone rurale, dotĂ©s de beaucoup de livres, de cartes gĂ©ographiques, de planches de sciences, de jeux et jouets Ă©ducatifs et de sociĂ©tĂ©. C’est grĂące Ă  l’appui et au gĂ©nie de l’organisation de Fatogoma DiakitĂ©, responsable du programme CLAC de la Francophonie au Mali, qu’à travers la structure administrĂ©e par Damien GrĂ©goire, le comĂ©dien Habib DembĂ©lĂ© et l’écrivain Aboubacar Eros Sissoko sont allĂ©s Ă  la rencontre des enfants, de SĂ©gou Ă  Yanfolila, en passant par DjennĂ© et Kinian, avec une courte halte Ă  NiĂ©na, du 26 septembre au 7 octobre 2015.

Chaque premier soir, le public venait nombreux pour accueillir toute l’équipe. Les enfants se pressaient, les adultes les accompagnaient, certainement impatients aussi de saluer leur Guimba national. Le Responsable du CLAC, le prĂ©fet, le prĂ©sident du Conseil rĂ©gional, le maire, toutes les autoritĂ©s locales Ă©taient prĂ©sentes Ă  l’ouverture pour recevoir Habib DembĂ©lĂ©. AprĂšs une introduction musicale, trois conteuses ou conteurs locaux et lui disaient des contes, car au Mali, comme partout ailleurs en Afrique, ces courtes histoires traditionnelles façonnent la comprĂ©hension que les gens, et particuliĂšrement les enfants, ont de la vie. Guimba avait choisi de jouer, une fois en français, et une fois en bamanan, «Il n’y a pas de petite querelle, le conte de Amadou HampatĂ© Bù». Ce conte montre que d’un fait mineur, auquel personne ne prĂȘte attention, peuvent naĂźtre les plus grands conflits. Guimba espĂšre que les enfants, qui auront compris que la gestion collective de la moindre querelle permet d’assurer la paix, sauront ainsi Ă©viter les guerres qui dĂ©vastent les pays. Le spectacle du premier soir Ă©tait l’entrĂ©e en matiĂšre pour les deux jours de travail d’atelier, dirigĂ© par Aboubacar Eros Sissoko, assistĂ© de Fatogoma DiakitĂ©, Abdoulaye Doumbia et Abdoulaye KonatĂ©, dans le local du CLAC. Ils faisaient appel Ă  Guimba de temps en temps.

À chaque Ă©tape de cette tournĂ©e, il y avait une vingtaine d’enfants, rĂ©partis en 3 groupes, les petits du premier cycle, les moyens du second cycle, et les grands du lycĂ©e. Le CLAC et les enseignants les avaient sensibilisĂ©s au travail qu’on allait leur demander. Chaque Ă©quipe choisissait un des contes entendus la veille, devait le retranscrire en français, et l’illustrer. C’était un travail de groupe. Les membres de chaque Ă©quipe choisissaient leur «secrĂ©taire» pour qu’il rĂ©dige le texte qu’ils crĂ©eraient ensemble, et sĂ©lectionneraient, parmi toutes celles qu’ils allaient dessiner, la meilleure illustration pour le conte sur lequel ils avaient choisi de travailler. Les illustrations et textes crĂ©Ă©s Ă  chacune des Ă©tapes de cette tournĂ©e ont Ă©tĂ© collectĂ©s. Ils seront publiĂ©s dans un livre que la Francophonie Ă©ditera, et dont les auteurs seront les enfants qui y ont travaillĂ©. Ce livre sera distribuĂ© dans les quelques 200 CLAC du monde.

À la clĂŽture de chaque session de la tournĂ©e en rĂ©gion, Guimba donnait un second spectacle de contes, en bamanan. L’histoire dite du Crapaud, celle de la petite fille qui refuse d’écouter les conseils de ses parents, a Ă©tĂ©, parmi d’autres, celle qui a instruit les enfants, tout en les amusant. Mais avant qu’il ne monte sur scĂšne, les jeunes prĂ©sentaient leur propre travail au public. Chaque groupe avait dĂ©signĂ© celui ou celle qui serait leur porte-parole. EmerveillĂ© de voir la motivation et le courage des enfants, Guimba est convaincu que, de cette expĂ©rience, naĂźtront de grands Ă©crivains, de grands talents, de belles personnes qui aimeront partager avec les autres ce qu’ils savent faire. À la question  «Qu’est-ce que travailler avec des enfants apprend Ă  un comĂ©dien comme vous ?»,  Guimba rĂ©pond qu’il n’a pas fini de grandir. Quand il veut travailler un texte, ou qu’il s’apprĂȘte Ă  monter sur scĂšne, il Ă©prouve le besoin de se mettre pieds nus, de rĂ©pandre du sable sur le sol de son bureau ou de sa loge, pour y puiser l’énergie, pour y retrouver la sensation qu’il avait, enfant, quand  il marchait et jouait dans la cour de son pĂšre. Il a besoin de ça pour jouer au thĂ©Ăątre, car ĂȘtre comĂ©dien, c’est, Ă  chaque fois, ĂȘtre capable de retrouver sa capacitĂ© d’enfant Ă  jouer. Donc, pour Habib DembĂ©lĂ©, travailler avec des enfants, c’était se retrouver dans un milieu qui lui parle beaucoup, car sa vie, c’est le thĂ©Ăątre, et le thĂ©Ăątre, c’est un jeu, et le jeu, c’est le monde de l’enfance. Travailler avec des enfants, c’était prendre un bain d’énergie dont chacun a besoin pour exister, c’était voir l’avenir, voir Ă  travers eux de quoi demain sera fait, c’est-Ă -dire voir l’espoir, et quand on voit l’espoir, c’est que la vie est possible.

Habib DembĂ©lĂ© qui reconnaĂźt avoir eu la chance de jouer dans tous les pays du monde regrettait d’avoir eu la malchance de ne pas avoir fait le tour du Mali depuis longtemps. Cette tournĂ©e lui a procurĂ© le bonheur de replonger dans les profondeurs de son pays. Passer une douzaine de jours auprĂšs de modestes petits villageois, leur donner le goĂ»t de l’apprentissage, l’envie de retranscrire les contes qu’ils avaient entendus, de crĂ©er, d’illustrer, et de vouloir savoir, a Ă©tĂ© magnifique pour lui. Ce projet «De la parole Ă  l’écrit», qui a Ă©tĂ© initiĂ© au Mali, doit poursuivre sa route dans d’autres pays. Guimba souhaite que des CLAC soient crĂ©Ă©s dans tous les villages du Mali, toutes les villes, Ă  San, sa ville natale, et bien sĂ»r Ă  Bamako. Et maintenant que, grĂące Ă  Fatogoma DiakitĂ© et  les CLAC, la Francophonie a ouvert la voie, Habib DembĂ©lĂ© attend que l’Etat fasse enfin sa part des choses, et Ă©lĂšve les enfants au niveau de crĂ©ativitĂ© qu’ils portent en eux.

Françoise WASSERVOGEL

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2 COMMENTAIRES

  1. Le Mali a tant besoin de gens qui pensent ou qui sont toujours dans la lignée de la pensée, comme H.Dembélé, Guimba, pour sortir le maximum de citoyens de lŽobscurantisme, de lŽaliénation de soi!

    Tout le mérite å lŽArtiste!

  2. Belle initiative Guimba national, afin que vive notre patrimoine. Je suis malien, je parle couramment ma langue et je ne suis pas en mesure aujourd’hui de raconter un conte Ă  mes enfants dans notre langue. Je ne pense pas ĂȘtre le seul. Merci de faire vivre notre tradition qui vĂ©hicule des valeurs et une sagesse qui nous fait de plus en plus dĂ©faut. Merci.

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