Patrimoine culturel :Le « Sanké mon » et le « Kôrêdugaw » valorisés par le 6ème Comité intergouvernemental

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L’inscription de ces deux sites, respectivement sur la « liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité », et la « liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente », porte à six le nombre de patrimoines maliens valorisés par le Comité intergouvernemental pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel.

Tenue à Bali en Indonésie (du 22 au 29 novembre dernier), la 6ème Session du Comité intergouvernemental pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, aura réservé une place de choix au patrimoine malien. Après ainsi la Charte du Mandé, l’espace culturel du Yaaral Et du Degal, ou encore la réfection septennale du toit du Kamablon, deux autres de notre patrimoine viennent d’être valorisés. Il s’agit notamment de « la société secrète des Kôrêdugaw, rite de sagesse du Mali » (inscrite sur la liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente) et  le Balafon (inscrite sur la

liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité).

Le premier (le Kôrêdugaw) est un rite de sagesse qui occupe une place centrale dans l’identité culturelle des communautés bambara, malinké, senoufo et samogo. Les initiés revêtent des haillons ornés de colliers de fèves rouges et d’objets divers. Ils suscitent l’hilarité par leur comportement glouton, leur humour caustique et leur malin esprit, mais ils font aussi preuve d’une grande intelligence et d’une tranquille sagesse. « La société éduque, forme et prépare les enfants à affronter les épreuves de la vie et à gérer les problèmes sociaux. Ses membres font aussi office de médiateurs sociaux et jouent des rôles fondamentaux à l’occasion des fêtes et à de nombreuses autres occasions », expliquent les anthropologues. Pour qui, « les Kôrêdugaw sont aussi des herboristes et des thérapeutes traditionnels dont la connaissance des plantes est utilisée pour guérir les maladies, conjurer les mauvais sorts, traiter les femmes sans enfants et faire des bénédictions ». Incarnant la générosité, la tolérance, l’inoffensivité et la maîtrise du savoir, ils appliquent les règles de conduite qu’ils préconisent aux autres. Les membres proviennent de toutes les couches socioprofessionnelles, sans distinction d’ethnie, de sexe ou de religion. Le statut de Kôrêduga est hérité, l’instruction se fait par les esprits ou par un maître. Aujourd’hui, les modes traditionnels de transmission sont menacés, à cause de la diminution du nombre d’initiés, en raison de la prédominance des modes de vie urbain parmi les jeunes générations, enfin, à cause du fait que les pratiques rituelles sont de moins en moins régulières. D’où, justifient les acteurs de la sauvegarde du patrimoine, la nécessité d’inscrire le rite parmi les éléments du patrimoine culturel immatériel menacés afin d’entreprendre les mesures sauvegarde nécessaires.

L’inscription donc du « Kôrêdugaw » sur cette liste (du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente), contribue à mobiliser la coopération et l’assistance internationale qui permettra au Mali de prendre des mesures de sauvegarde adéquates.

 

Au cœur des mystères du balafon

 

Le 2ème patrimoine malien valorisé au cours de cette 6ème session du Comité intergouvernemental pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel a été le balafon, inscrit désormais sur la « liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité ». Instrument de musique traditionnel, le balafon des communautés Sénoufo du Mali, du Burkina Faso et de la Côte d’Ivoire est un xylophone pentatonique, connu localement sous le nom de « ncegele ». Il est composé de onze à vingt-et-une lamelles d’inégales longueurs, taillées dans du bois et rangées sur un support de forme trapézoïdale, également en bois ou en bambou. L’instrument a pour résonateurs des calebasses, elles aussi d’inégales grandeurs, rangées sous le support, proportionnellement aux dimensions des planchettes. Les calebasses sont perforées et garnies de membranes d’oothèques d’araignées pour donner de la vibration au son. L’accord du ncegeleest réglé sur une division de l’octave en cinq intervalles égaux. Les sons s’obtiennent en frappant les planchettes avec des baguettes de bois renflées aux extrémités par un du caoutchouc. Joué en solo ou en ensemble instrumental, le discours musical se fonde sur une offre de multiples mélodies rythmées. Les spécialistes nous apprennent que le ncegele anime les fêtes, accompagne des prières dans des paroisses et dans les bois sacrés, stimule l’ardeur au travail, ponctue la musique funéraire et soutient l’enseignement des systèmes de valeurs, traditions, des croyances, du droit coutumier, des règles d’éthique régissant la société l’individu dans les actes quotidiens. La transmission, nous expliquent les anthropologues, se fait par apprentissage, et le joueur apprend d’abord sur les balafons pour enfant, puis perfectionne sur les balafons pour adulte, sous la direction d’un maître. L’inscription de cet instrument du terroir malien sur la

 

liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, constitue non seulement une fierté pour les communautés qui le partagent, mais également pour le Mali, qui inscrit désormais  sur son tableau six patrimoines valorisés par ledit Comité intergouvernemental.

Issa Fakaba SISSOKO


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