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Mines d'or (Sociétés)
Mines d’or du cercle de Kadiolo : Des « morts » réapparaissent à Massiogo
 Les Echos, 22/11/2007   E-mail Imprimer

Massiogo, le nouvel eldorado, draine des marées humaines à la recherche de meilleures conditions socio-économiques à travers l'extraction traditionnelle de l’or, mais ce qui est capital à souligner aujourd'hui, c’est que des familles retrouvent les leurs qui étaient déclarés morts depuis des années.

 

Situé dans la Commune rurale de Misseni (cercle de Kadiolo), à la frontière entre le Mali et la Côte d'Ivoire, le nouvel eldorado ne cesse de présenter ses miracles de bonheur de diverses natures. En plus de ceux liés aux quantités d'or (4 à 6,8 kg), l'eldorado fait « réapparaître » des aventuriers maliens déclarés morts à leurs familles depuis des décennies.

Avec la découverte de quelques kilos d'or en 2005, des marées humaines convergent chaque jour dans la localité. Venant de divers pays d'Afrique, cette population est composée d'un nombre assez considérable d'aventuriers maliens dont les parents ont été informés de leur décès. Les illustrations découlent des informations qui ont été recueillies auprès des populations et particulièrement de l'ex-porte-parole des orpailleurs, M. S. Sidibé.

La première porte sur un jeune Ségouvien du nom de Moussa Camara qui est parti à l’aventure à bas âge. Il était à Séguéla en Côte d'Ivoire. Quelques années plus tard, les informations faisant état de son décès parviennent à sa sœur Massitan Camara. Les femmes s'engagent à travers plusieurs tentatives (coups de fil) pour vérifier les informations qui leur sont parvenues. Mais en vain. Des années s'écoulèrent sans que Massitan n'apprenne le contraire. Elle se voit seule dans cette vie pénible.

En 2005, les ressortissants de son village après un séjour à Allahamdouli Lahi, une localité d'extraction traditionnelle de l'or dans la Commune rurale de Fourou dans le cercle de Kadiolo, affirment à Massitan avoir rencontré son petit frère Moussa Camara. La femme se met aussitôt à la recherche de son frère, car cette nouvelle l’empêche de dormir.

A son arrivée à Fourou, elle se confie au sous-préfet. Après avoir observé la tradition malienne, M. le sous-préfet fait savoir à la femme que la presque totalité de la population (orpailleurs) de la localité est partie pour un nouvel eldorado (mine d'or de Massiogo). La femme se met en sanglot, mais le sous-préfet la console et lui donne une note sur laquelle il mentionne l’adresse de M. S. Sidibé, porte-parole des orpailleurs du nouvel eldorado malien.

La femme fait route pour Massiogo, vire à Misseni où elle fait escale, car très fatiguée et épuisée par l'état de la route. Elle passe la nuit chez le sous-préfet à qui elle expose son problème. Celui-ci la raccompagne à la gare du « nouvel eldorado » le lendemain tout en lui souhaitant bonne chance.

A son arrivée sur le site d'orpaillage de Massiogo, elle cherche et rencontre M. S. Sidibé qui l’héberge. Après avoir observé la coutume, M. S. Sidibé, fait du problème de la femme sa priorité. Dans l’immédiat, il envoie un avis à la station FM de la place dénommée « Radio Yankadi » qui fait sa diffusion. Un jour plus tard, l’homme recherché s'est présenté à M. Sidibé affirmant avoir entendu l'avis à travers une de ses connaissances.

La sœur et le frère s'étaient quittés il y avait plus d'une douzaine d’années. Cette rencontre a été un moment très émouvant : la femme a fait plus de quinze minutes sans pouvoir fixer son frère à plus forte raison lui parler. Il ajoute enfin : « J'ai été arrosé de bénédiction ce jour-là de la part de la femme ». Tout en reconnaissant ce bien fait du Tout-Puissant, elle a souhaité longue vie au nouvel eldorado qui reste une terre historique, une terre de consolation. Les frères sont rentrés à Ségou aux dires de M. Sidibé.

 

Emouvantes retrouvailles

Une autre a trait à un qui avait quitté sa femme qui avait dans les bras son bébé. Cet enfant a grandi et a obtenu le DEF en 2005. La femme a remué ciel et terre pour retrouver son mari, mais en pure perte. Les informations qui lui sont parvenues affirmaient que son mari était mort en Côte d'Ivoire depuis longtemps. Les années passent sans d'autres informations contraires. Voici qu'un homme de son village après un séjour au nouvel eldorado de retour dit à la femme avoir vu son mari.

La femme n'y croit pas, mais envoie quand même le jeune lycéen avec le carnet de famille pour rechercher son père. Arrivé au nouvel eldorado, le jeune ne savait à qui se confier. Mais sur instruction d'une personne, on lui montre la paillote de M. Sidibé, réputé pour son altruisme. M. S. Sidibé l’accueille à bras ouverts et fait de son problème sa charge après l’avoir écouté.

Dieu merci, le voyage du jeune a été fantastique sur deux points : le premier est que l'enfant a pu retrouver son père vivant et en bonne santé. Le deuxième est que ce que le père cherchait depuis une vingtaine d'années a été gagné en moins de cinq jours après leur rencontre d'autant plus qu’il a traqué 4 kilos d'or, selon M. Sidibé. Ils sont rentrés avec cette fortune dans leur village.

M. Sidibé après avoir fourni d’autres exemples nous dit : « Des cas similaires que j’ai enregistrés sont innombrables ». Certains de nos interlocuteurs affirment qu’ils sont in-comptables et se produisent chaque jour dans le placer de Massiogo. Le caractère frontalier du nouvel eldorado fait qu'il est en réalité un réservoir, un lieu de refuge pour beaucoup d'exilés exclus par la guerre ivoirienne. On y trouve des aventuriers maliens de longue date déclarés perdus, tantôt morts, des expatriés, des pillés et spoliés de leur terre lors de la guerre ivoirienne.

L'euphorie du nouvel eldorado a permis à beaucoup de familles maliennes de retrouver beaucoup de leurs membres perdus depuis des années. Certes, il draine des marées humaines à la recherche de meilleures conditions socio-économiques à travers l'extraction traditionnelle de l’or, mais ce qui est capital à souligner aujourd'hui, c’est que les familles retrouvent les leurs qui étaient déclarés morts depuis des années.

Les retrouvailles d'amis de longue date, de membres de famille, de maris... déclarés morts sont des phénomènes au quotidien qu'il nous a semblé inviter les Maliennes et les Maliens à aller voir dans ce réservoir composé de Maliens et revenant d'aventure dans les pays limitrophes.

Le fort enclavement de la zone, lié à la route impraticable et aux ponts qui s'inondent pendant l'hivernage, reste cependant un obstacle pour tout développement harmonieux des populations de cette localité du Mali.

Daisuke Mizoguchi (anthropologue japonais, Société japonaise pour la promotion de la science)

Yaya Bamba (anthropologue sociale)

Les Echos, est seul responsable du contenu de cet article  
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