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Du jeudi 13 au lundi 17 mars, la capitale française, Paris était le centre du monde touristique, un événement dénommé « le Monde à Paris » avec 2000 sociétés exposantes, plus de 300 destinations, 100.000 visiteurs grand public et 15.000 professionnels. Le Mali était représenté à ce grand rendez vous du donner et du recevoir par les ministres Mohamed El Moctar de la Culture et N’Diaye Bah de l’Artisanat et Tourisme qui n’est plus à présenter. Au sortir du dialogue avec le Mali, le ministre de la Culture , très disponible, a bien voulu se prêter à nos questions.
Le Pouce : Que retenez-vous de cette conférence sur le Mali ?
SEM Mohamed El Moctar : Je vous remercie de cette opportunité. Je voudrais vous dire que cette conférence dénommée « Dialogue avec le Mali » est nécessaire et je félicite mon homologue de l’Artisanat et du Tourisme qui m’a invité à co- présider avec lui, cette conférence. C’est le lieu pour moi de faire comprendre aux Européens, certaines choses. Le Mali, c’est d’abord une vieille civilisation bâtie par des royaumes et des empires. La culture est dans nos veines, elle nous irrigue. Et chaque village est une page de notre histoire. Il faut que les uns et les autres sachent cela. Il faut aussi qu’ils sachent que le Mali est un pays stable, hospitalier. Le « diatiguiya », c’est dans notre culture, c’est dans notre sang. Nous sommes le seul au monde qui réglons nos problèmes nous-mêmes entre nous ; sans intermédiaires.
C’est grâce à notre culture, à notre tolérance, à la stabilité de notre pays et à notre hospitalité que nous réussissons tout cela. Le Mali est composé d’hommes et de femmes qui sont liés par l’histoire, le sang, le mariage, le pacte, le cousinage. C’est ce qui fait que nous sommes une nation. On peut être divers ethniquement mais on est uni. C’est un seul peuple riche et fier de son histoire. Il fallait le faire savoir et dire aux autres que le Mali est une destination incontournable en Afrique pour le touriste. Nous avons certainement quelques insuffisances dans le domaine de l’hôtellerie, des professionnels.
Mon collègue de l’artisanat et du tourisme et moi sommes à l’œuvre pour corriger ces quelques insuffisances. Cependant, sachez aussi qu’il y a des choses qui sont disponibles et qui remplacent tout çà. C’est notre sympathie, notre hospitalité, notre accueil chaleureux. Le touriste aime çà.
Le Pouce : Culture et tourisme sont interdépendants. Comment comptez-vous faire pour rendre plus visible et plus lisible les actions conjuguées de vos départements ?
SEM Mohamed El Moctar : Depuis mon arrivée à la tête du ministère de la Culture , mon collègue de l’artisanat et du tourisme et moi, avons décidé d’avoir une séance de travail mensuelle. Notre prochaine rencontre, c’est le 1er avril. Nous discutons de tous les problèmes. J’ai en charge le patrimoine culturel qui est visité par les touristes. Ces visites génèrent des revenus qui sont injectés dans la culture pour améliorer le patrimoine culturel, le restaurer, le valoriser, et faire de la recherche pour découvrir d’autres éléments nouveaux enfouis ou oubliés. Nous sommes liés par la matière elle-même.
Le tourisme malien est essentiellement culturel. Il faut développer la culture pour développer et diversifier les destinations touristiques. Nous l’avons compris tous les deux et nous travaillons ensemble, chaque fois que cela est nécessaire. Nous avons des programmes communs. C’est vrai ce que vous dites.
Le Pouce : Les intervenants ont mis l’accent sur l’état de nos routes. Qu’en dites-vous monsieur le ministre ?
SEM Mohamed El Moctar : C’est encore des insuffisances que vous connaissez et que moi je connais. Ces dernières années, le président de la République SEM Amadou Toumani Touré s’est attelé au désenclavement du Mali. De vastes chantiers routiers ont vu le jour. Il y a quelques années, la région de Kayes n’était pas fréquentable. Aujourd’hui, vous pouvez aller à Kayes quand vous le voulez. Le travail continue et le programme quinquennal du chef de l’Etat, c’est les routes. Ce programme est en cours de réalisation. Le ministre de l’Equipement et des Transports est régulièrement sur le terrain. C’est pour vous dire toute l’importance des routes dans le développement économique.
Le Pouce : On assiste ces derniers temps à un foisonnement de festivals. N’est-il pas temps d’avoir un regard sur l’organisation de ces festivals qui ressemble à une nouvelle forme d’arnaque ou d’escroquerie ?
SEM Mohamed El Moctar : Nous sommes d’accord avec vous qu’il y a une floraison de festivals ces derniers temps. Nous sommes un pays pluriel. Chaque terroir veut faire sortir sa culture, la valoriser et la vendre. Vous savez, l’éducation est en train de partir. Ça, c’est de la culture. L’école est en lambeau parce que la culture a disparu. La rue est devenue le lieu où tout le monde se rencontre, pour revendiquer, décider, etc… Ce n’est pas notre culture. Il faut que l’on revienne à notre culture car sans celle-ci, on est rien. C’est pourquoi, on est déboussolé aujourd’hui.
Les festivals sont des expressions plurielles de nos communautés. Au mois d’avril, le ministère de la Culture organisera un atelier qui regroupera tous les promoteurs de festivals. Il faut qu’on travaille ensemble sur un certain nombre de points. Il va falloir échelonner les festivals sur la saison touristique pour que ça soit une fête culturelle, touristique et économique. Nous allons travailler à éviter que les festivals se tiennent au même moment pour que chaque clientèle puisse tirer le bénéfice requis.
Il faut aussi savoir que l’appui du chef de l’Etat, l’appui de l’Etat ou de nos partenaires a des limites. Après ces périodes d’appui, il faudrait que les promoteurs deviennent des entrepreneurs. On a besoin d’une véritable industrie culturelle. Si aujourd’hui, on est envahi par les Etats-Unis d’Amérique et leur culture, c’est à travers la musique et le cinéma. Si on est envahi par la France , c’est à travers sa langue, son parfum, son vin, son fromage. C’est des industries qui rapportent de l’argent et créera des emplois. Il faut que nos festivals deviennent des entreprises culturelles. Au cours de cet atelier, on verra comment on peut limiter le nombre et faire de grands festivals porteurs.
Le Pouce : Voulez-vous des entreprises ?
SEM Mohamed El Moctar: Absolument. Nous voulons de véritables entreprises industrielles capables de vendre notre patrimoine culturel aux touristes.
Le Pouce : Pensez-vous avoir les moyens de vos ambitions ?
SEM Mohamed El Moctar : Nous allons nous donner ces moyens en appuyant fortement les festivals qui le méritent, en les accompagnant. Les promoteurs, nous l’espérons, vont se conduire en véritables entrepreneurs.
Le Pouce : L’Accompagnement s’étalera sur combien d’années ?
SEM Mohamed El Moctar : On va les accompagner autant qu’il faudra sur quatre ans toute en leur donnant non seulement de l’argent, mais aussi en renforçant leurs capacités sur le marketing et les ouvertures extérieures et la vente des produits du festival.
Le Pouce : Monsieur le ministre, vos attentes ont-elles été comblées ?
SEM Mohamed El Moctar : Je peux dire oui. Mais il ne faut pas s’arrêter à ça. Chaque jour, il faut communiquer, dire aux autres ce qu’est le Mali, ce qu’il possède et ce qu’il peut donner au monde sur le plan de la culture, du tourisme et de la civilisation universelle.
Le Pouce : Quelle appréciation faites-vous de la présence de la presse ?
SEM Mohamed EL Moctar : Vous savez, sans journalistes, on n’est pas visible. Vous faites partie intégrante de ce que nous faisons. Il faut par conséquent que nous travaillions ensembles et que, vous dites ce qui est. Il faut vous avoir avec nous et non contre nous. L’information est destinée au Mali pour lequel nous travaillons tous.
Le Pouce : Votre mot de fin ?
SEM Mohamed El Moctar : A travers votre journal, le bihebdomadaire « le Pouce », je voudrais remercier mon collègue et ami le ministre de l’Artisanat et du Tourisme pour sa disponibilité dans cette synergie qui est nécessaire à nos deux départements. Ce n’est pas tout le monde qui le comprend. On n’est pas des rivaux. On est complémentaire et on travaille pour notre pays et notre peuple. Il faut que cette synergie soit à tous les niveaux et que la presse soit associée à tout ce qui doit être dit. La presse est mieux placée pour faire passer le message ; mieux que mon collègue et moi ; et de la plus belle manière. Que Dieu préserve le Mali.
Entretien réalisé à Paris par
Tiémoko TRAORE
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