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Mali, 48 ans après : Socialisme, dictature, révolte et révolution.
 Le National, 16/09/2008 Commentaires [ 3 ] E-mail Imprimer

C’est le lundi prochain, 22 septembre.-2008, que notre pays fêtera le 48ème anniversaire de son accession à la souveraineté nationale et internationale. Quel bilan pour le Mali en l’an 2008 ? Après 48 ans d’indépendance, faute d’un réel décollage économique, les Maliens se débattent encore dans la pauvreté et le Mali se classe parmi le peloton de queue des pays les plus pauvres de la planète. Depuis l’indépendance, l’essor économique se limite à quelques industries légères de transformation dont les premiers jalons ont été posés par le régime socialiste de Modibo Keïta

De l’indépendance à la troisième République

Père de la nation, le premier président du Mali indépendant avait jeté les bases d’une économie nationale indépendante et planifiée axée essentiellement sur une coopération dynamique avec les pays du bloc communiste. Ainsi, trente deux sociétés et entreprises d’Etat furent créées et placées sous un ministre de tutelle. Elles embrassaient plusieurs secteurs d’activités dont les travaux publics, le commerce, l’huilerie, la céramique le bois etc. Il en résulta un lourd endettement vis-à-vis des pays du bloc soviétique. Peu compétitives et mal gérées au fil du temps, ces sociétés sont devenues finalement un fardeau pour le peuple. Plusieurs unités mirent la clé sous le paillasson pendant que la révolution active prônée par le président Modibo s’essoufflait, embourbée dans ses propres contradictions. Crée en 1962 uniquement comme attribut de souveraineté et ne répondant à aucune nécessité économique, le franc malien provoqua une inflation monstre qui aboutit aux accords monétaires franco-maliens de 1967.

La révolution active
Pour avoir accès aux capitaux occidentaux, la monnaie fut dévaluée de 50%. Ce qui permettait sa libre convertibilité grâce à la garantie du trésor français. La création d’une monnaie nationale suscita des troubles dans le pays. Déconseillée puis décriée par Fily Dabo Sissoko, elle fut l’origine de la révolte des commerçants. Accusés d’avoir commandité ces trouble, Fily Dabo Sissoko, Maraba Kasoum et Hamadou Dicko furent déportés au grand nord où ils périrent dans les mines de sel de Taoudéni.

Même débarrassé de ses principaux opposants, le président Modibo ne maîtrisait pas pour autant la situation au sein du parti. Les contradictions s’étaient exacerbées entre les membres du bureau politique dont certaines étaient accusées de déviationnisme. Il fallait opérer un changement radical pour imprimer un second souffle à la révolution. Ce fut la Révolution active du 22 août au cours de laquelle plusieurs dirigeants furent écartés des instances du parti. Ce durcissement entraîna la suppression des libertés individuelles et même collectives. Une force paramilitaire, la milice, remplaçait désormais les forces traditionnelles de maintien de l’ordre. Même l’armée avait été mise au rancart. Les exactions de la milice populaire avaient suscité le mécontentement général dans tout le pays. Les rafles systématiques suivies de services corporels rappellent les méthodes de la Gestapo au temps d’Hitler.

Mais il n’y avait pas que la milice. L’initiation de champs collectifs état ressentie par les populations comme un retour aux travaux forcés du temps de la colonisation. Les rendements souffraient du manque de motivation. Le pays sombrait dans la famine à cause de la mauvaise gestion des ressources céréalières. Les prélèvements obligatoires opérés sur les récoltes au profit des sociétés mutuelles de développement rural (SMDR) n’étaient pas de nature à stimuler la production paysanne. Les longues files indiennes devant les magasins d’Etat pour obtenir quelques kilos de riz et les saisies arbitraires des céréales sur les axes routiers avaient fini de convaincre que la révolution ne nourrit pas son homme.

Apres huit ans d’une gestion musclée, l’expérience socialiste tourna court lorsqu’un beau matin de novembre 1968, quatorze officiers dirigés par le lieutenant Moussa Traoré déposèrent Modibo et son équipe.

Bannissement de l’US RDA
Frustrée d’avoir été supplantée par la milice, l’armée justifie son intrusion sur la scène politique par la situation exaspérante que traversait le pays. Aussitôt arrivés au pouvoir, les militaires adoptaient un programme en trois points : redressement économique et financier, retour à une vie constitutionnelle normale et réconciliation nationale. En l’absence de structures politiques, le pouvoir était géré par une superstructure militaire qui ne regroupait que les seuls éléments ayant participé au coup d’Etat de novembre 1968. Pendant plus de dix, le Comité Militaire de Libération Nationale (CMLN) va légiférer par ordonnance. Toutes les activités politiques avaient été suspendues et les cadres de l’US RDA, parti de l’indépendance, proscrits. Le parti entra dans la clandestinité et ses responsables furent embastillés à plusieurs reprises par les nouveaux maîtres du pays. Le long règne des militaires constitua la période la plus sombre du Mali indépendant.

Une période obscurantiste de 23 ans au cours de laquelle les nouveaux dirigeants se livrèrent à la gabegie, à la corruption, au népotisme, à l’enrichissement illicite et au trafic d’influence. En fait de redressement économique, ils ne pensèrent avant tout qu’à redresser leurs propres poches. L’infrastructure économique tissée par Modibo Keïta fut vite dilapidée, les sociétés d’Etat furent pillées par des gens plutôt portés vers la jouissance et très peuple. Informé du gaspillage des deniers publics, Moussa Traoré entreprit une cure d’assainissement qui aboutit en février 1978 à l’arrestation de la tristement célèbre bande des trois : Kissima Doukara, Karim Dembélé et Tiécoro Bagayoko.

Considérés comme les faucons du régime militaire, leur arrestation fut chaudement accueillie par la population. En fait, sous couvert d’une opération de salubrité, le colonel Moussa Traoré cherchait à se débarrasser des principaux chefs militaires qui l’empêchaient de dormi en rond.

En effet, de sourdes rivalités opposaient les membres du comité militaire autour de l’application du triptyque élaboré à leur arrivée au pouvoir Kissima et Tiécoro, en particulier, n’étaient pas d’accord avec le volet politique du programme qui prônait le retour à une vie constitutionnelle normale. Ils s’opposaient à la remise du pouvoir aux civils et même au déroulement d’activités politiques normales. Mis en minorité au sein du comité militaire, Moussa Traoré ne pouvait que surseoir à la création de l’Union Démocratique du Peuple Malien (UDPM), parti unique constitutionnel destiné à légitimer le régime militaire. Après le référendum constitutionnel de 1972, l’UDPM fut finalement portée sur les fonds baptismaux en mars 1979. Dans son préambule, on pouvait lire : « Un seul parti, oui ! Un seul homme non ! ». Malgré la formation du bureau politique composé majoritairement de civils, Moussa Traoré était le seul timonier chargé d’emmener la barque à bon port. En dépit de l’instauration de « la démocratie au sein du parti », l’homme amena, par son comportement dictatorial, l’UDPM au bord de la déliquescence à tel point qu’au bout du compte, son secrétaire politique, Djibril Diallo, estima que « le parti avait atteint son seuil d’incompétence », tout en jetant l’éponge.

Une économie délabrée

Mais le parti était à l’image du pays, avec une économie délabrée, des mois de 60 jours pour les fonctionnaires. Partout, l’arbitraire. On avait cru à un moment qu’après l’élimination des faucons et la dissolution du comité militaire avec la création de l’UDPM, le Mali entrait dans une ère nouvelle. Ce fut le contraire. A la suite de la clique Kissima –Tiécoro et autres, s’installa un pouvoir clinique dirigé par la première dame du Mali, Madame Mariam Traoré qui, avec ses frères Doua Abraham Sissoko et Mamadou Diarra associés au sinistre Sékou Ly (général de salon), allait se charger de mettre le pays à genou.

Le changement de l’environnement international en 1990 avec la chute du mur de Berlin et l’éclatement du bloc soviétique allaient donner beaucoup d’espoir aux peuples vivant sous les régimes dictatoriaux d’Afrique. Un premier coup de semonce fut donné François Mitterrand au sommet de la baule lorsqu’il na invité ses chefs d’Etat africains à mettre fin au règne du parti unique. Moussa Traoré qui n’en faisait qu’à sa tête, s’obstina contre la poussée des forces populaires et voulut remettre au lendemain ce qu’il pouvait faire le jour même. Apres un effroyable bain de sang, il fut balayé par les forces du changement alliées aux militaires et aux étudiants dans un même combat pour l’instauration du multipartisme.

Apres une courte transition dirigée par le lieutenant-colonel Amadou ToumaniTouré, celui-là même qui a cueilli Moussa à Koulouba ; les Maliens se mirent à espérer en une ère nouvelle.

Le multipartisme intégral aboutit au foisonnement des partis politiques et des associations, à l’exploitation de l’espace médiatique faisant du Mali un exemple dans la sous région et même dans le monde.

Une démocratie modèle

Liberté certes retrouvée mais après les premières élections véritablement démocratiques du mali indépendant qui virent l’élection de Alpha Oumar Konaré à la présidence de la République, c’est encore le tâtonnement et le panier de la ménagère se dégrade de jour en jour pendant que les travailleurs sont réduit à l’indigence à cause de l’effritement de leur pouvoir d’achat dû à la hausse vertigineuse des prix des denrées de première nécessité. Les affrontements incessants entre les différents acteurs de la classe politique suite aux élections bâclées d’avril 1997 ajoutent au désespoir d’une population traumatisée par la cherté de la vie. Cela n’enlève en rien au mérite de la troisième République qui, ayan hérité d’une situation catastrophique, a réhabilité l’infrastructure routière, calmé au moins pour un temps les conflits sociaux, opéré de grands investissements dans le domaine de l’éducation et de la santé. Même si l’effet n’est pas encore perceptible sur le niveau de vie les grands équilibres macro-économiques ont été rétablis grâce à une gestion moins catastrophique des finances publiques.

La confiance est en tout cas revenu au niveau des investisseurs étrangers qui affluent de partout dans le pays pour la prospection de métaux précieux. La visite au Mali du président de la Banque mondiale M. James Wolfenson, le séjour dans notre pays d’une délégation d’homme d’affaires américains et l’annulation par la banque mondiale de 150 milliards de francs CFA de dette malienne témoignent de l’intérêt particulier que porte la communauté internationale au Mali. Socle de la démocratie, le processus de décentralisation enclenché à grands pas et qui atteindra son apogée en avril 1999 par les élections communales et rurales, porte l’espoir que les communautés elles-mêmes seront maîtres de leur destin.

Malgré la crise qui secoue le pays depuis plus de trois ans, l’espoir est permis, car la Mali est un grand pays et un grand peuple. Les Maliens ont toujours fait preuve de maturité au moment décisif pour sauver la partie en danger. Il en fut où ainsi lors de la rébellion au nord où, debout comme un seul home toutes, les sensibilités se confondirent pour allumer la flamme de la paix à Tombouctou en mars 1997. Exemple unique dans une Afrique toujours en proie aux conflits fratricides. La crise politique actuelle est une crise de croissance liée à toute entreprise nouvelle. A l’approche des élections générales de 2002, elle trouvera sa juste solution dans le cadre d’un dialogue fécond entre la majorité et l’opposition. La paix civile ainsi retrouvée, les Maliens pourront enfin faire face aux grands défis du XXI siècle en relevant le challenge de l’organisation de la coupe d’Afrique des nations.

La tenue kaki sous la houlette une génération de Maliens sur les ruines du passé, le 40ème anniversaire verra assurément la fin d’une époque, même si le pardon n’est pas un oubli.

A N'Fa DIALLO

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Posté par gino  176,  le 23 Sep 2008 16:39:04 GMT
 
un rappel, à n' fa diallo, taoudénit a été instauré en 1969.messieurs fily-dabo sissoko,
hammadoune dicko , elhadj kassoum touré ont été fusillés le 12 février 1964 à bouressa et
sur ordre de l'ancien régime communiste,et son secrétaire général, à la suite d'une parodie
de justice.AU MALI NOUS BESOIN DE JUSTICE ,ET DE RECONCIATION;
 
  Répondre à < gino >
Posté par rebel  4268,  le 16 Sep 2008 22:41:41 GMT
 
le recit commence bien, mais vers la fin, il y a [on dirait] un silence complice vis-a-vis
des deux derniers pouvoirs. et les milliardaires des regimes d'AOK et d'ATT, ou les
mettez-vous donc? non, monsieur... l'analyse est tout sauf complete. revoyez votre copie!
 
  Répondre à < rebel >
Posté par pauvre  60,  le 16 Sep 2008 10:48:15 GMT
 
Monsieur vous savez bien écrire mais il faut toujours dire qu"au Mali on a faim. Régardez
autour de vous des nouveaux fous des sans-abrits au mali tous ça par la faute de ces soins
disants démocrates. Les martyrs pleurent dans les tombes parcequ' ils se sont sacrifiés
pour rien
 
  Répondre à < pauvre >

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