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De l’Union française à l’indépendance : Que de chemins parcourus !
 Les Echos, 19/09/2008   E-mail Imprimer

Suite à la crise entre Sénégalais et Soudanais avec la mise à l’écart, décidée par Modibo Kéita, de Mamadou Dia, le congrès de l’US-RDA a proclamé la République du Mali, le 22 septembre 1960. Ce qui est confirmé ensuite par le Parlement soudanais. Le gouvernement soudanais devient le 1er gouvernement de la République du Mali et conserve l’hymne et le drapeau de la défunte Fédération.

De l’annonce par de Gaulle dans une allocution télévisée le 8 août 1958, pour dire que les territoires africains auront à se prononcer pour choisir entre l’indépendance et l’association à la France, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Il est bon, pour la jeunesse, de savoir ce qui s’est passé la veille. Comme le dit l’adage « un peuple sans histoire est une nation sans âme ».

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l’Afrique noire française ne peut guère compter sur une métropole largement ruinée qui doit concentrer ses efforts sur sa reconstruction et sa modernisation. La décolonisation est rapidement à l’ordre du jour pour une Europe sortie terriblement affaiblie des conflits suicidaires de la première moitié du siècle.

Dans le cas de l’Afrique noire française, il convient de fixer un cadre nouveau aux relations entre la métropole et ses territoires d’outre-mer en même temps qu’il faut organiser les rapports entre ces territoires aux frontières souvent fixées de manière arbitraire. Déjà en 1946, au Soudan français les partis politiques commencèrent leur début dans la vie politique.

D’abord le 18 octobre 1946, le jeune parlementaire Mamadou Konaté, premier Africain à exercer les fonctions de vice-président de l’Assemblée nationale française crée le Bloc soudanais pendant que Modibo Kéita et ses partisans se regroupent au sein du Parti démocratique soudanais. Ces deux derniers partis forment l’Union soudanaise et rejoignent le RDA. Au même moment Fily Dabo Sissoko et ses amis se rassemblent au sein du Parti progressiste soudanais. Malgré une divergence de vue, la vie politique était tout de même animée et aboutit à des élections.

Le 28 septembre 1958, le Référendum est organisé par la France. Il appelait les Français de métropole et les Africains à se prononcer sur l’adoption de la Constitution de la Ve République et sur la mise en place de la Communauté appelée à remplacer l’Union française et à préparer les voies de l’indépendance. La Guinée est le seul territoire qui rejette le projet de Communauté.

Avec la promulgation de la Constitution française et la création de la Communauté en octobre 1958, les dirigeants du Sénégal et du Soudan forment le 17 janvier 1959 la Fédération du Mali, qui demeure dans la Communauté.

Le 4 avril 1959, le Sénégalais Léopold Sédar Senghor est élu président de l’Assemblée fédérale et le Soudanais Modibo Kéita président du gouvernement, le Sénégalais Mamadou Dia devenant vice-président. Dans les deux pays, les scrutins organisés en mars 1959 ont dégagé une majorité très nette en faveur de ce système fédéral. Ses défenseurs, Modibo Kéita et Jean-Marie Koné, ont obtenu au Soudan 78 % des voix contre les tenants de l’indépendance soudanaise, Hammadoun Dicko et Fily Dabo Sissoko.

En août 1959, Modibo Kéita critique les essais nucléaires français réalisés au Sahara, après les propos tenus à Tunis par Mamadou Dia contre la poursuite de la guerre d’Algérie, ces critiques tendent les relations avec Paris.
Le 28 septembre 1959, Modibo Kéita et Mamadou Dia, le Soudanais et le Sénégalais, sont reçus par de Gaulle et lui annoncent que la Fédération du Mali compte accéder à l’indépendance sans quitter la Communauté, ce qu’accepte le général. Des accords relatifs aux transferts de souveraineté sont ensuite négociés jusqu’en avril 1960.

11-12 décembre 1959 : Lors du conseil exécutif de la Communauté réuni à Saint-Louis du Sénégal, le général de Gaulle annonce l’accès à l’indépendance du Mali, par transfert des compétences communautaires, mais en concluant avec la France des accords de coopération qui seront négociés jusqu’en avril 1960.

18 janvier 1960 : Ouverture à Paris de négociations relatives à l’accession du Mali à la souveraineté internationale. Louis Jacquinot, Roger Frey et Jean Foyer négocient avec Senghor, Mamadou Dia et Modibo Kéita. Les accords sont signés le 4 avril et ratifiés les 9 et 16 juin par l’Assemblée nationale française et par le Conseil de la République.

Avril 1960 : La conférence réunissant à Dakar responsables sénégalais et soudanais révèle des divergences entre les deux pays, aggravées par les perspectives de désignation du président de la Fédération.

20 juin 1960 : Proclamation de l’indépendance du Mali où Louis Hettier de Boislambert est le premier représentant de la France.

19 août 1960, suite à la crise qui a éclaté entre Sénégalais et Soudanais et la mise à l’écart de Mamadou Dia décidé par Modibo, l’Assemblée sénégalaise décide le 20 août 1960 le retrait du Sénégal de la Fédération du Mali et proclame l’indépendance, le gouvernement de Dakar récupérant la totalité des pouvoirs et proclamant l’état d’urgence pour une durée illimitée.

Les frontières entre le Sénégal et le Soudan sont fermées. Modibo Kéita accuse les Sénégalais de sécession et reproche à la France de l’avoir encouragée. « L’échec de la Fédération est la conséquence du conflit opposant les deux puissantes personnalités de Léopold Sédar Senghor et de Modibo Kéita, de la crainte des Sénégalais de voir l’ensemble en cours de formation dominé par les Soudanais, des perspectives divergentes des uns et des autres quant au modèle de développement et au positionnement international qu’il convient d’adopter ».

Le retrait du Sénégal de la Fédération est suivi en août 1960 de l’état d’urgence complété par l’état de siège qui est proclamé au Soudan au mois de septembre,
Septembre 1960 : Le Soudan, confronté à la rupture décidée par le Sénégal, prétend initialement maintenir l’illusion de la Fédération du Mali et ses dirigeants font même appel à l’ONU qui refuse d’intervenir dans cette crise.

Ce qui devait arriver arriva. Le jour est venu, l’heure a enfin sonné. Le 22 septembre 1960 le congrès de l’US-RDA proclame la République du Mali, ce qui est confirmé ensuite par le Parlement soudanais. Le gouvernement soudanais devient le premier gouvernement du Mali et conserve l’hymne et le drapeau de la défunte Fédération.
C’est à ce moment qu’une convergence de vue entre Fily Dabo et l’USRDA voit le jour. Dès lors, l’US-RDA est devenue de fait le parti unique. Quarante-huit ans après, les fils et filles du pays se souviennent.
Une synthèse d’Amadou Sidibé
(tiré dans Chronique)

Ce que j’en sais :
Souverain, mais dépendant

Contrairement à beaucoup d’anciennes colonies, l’indépendance n’a pas été octroyée au Mali par l’ancienne puissance coloniale (France). Elle a été plutôt arrachée de haute lutte par les fils et les filles de cette nation, berceau de la vaillance et de la bravoure. Mais, 48 ans après, bien de questions se posent aujourd’hui sur l’effectivité de cette indépendance. Dans les faits, le Mali est souverain. Est-il pour autant indépendant ? Décide-t-il souverainement de ses options politiques et socioéconomiques… ?

Cette dernière question est d’autant importante qu’elle fût l’une des grandes préoccupations des pères de notre indépendance. « Je suis de ceux qui pensent que l'Afrique que nous voulons doit se construire en dehors des nations colonisatrices qui ne peuvent pas présider à notre unification ayant été les artisans de notre division », avait déclaré le regretté président de la Ire République du Mali, Modibo Kéita (1915-1977) en avril 1962.

A quoi sert la souveraineté politique sans l’indépendance économique ? A rien ! C’est ce qu’avaient compris les premiers dirigeants du pays qui avaient assumé leur devoir historique dans un environnement austère. Un véritable défi à l’époque. Les premiers actes qu’ils ont posés visaient à donner à ce jeune Etat les moyens d’assumer son nouveau statut de nation libre. Ils ont mis l’accent sur la production à grande échelle et l’industrialisation afin de booster la consommation nationale. Au moment de l'indépendance, l'industrie malienne était pourtant inexistante car l'industrialisation du pays n'était pas une priorité du colonisateur.

Le président Modibo Kéita et son équipe vont alors s'atteler à la création de plusieurs petites industries : sucrerie, rizerie, cimenterie, usine céramique, manufacture de tabacs et d'allumettes, tannerie, usine de textile, abattoir frigorifique, huilerie conserverie, etc. Ainsi, pour favoriser l'indépendance économique du Mali, une quarantaine de sociétés et entreprises d'Etat (Société des conserves du Mali, Société d'exploitation des produits oléagineux du Mali, Société malienne d'importation et d'exportation, Société malienne du bétail, des peaux et cuirs, Société nationale de recherche et d'exploitation minière, Compagnie malienne des textiles, Société équipement du Mali...) ont vu le jour entre 1960 et 1967.

Et pour mieux affirmer la souveraineté nationale, le franc malien fut créé le 1er juillet 1962. La jeune République venait ainsi de rompre tout lien de domination et de dépendance économiques avec la France. Elle entrait de plain-pied dans un projet socialiste qui, s’il avait été exécuté à fond, aurait peut-être permis au Mali d’être la Chine de l’Afrique.

Ce qui est sûr, si l’option agricole et industrielle prise à l’indépendance avait été poursuivie, notre pays serait sans doute à l’abri de certaines difficultés dramatiques que nous subissons aujourd’hui. Avec l'africanisation des cadres et la création des sociétés et entreprises d'Etat, les premiers dirigeants du Mali indépendant entendaient rendre aux Maliens la maîtrise de leur destin.

Un destin qui nous a échappé depuis la rupture du 19 novembre 1968. On ne mesurera jamais assez le mal que le coup d’Etat militaire a fait à ce pays. Ce putsch a été l’une des plus sérieuses hypothèques à l’affirmation de notre souveraineté politique et de notre indépendance socioéconomique.

Les premiers dirigeants du Mali indépendant nourrissaient la noble ambition d’améliorer le niveau de vie des Maliens. Ils voulaient affirmer la souveraineté totale du pays et débarrasser le peuple des séquelles du colonialisme. Ils avaient fait un diagnostic fiable pour parvenir à ce constat.

« On peut classer les difficultés rencontrées par les Etats africains en deux grandes catégories. Il y a des difficultés structurelles qui tiennent à l'organisation de certains Etats, à leur administration, à leur vie économique. Il y a ensuite les difficultés conjoncturelles liées aux séquelles de la colonisation. Ce n'est pas du jour au lendemain qu'on est en mesure de résoudre de telles difficultés... », disait le président Modibo Kéita (paix à son âme) dans une interview accordée à Jeune Afrique en 1966.

Hélas ! Les jeux d’intérêts personnels ou claniques ont eu raison de tous les acquis des premières années d’indépendance. Les maillons forts de l’économie ont été détournés au profit de quelques personnes et de leurs familles ou clans. Vidées de leur substance, les unités industrielles ont fait faillite.

Les survivantes sont maintenant privatisées, basculant le Mali dans le giron du libéralisme sauvage et inhumain. La politique agricole a été noyée dans des stratégies démagogiques ou imposées par les ténors du néocolonialisme. Et petit à petit, le pays s’est éloigné de son indépendance, surtout économique. Comment un pays qui importe entre 80 et 90 % de ses besoins vitaux peut-il revendiquer sa souveraineté dans le concert des nations ?

Nous avons été affranchis par les pères de notre indépendance avant d’être asservis par les régimes qui ont suivi. Même la démocratie qui avait suscité tant d’espoir n’est pas parvenue à nous redonner cette indépendance. La faute à qui ? A nous tous ? Beaucoup moins à notre génération qui a trouvé que les dés étaient presque jetés.
« L’avenir du Mali, ce n’est pas ceux qui viennent de prendre le pouvoir à Bamako. L’avenir du Mali, c’est vous », avait dit Modibo Kéita aux jeunes de Koulikoro le 19 novembre 2008 avant de regagner Bamako où l'attendaient les putschistes. Un espoir fortement déçu !
Alphaly

Mamoutou Binké Camara :
Un enfant de l’indépendance


Né le 22 septembre 1960, Mamoutou Binké Camara dit Mamoutouba a toujours fêté avec faste le jour anniversaire de l’accession du Mali à la souveraineté nationale et internationale. Même les appels à une célébration dans la méditation en raison de l’austérité budgétaire sous le régime de la IIe République n’avaient pas de prise sur lui.

Dans trois jours, notre pays va souffler sur ses quarante-huit bougies. Tout un symbole et une fierté pour une jeune nation qui a quitté le joug colonial le 22 septembre 1960 suite à la vague des indépendances en Afrique francophone dont le ton a été donné dès 1958 par le « non » historique d’Ahmed Sékou Touré de la Guinée au général de Gaulle.
La commémoration du 48e anniversaire de l’accession de notre pays à la souveraineté nationale et internationale est un événement auquel s’identifient bien de gens. Ce n’est pas simplement par patriotisme pour ces personnes, mais par la force des choses, cette date correspondant à leur jour de naissance. Mamoutou Binké Camara dit Mamoutouba peut s’enorgueillir d’être de ceux qu’on appelle « les enfants de l’indépendance ».

Mamoutouba, un sobriquet qui signifie qu’il est d’un embonpoint à nul autre pareil a fait des études poussées. Après avoir décroché son diplôme d’économiste au Maroc au début des années 1990, il a décidé de faire carrière dans les affaires. Une activité qui lui réussit bien aujourd’hui puisqu’il est sur la trace de son père.

Le 22 septembre lui sonne à l’oreille comme la douceur d’une note musicale. Selon lui, c’est un bonheur que d’être né le jour même que son propre pays. L’anecdote qu’il raconte à ce sujet lui aurait été racontée par sa mère. Celle-ci lui a retracé le film du jour de sa venue au monde.

« La déclaration d’indépendance par le président Modibo Kéita a été suivie d’une liesse populaire jusque tard dans la nuit. En ces mêmes moments, je me suis retrouvée à la maternité de Gabriel Touré où je t’ai mis au monde peu avant minuit. L’engouement populaire était tel, que les quartiers névralgiques de la capitale que sont le Centre commercial, Bamako Coura, Bagadadji, Médina Coura, Bozola sont restés animés par des manifestations folkloriques pendant plusieurs jours ».

La fierté de l’âge du Mali que Mamoutouba porte en lui ne lui fait pas du tout perdre la tête. Il est modeste et respectueux à l’égard de tout le monde. Il a toutefois le plaisir de fêter son anniversaire avec faste. Grand humoriste devant l’Eternel, Mamoutouba disait pendant les années de vache maigre où l’ancien général président Moussa Traoré célébrait le 22 septembre sans festivité mais dans la méditation, que lui personnellement va faire la fête à la place des autorités nationales. Il s’offrait alors une belle fête avec les siens.
Abdrahamane Dicko

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