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Santé
  Insecticides domestiques : un danger pour la santé
 L'Essor, 04/11/2008   E-mail Imprimer

Le contrôle est lâche avant l'utilisation. Les services techniques ne parlent pas le même langage.


Le paludisme représente une part importante du fardeau des maladies infectieuses qui pèse sur les pays pauvres et il est à l’origine de plus d'un million de décès par an, principalement parmi les enfants d’Afrique.

C'est pour contrer le fléau qu'en 1998, la campagne internationale "Faire reculer le paludisme" ou "Roll Back Malaria" a été lancée par l'OMS en partenariat avec l'UNICEF, le PNUD et la Banque mondiale.

La campagne se base, en grande partie, sur l'utilisation des moustiquaires imprégnées d'insecticides du groupe des pyréthrinoïdes (matières actives synthétiques basées sur la structure du pyrèthre). Dans certains pays comme le nôtre, les moustiquaires et les insecticides pour l'imprégnation sont inscrits sur la liste des médicaments essentiels.

Cependant, les techniciens chargés de la gestion des pesticides du ministère de l’Environnement estiment que les insecticides utilisés pour lutter contre les moustiques produisent des effets secondaires chez certains utilisateurs.

Pour justifier leur thèse, ils brandissent tout d'abord un rapport de l'OMS qui indiquent que "des allergies cutanées et respiratoires ont été enregistrées chez des personnes dormant régulièrement sous les moustiquaires imprégnées. Des accélérations du rythme cardiaque ont été constatées chez d'autres. Parmi les effets indésirables dont se plaignent les imprégnateurs de moustiquaires, on peut citer des picotements et des sensations de brûlure (paresthésies) au niveau de la peau, une irritation et des douleurs oculaires, un oedème de la face, des céphalées et des vertiges. Des usagers de moustiquaires traitées font également état d’effets indésirables passagers tels que les démangeaisons, les yeux qui piquent, l’irritation nasale et les éternuements qui se manifestent surtout les premiers jours suivant l’imprégnation".

Nous avons rencontré Cheick Hamallah Sylla, le spécialiste de la gestion des pesticides au Projet africain de gestion des pesticides obsolètes. Il croit que "le Mali est une sorte de grand laboratoire dans lequel on expérimente tout. Rien n'est au préalable vérifié avant utilisation, du moins en ce qui concerne les pesticides domestiques". S'agissant des opérations d'imprégnation, il estime qu’elles posent problème : “C'est une activité communautaire génératrice de revenus et elle est généralement confiée à des groupements de femmes, formées très sommairement. Ces femmes préparent les solutions insecticides, imprègnent, pressent et étalent les moustiquaires. Ce sont elles qui déversent les solutions et rincent les récipients. Elles sont donc exposées à des risques réels”.

Le directeur du Laboratoire national de la santé, le Pr. Kanouté assure que "toutes les moustiquaires utilisées ou distribuées par le ministère de la Santé sont contrôlées au préalables". En plus, "les produits utilisés pour l'imprégnation ont été spécialement conçus pour que n'importe quelle personne puisse les utiliser". Il n'a, toutefois, pas exclu la possibilité de voir certains particuliers s'adonner à l'imprégnation des moustiquaires et encourir d'énormes problèmes de santé.


Un seul insecticide homologué. Au Mali, les spécialistes estiment que plus de 65% de la population utilise les spirales communément appelées “Sosso fagalan”. Au sujet de ce produit, le directeur régional du contrôle des pollutions et des nuisances Amadou Tandia est catégorique. “Le produit n’est pas contrôlé et, personnellement, je ne le conseillerai à personne pour lutter contre les moustiques". A l’usine “Sofa”, la seule qui fabrique ces spirales au Mali, le directeur général, Kwan Pan, assure que “régulièrement, les services techniques de la santé viennent effectuer des prélèvements pour voir si les produits sont conformes aux normes de l’OMS”. En outre, Kwan Pan révèle que ses spirales sont fabriquées à base de charbon de bois, d’amidon et “d’insecticides naturels”. Il incrimine plutôt "les autres spirales qui sont fabriquées avec du plastique. C'est pourquoi elles donnent les maux de tête".

Au Laboratoire national de la santé, les chercheurs, avec à leur tête le directeur, assurent n'avoir jamais fait des tests sur les spirales. "Nous n'avons jamais effectué des recherches sur les spirales, car cela ne rentre pas dans notre travail. Nous n'avons jamais préconisé cette méthode pour lutter contre le paludisme", soutiennent-ils en choeur.

A la direction nationale de l'agriculture, c'est la division législation et contrôle phytosanitaire qui s'occupe des pesticides domestiques. Là aussi on n'a aucune une idée du mode de fabrication des spirales. "Pour le moment, nous n'avons pas de moyens pour faire ce travail. Ce n'est pas normal que le directeur de l'usine "Sofa" ne vous donne pas la composition de l'insecticide utilisé dans les spirales. S'il le cache, c'est peut-être parce qu'il utilise un produit interdit", souligne Abdramane Sidibé, le chef de la structure. Il révèle que dans notre pays "il n'y a qu'un seul produit insecticide domestique homologué par le Comité sahélien des pesticides. Il s'agit de la spécialité bistar 10 WP ou encore bifenthrine dont la dose est utilisée à 100 g/litre d'eau". Quand on lui demande si la périmétrine ou la tétramétrine que nous avons sur nos moustiquaires est homologuée, il répond d'un aire embarrassé : "Ce sont des insecticides de type icon 10 WP. Ils ne sont qu'en cours d'homologation pour avoir des autorisations provisoires de vente (APV). Ce sont les décisions politiques qui nous poussent à les mettre déjà sur le marché. C'est surtout parce que les autres pays membres du Comité les utilisent".

Un autre document de l’OMS que les services de la protection de l’environnement prennent pour référence est celui qui préconise que “dans le cas des produits à usage domestique qui sont vendus au détail, il faut veiller encore plus à ce que les emballages et les récipients soient convenablement étiquetés et qu’ils soient accompagnés d’un mode d’emploi approprié mentionnant les précautions à prendre.

Tous les emballages doivent porter les informations écrites de manière lisible et indélébile : nom ou raison sociale du fabricant ; formulation conforme à la norme OMS ; teneur en matière active ; volume (s’il s’agit d’un liquide) ou poids net (s’il s’agit d’un solide) du contenu ; numéro du lot ou numéro de référence ; date de fabrication, date de péremption et précautions minimales à prendre pour un usage efficace et sans danger. Dans le cas d’emballages unidoses, il faut veiller à ce que ces informations ne puissent pas être facilement détachées du récipient ou de la pochette d’insecticide”. Or sur les différents emballages des spirales, il n’est mentionné à aucun endroit la composition chimique du produit.

Pour savoir pourquoi ceci n'est pas respecté, nous avons contacté la direction nationale du commerce et de la concurrence (DNCC). A la division commerce, la réponse est claire : "Il n'y a pas en la matière une loi qui réprimande les contrevenants".

En attendant que les chercheurs trouvent un terrain d'entente sur les produits que nous utilisons dans la lutte contre le paludisme et ses causes, les spécialistes de la lutte contre les pesticides estiment qu'il faut insister sur le développement et la prise en compte effective d'autres stratégies basées sur la prévention, les aménagements des espaces, la lutte contre l'insalubrité, le dépistage et le traitement précoces de la maladie, le renforcement des structures communautaires de santé, les approches participatives, etc.

Car, selon eux, "les pesticides sont mal utilisés en Afrique. Ils sont utilisés sans discernement et de façon abusive". Or, ces mêmes pays africains, dont la part dans le marché mondial des pesticides n'est que de 1%, paient le plus lourd tribut.


P. MBEN

****

Agence de gestion des stations d'épuration du Mali :  une structure multifonctionnelle


Pour assurer la réalisation et la gestion durable des stations d'épuration des eaux usées et ouvrages annexes, le gouvernement a créé, par l'ordonnance n°07-015/PRM du 28 mars 2007, l'Agence nationale de gestion des stations d'épuration du Mali (ANGESEM).

Établissement public national à caractère administratif doté de la personnalité morale et de l'autonomie financière, l'agence est chargée de promouvoir et veiller à la gestion des ouvrages d'assainissement suivant les normes établies en la matière, identifier, organiser et renforcer les capacités d'études, de réalisation des infrastructures d'assainissement, concevoir, coordonner, suivre et contrôler la réalisation, l'installation ou la réhabilitation des ouvrages et équipements, contribuer au transfert de la maîtrise d'ouvrage de l'État aux collectivités territoriales.

Les ressources de l'ANGESEM sont constituées par les revenus provenant des prestations de service, les redevances, les subventions de l'État et les contributions des collectivités territoriales, les fonds d'aides extérieurs, les emprunts, les dons et legs.

Elle est placée sous la tutelle du ministère de l'Environnement et de l'Assainissement. Son administration et sa gestion, quant elles, dépendent d'un conseil d'administration, d'une direction générale et d'un comité de gestion.

Le tout nouveau conseil d'administration, composé de six membres, a été mis en place le 17 octobre dernier. C'est lui qui fixe les objectifs annuels à atteindre par l'agence, autorise le directeur général à signer tous les contrats et conventions engageant l'agence pour une durée qui excède 24 mois, délibère sur les programmes d'équipement et d'investissement. De plus, le CA adopte le budget de l'agence et veille à leur exécution, approuve les comptes financiers de l'exercice précédent et le rapport d'activités du directeur général.

Notons que l'agence créera des antennes qui sont les démembrements directement rattachées à la direction générale. Selon le directeur de l'ANGESEM, Lamine Théra, la structure est naissante et met actuellement son mécanisme en place. Il a, pour cela, exhorté l'appui de tous.

Lamine Théra a, par ailleurs, rappelé que le gouvernement, avec le concours des Pays-Bas, a construit la toute première station d'épuration. Ce projet d'assainissement de la Zone industrielle de Sotuba, a-t-il expliqué, est un projet pilote dont la réussite pourrait attirer d'autres investissements du même type.

Pour le directeur de l'ANGESEM, la création de l'agence est un message fort à l'endroit des partenaires financiers et des bénéficiaires pour le financement d'une gestion durable des stations d'épuration des eaux usées et ouvrages annexes dans les autres régions. C'est aussi un geste pour rompre avec les mauvaises habitudes qui concourent à la pollution de l'environnement.


P. Mben

 

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