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La sortie au vitriol, mardi dernier, du président de la République, Amadou Toumani Touré, à la faveur de l'ouverture des états généraux de la corruption, contre ce fléau qui freine le développement de notre pays, a fait dresser les cheveux de plus d'un sur la tête. Son speech, pertinemment empreint d'anecdotes, est un tableau fort éloquent de l'ampleur de la corruption, de l'affairisme, du népotisme au Mali.
Cependant, nombre d'observateurs restent persuadés que le chef de l'Etat, en montant au créneau pour la énième fois contre la corruption, n'est pas tout à fait dans son rôle. Il n'est ni journaliste pour indexer et dénoncer, ni citoyen pour s'indigner. Un président doit aller au-delà du discours, et veiller à ce que des mesures conséquentes soient prises et que des sanctions tombent au besoin. Ce, d'autant plus qu'il vient de prouver qu'il connaît les multiples visages du monstre, comme en témoigne ce passage anecdotique : '' le trafic d'influence, c'est terrible maintenant…je suis le fils de tel ou de tel….''. …: ''dans les départements ministériels, le Daf est plus important que le ministre… Sur quatre visiteurs, 3 viennent voir le Daf…''.
Enfonçant le clou, le président de la République Amadou Toumani Touré dira que la corruption est présente partout. Dans le milieu politique, il est même devenu la règle de jeu. Ce qui fait dire à ATT, ''tu peux avoir la meilleure politique, mais si tu n'as pas d'argent, tu ne seras pas élu…''. Entre nous, il y a de quoi trembler lorsque le président confirme le pouvoir de l'argent, l'achat de conscience, la fraude … !
D'aucuns pensent que le chef de l'Etat fait plutôt son mea-culpa en tant que chef suprême de l'Etat et président de la République. Car, même s'il a hérité de cette sinistre situation, ces pratiques continuent de plus belle sous son règne. Dès lors, ne doit-il pas aller au-delà de la simple dénonciation ?
Certes, des initiatives ont été prises sous son autorité pour lutter contre le fléau telles que l'institution du Bureau du Vérificateur général ou encore l'organisation des états généraux de la corruption au Mali, mais comme lui-même l'a relevé, on ne doit pas se limiter à une indignation quant à la moralité de la corruption et de la délinquance financière !
Le vérificateur général a certes détecté des cas de fraude, de manque à gagner et autres formes de délinquance financière, mais le phénomène est loin d'avoir pris du recul.
Des rapports du Végal épinglent des personnes qui continuent de se la couler douce alors qu'elles sont censées avoir pris des libertés avec l'argent du contribuable. Elles n'ont été en aucun moment inquiétées par les juges. On comprend dès lors les questions qui fusent de partout quant à l'utilité même du bureau du Vérificateur général. Car si son rôle doit se limiter à faire des inspections et à écrire des rapports qui échouent dans les tiroirs, pourquoi Sidi Sosso Diarra ne jette-t-il pas l'éponge ? Même si, lors de sa dernière conférence de presse, il s'en est défendu en précisant que la poursuite des délinquants ne relève pas de ses attributions. Il est vrai aussi que ATT parlant de la corruption et de la justice a déclaré que : ''ce sont les menus fretins qui sont pris alors que les gros poissons ne sont pas inquiétés''. Cette déclaration, qui reste un pavé dans la mare de la justice, ne doit-elle pas fouetter un tant soit peu les ego?
Sinon, quoi faire désormais ? se contenter d'espérer que les états généraux de la corruption permettront de bien cerner tous les contours du mal afin de mieux le combattre ?
Pour l'heure, force est de craindre au contraire que le fléau poursuit sa progression implacable au grand dam de notre pays. mieux, il se manifeste sous des formes de plus en plus pernicieuses. Peut-on douter que le népotisme est en train de gagner les cimes avec le trafic d'influence et de créer ''une société de classe'' au Mali ? Des voix plus autorisées l'ont confirmé : pour avoir quoi que ce soit dans l'administration, il faut être sous le couvert d'un haut d'en haut, être identifié parmi les proches d'un tel…
Mais, il y a pire : la concussion. Inconsciemment ou délibérément confondue à la corruption, comme dans une sorte de conspiration du silence, la concussion, on n'en parle hélas pas suffisamment, fait désormais partie du quotidien sous nos cieux. C'est le cas lorsque l'initiative de la corruption vient de l'agent public.
Par Alhassane H. Maïga
États généraux sur la corruption : Un phénomène qui affecte tous les secteurs !
Au Mali, de l'avis général des personnes interrogées, la corruption et la délinquance financière constituent une réalité qui affecte la plupart des secteurs.
Les travaux des Etats généraux sur la corruption et la délinquance financière se poursuivent au Centre international des conférences de Bamako. Placée sous la présidence du président de la République, Amadou Toumani Touré, la cérémonie d'ouverture a enregistré, le 25 novembre 2008, la présence du Premier ministre, Modibo Sidibé et du président du Comité préparatoire de ses assises, Modibo Kéïta. On notait également la présence de membres du gouvernement, des ambassadeurs accrédités au Mali, des représentants des institutions internationales et plusieurs autres invités.
Convoqués sur l'initiative du président de la République, les états généraux sur la corruption et la délinquance financière ont pour objectif de créer un cadre d'échanges entre tous les acteurs de la vie sociale de notre pays afin de diagnostiquer le phénomène et de dégager des solutions pertinentes visant à le combattre.
Selon le président du Comité préparatoire sur la corruption et la délinquance financière, Modibo Kéïta, ''les entretiens avec les organismes et structures se sont déroulés autour de deux axes principaux, à savoir l'identification, la description des manifestations de la corruption et de la délinquance financière et, enfin, les propositions de solutions visant à combattre le phénomène.'' ''Chacune des structures entendues s'est efforcée de ne pas personnaliser le débat, de ne pas indiquer qui a fait quoi, mais qu'est-ce qu'on fait dans tel ou tel domaine, que faire pour assainir le secteur concerné'', a déclaré Modibo Kéïta. Selon lui, il ressort de l'avis général des personnes entendues que la corruption et la délinquance financière constituent bel et bien une réalité dans notre pays et affectent la plupart des secteurs.
Pour la tenue de ses assises, le président du Comité préparatoire des états généraux sur la corruption s'est réjoui non seulement de la forte implication des populations, mais aussi de l'engagement et la disponibilité des gouverneurs. L'information et la sensibilisation des populations est un facteur de réussite de la lutte contre la corruption et la délinquance financière. Parmi les propositions courageuses et intéressantes faites, les personnes écoutées ont estimé nécessaire de conférer à la lutte contre la corruption une dimension pérenne. Aussi, ont- elles souhaité l'application stricte des dispositions législatives et réglementaires en cours dans notre pays et la mise en place de suivi et d'évaluation d'un programme national de lutte contre la corruption et la délinquance financière.
Pour le président de la République, Amadou Toumani Touré, la lutte contre la corruption, chose la mieux partagée pour les différents régimes dans notre pays, ne doit pas se limiter à l'indignation morale ou à la dénonciation outrée. Pour vaincre la corruption ou la réduire, ATT estime qu'il faut disposer d'une administration efficace et performante avec des agents vertueux, des conditions décentes de vie et de travail, des règles transparentes de recrutement, de promotion, de sanction des fautes et de récompense du mérite.
La lutte, dira le chef de l'Etat, nécessite l'adaptation constante des principes de gestion des ressources publiques, des normes, des procédures, des mécanismes de contrôle et d'évaluation des structures en charge de la prévention et de la répression. ''Notre pays ne détient ni un monopole, ni un record en matière de corruption. Mais nous avons pris le parti d'en parler sur la place publique, de ne pas dissimuler les problèmes, car chaque franc compte dans le combat implacable que nous menons contre la pauvreté et pour le bien-être des Maliennes et des Maliens'', a-t-il affirmé.
A en croire le président de la République, il faut combiner la mémoire et l'imagination dans la lutte contre la corruption et la délinquance financière. ‘’La mémoire pour capitaliser les expériences vécues et l'imagination pour construire des solutions nouvelles et des démarches novatrices susceptibles d'éclairer et orienter utilement les efforts de développement’’. C'est demain vendredi 28 novembre que les travaux prendront fin.
Chiaka Doumbia
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