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  La femme explosive (suite): Un accueil inoubliable
 Bamako Hebdo, 31/01/2009 Commentaires [ 5 ] E-mail Imprimer

Le soleil dardait ses flèches enflammées sur Benso dont le sol poudreux brûlait sous les pieds des promeneurs. L'air tremblait comme du feu. Mais les toits coniques du village, surplombés de feuillages épais du manguier et des folokas ressemblaient à de petits paradis où la vie devait être de rêve. Le repos devait être un délice sous les paillotes à l'ombre des dômes verdoyants ! Des agglomérations couvertes de tôles ondulées, œuvres de paysans et de commerçants surgis du lot s'imposaient avec leurs charmes et leurs signes extérieurs de richesse. Ici, il n'y avait ni néons sur les façades des maisons, ni buildings aux accès sophistiqués, ni supermarchés dans les sous-sols avec des escaliers roulants. Mais dans ce village blotti au cœur d'une nature clémente, l'existence ignorait les wagons de problèmes des mégapoles et les contingences à foisons le long des rues inondées de lumières. Benso attendait un essor, un progrès à la mesure de son attente, une modernité en harmonie avec sa "tabia", sa "ladriya" et son "wagueya".

Ici, l'homme savait ce qu'il pouvait pour l'homme. Qualité qui manque au monde d'aujourd'hui pour effacer les frontières entre les peuples et les nations.

Le véhicule, ruisselant de soleil freina devant la concession de Douga. Benké, devenu par la force des choses maître de cérémonie, s'enquit

-Madame, si vous ne voyez pas d'inconvénient, je vais vous annoncer au patriarche et je viens après vous chercher pour la réception selon la règle.

-Je n'en disconviens pas, fit Kadi. Nous t'attendons dans la voiture.

A l'entrée du fief de Douga, état accroché à la porte en bois deux cornes de taureau portant des fils rouges et des crocs de lions. Sur le mur était versé du dégué mêlé au lait.

-Ceci, fit Birama, constitue le fétiche patrimonial qui veille sur toute la maison. Dans ces contées fermées à toutes influences importées, les demeures sont protégées par des objets ésotériques.

En plus de ce parapluie commun, chacun possède dans sa case son fétiche personnel fixé parfois au mur, je n'oublie pas les talismans portatifs individuels attachés soit à la hanche, soit au bras ou au poignets s'ils ne sont pas camouflés dans la poche. Quand aux femmes et aux enfants, ils les portent sous les tresses ou autour du cou.

- Mais, réagit Kadi, c'est la communion totale de l'être avec son milieu.

Binké revient à la voiture et conduisit sa patronne à son hôte. Ils passèrent par un vaste vestibule au mur tapissé d'idoles interactives. Nouvellement coiffé d'un toit de chaume doré, la pièce portait à l'entée et à la sortie des gerbes de sorgho. Deux canaris ventrus fermés trônaient avec des illustrations de tortues, de serpents et de varans.

- Dans ce vestibule l'air était d'une fraîcheur endormante à cause du micro climat crée par l'abondance des arbres tout autour.

Au sortir de cet espace transitionnel s'ouvrit une grande cour tellement ombragée que les rayons de l'astre du jour arrivaient filtrés.

De grandes chaises en bois local meublaient l'espace. Et sur une élévation en terre battue, s'étalaient des peaux de bœufs ouvrées. Douga posait là entre deux têtes de panthères lui servant de coussins.

Trois notables à une distance respectable formaient sa cour, l'un derrière, et les deux autres à ses côtés.

A leur entrée, Binké, religieusement ôta ses chaussures et son bonnet en gueule de caïman et le dos courbé, il salua les quatre vieillards suivi par Kadi et son fils.

Chaleur d’une hospitalité

 légendaire

- Grand père, commença Binké, je vous ai annoncé des visiteurs, les voici.

-Soyez les bienvenus à Benso. Prenez place. Qu'on leur apporte à boire.

Trois serviteurs surgirent d'une porte dissimulée et leur offrirent de l'eau dans les calebasses pyrogravées.

Kadi se mit à genoux devant Douga et lui parla à cœur ouvert.

-Merci, patriarche pour l'hospitalité. L'eau de Benso est vraiment de bon goût. Ceci dit, je suis Kadi Kéïta la fille de Taoulé Kéïta et ce jeune homme est Birama mon fils.

- Enfin, vous voilà ! Quelle joie j'éprouve à vous voir sous mon toit. Relève-toi, Kadi et viens près de moi avec ton fils. Nous avons à nous parler. Que l'on apporte deux escarbots pour mes invités.

Les objets furent apportés, Kadi et son fils installés, le vieillard informa ses trois assistants de ce qui s'était passé.

-Taoulé et son épouse sont des nôtres. Ils nous envoient leur fille et un de leurs petits enfants pour pérenniser la sécurité de leur descendance.

-C'est la tradition qui le veut, dirent-ils. Ne jamais laisser l'herbe pousser sur le chemin de l'amitié.

-Patriarche, fit Kadi, nous avons apporté quelques cadeaux pour vous.

- Cela ne m'étonne pas de la part de ton père. Nous allons voir ça bientôt. Je voudrais vous poser une question.

- Je vous écoute

- Kadi, c'est la première fois que je te vois physiquement. Mais tu m'es apparue dans le rêve, dans un rêve très agité, si agité qu'à mon réveil j'ai fait des sacrifices pour en atténuer les conséquences. Il y a eu un affrontement entre deux arbres, celui de Taoulé, un fromager et un baobab de je ne sais qui ? Les dégâts collatéraux devaient être irréparables. Toute une nuit, nous avons supplié les ancêtres pour éviter le pire. Vous concernant, le destin de Moïse avait paru dans le sable. Maintenant je vois le baobab, c'est l'arbre de ton mari. Je l'ai découvert à la vue de ton fils. Kadi, ton retard à rendre visite aux esprits tutélaires de Benso les a poussés à te rappeler le serment qui les lie à ton père.

- Papa a tout fait. C'est moi qui ai été négligente. Et j'ai failli le payer chèrement.

-Ton mari, comment se porte t-il ?

-Il récupère sa santé après un terrible accident

- Comment se nomme t-il ?

-Baba

-Le leader politique qui a frôlé la mort ? C'est lui ton conjoint ?

- Oui, patriarche.

Tout m'est clair à présent. C'est ce que j'ai vu et que nous aurions pu éviter si nous étions en contact régulier. Maintenant, les choses vont rentrer dans l'ordre. Fadio, dit-il à l'assistant assis derrière, tu iras avec Kadi égorger deux coqs, l'un blanc au pied d'un fromager, l'autre rouge au pied d'un baobab. Prend-les à la basse-cour. Fabouné, dit-t-il à l'assistant de droite, tu feras baigner sept fois Birama dans les canaris du Jetu. Quant à toi Fabou, tu organiseras sept bains pour Kadi dans la forêt sacrée réservée aux femmes.

Moi, je vais les préparer aux bains, fit Douga en se levant, imité par les autres. Il descendit de l'élévation, prit un couloir qui conduisit à trois pierres sur lesquelles respirait une masse bizarre couverte d'huile noire. C'était Biendjougou, le fétiche des fétiches.

Pour le renforcement du corps magnétique
Douga posa l'index de la main droite sur la matière noire et le porta au front. Tous firent autant.

Il continua sa marche et déboucha sur son boa domestique qu'il prit dans ses bras et couvrit de caresses. Kadi triompha de sa peur et laissa le reptile lui grimper sur le corps et redescendre sans anicroches.

Il existe, dit Douga, un pacte entre l'homme, le règne animal et le règne végétal. Ainsi en nous se trouve du cerveau à la fin de la colonne vertébrale, le symbole du serpent. Tout comme en nous se découvrent différents arbres et les mues de la nature dans leur diversité. Voilà pourquoi l'homme est amour et puise la générosité dans les forces qui veillent sur les morts et les vivants. Et ce sont les bains rituels qui constituent les sources vitales de nos forces. Allez exécuter les tâches qui vous sont confiées et revenez dès que vous aurez terminé.

-Entre temps, Douga était revenu à sa place consulter le sable en vue de mieux armer Kadi et sa descendance contre le mauvais sort. Il pénétra dans les seize cases de la géomancie et à force d'interroger les zones d'ombres, il finit par trouver la réponse à l'instabilité qui gravitait autour de son couple. Elle était née du relâchement des relations entre les Kéïta et Benso et le mari avait failli en faire les frais. Désormais, les nuages pouvaient être évacués jusqu'aux enfants de Birama si ce dernier créait foyer.

-Au terme des sacrifices et des bains, Kadi, Birama et leurs accompagnateurs retrouvèrent le patriarche. Et c'est alors que les visiteurs furent présentés à ses épouses et qu'il reçut les nombreux cadeaux destinés à sa famille et à ses amis.

Ce fut une vraie fête à laquelle les voisins furent invités car Douga était un homme de partage.

Binké, un enfant de miraculés
Binké avait eu largement le temps pour rendre visite à sa famille, à son père Sarido et à sa mère Lomakono. Deux vieux noms qui en disaient long. Sarido signifiait cimetière et Lomakono "dans l'attente d'un départ". En effet, la grand-mère maternelle de Binké perdait successivement ses enfants. Quand naquit une fille, on l'appela Lomakono, celle qui attend son jour. Elle ne mourut pas. Au contraire, elle devint une merveilleuse jeune fille dont raffolèrent des prétendants. C'est Sarido qui l'aura comme épouse en vertu du pacte convenu de longue date entre deux clans. A l'âge de quatre ans déjà sa main sera promise à ce dernier.

Sarido, de même est un rescapé de la mort. Son père perdait tous ses enfants à bas âge. Quand il naquit, il le baptisa Sarido, le cimetière ou la dernière demeure. Une façon de dire qu'il n'était qu'un passant. Mais, il sera un passeur, un prédestiné contre qui la mort sera impuissante.

Unique enfant de deux êtres miraculés, le chauffeur de Kadi fut appelé à partir sur les chemins de l'aventure, comme l'indique son nom Douga, le vautour, toujours en route pour la quête de la survie. Il ne reviendra que de temps en temps au terroir, rendre visite à ses parents.

Lors de ce bref séjour à Benso, Binké s'utilisera à faire voir à sa patronne, ce qui distinguait son village de la grande ville. Ici, les familles mangeaient encor ensemble. Et un plat, si petit soit-il, satisfaisait tous ses convives parce qu'il était partagé. Ce n'était pas la quantité qui comptait, mais l'esprit, le sens de l'unité dans l'unité. A Benso, on mangeait dans des calebasses ou des écuelles en bois fabriquées par les forgerons locaux. On ne mangeait pas à la cuiller, mais à la main. Car manger à la cuiller, à la fourchette et avec le couteau durcissait le cœur. Ici, la main portait la nourriture à la bouche pour qu'elle en savoure le goût naturel, originel et non par le fer, un objet de cruauté.

Le respect des anciens
A Benso, un jeune ne croise pas gaillardement une personne âgée sur un chemin. Il s'arrête, enlève sa coiffure et la laisse passer.

Ici, les femmes saluent agenouillées les notables, pas parce qu'elles ont peur, mais au nom du fait culturel. Car assise ou à genoux la femme voit plus loin que l'homme debout. A genoux, devant son époux, elle s'appuie avec humilité sur la terre pour élever son enfant et le propulser vers la réussite. C'est en fonction de toutes ces valeurs que les parents de Binké, accompagnés de nombreux notables qui avaient obtenu des présents vinrent remercier de vivement voix Kadi, et devant le patriarche, pour la maison qu'elle venait d'offrir à leur fils.

-Maintenant, dirent-ils, nous avons où loger dans la grande ville. Et le patriarche d'ajouter sa part de joie pour le présent remarquable fait à son homonyme.

Le vent du changement
A leur sortie, Douga resta avec Kadi et Birama fiers d'être aux côtés d'un si grand personnage.

Il leva le regard sur Kadi avec un air de nostalgie et demanda :

-Comment as-tu trouvé notre village, Kadi ?

-Paisible. On y vient pour un jour, mais on veut y rester pour toujours, comme cela se dit.

-C'est agréable à entendre. Mais Kadi, à vrai dire, nous sommes inquiets ici, parce que les valeurs sociétales s'effritent petit à petit. Les familles éclatent. Les mœurs se relâchent.

-Comment ça, demanda Kadi ? Moi je ne le sens pas pourtant. Au contraire.

-C'est le souffle de la ville qui nous empêche de dormir et qui balaie nos traditions. Il y a une semaine, le village a perdu un notable. Dans ce cas de figure, ses femmes devaient dormir sur le ventre la nuit pour veiller sur le mort, jusqu'au petit matin avant l'enterrement. Si celles qui ont trompé leur mari le font, elles ne passeront pas l'année. Mais je vous dis que sur les quatre femmes du notable, une seule a respecté la tradition. Les trois autres ont préféré partir en voyage pour camoufler leur mauvais comportement.

-Patriarche, c'est dommage. Ces femmes ont-elles été éduquées ici ?

-Non ! Elles viennent pour la plupart d'autres horizons.

-Voilà l'explication. Mais la fidélité est fondamentale dans la vie conjugale. Quoi qu'il en soit, il va falloir faire la vie avec beaucoup de choses.

Retour à la ville
Ce voyage avait scellé en un jour, des liens solides pour des décennies à venir. Et c'est autour d'un repas copieux dans la convivialité qu'il devait prendre fin. Les visiteurs demandèrent et obtinrent la route pour le retour vu les contraintes qui les attendaient, les autres urgences...

Kadi, blindée à jamais pour affronter l'avenir, reçut force quantité de mixtures, pour dégager davantage, les nuages de l'horizon. Birama et Kadi avaient compris ce que la sagesse affirme à savoir que rien ne naît de rien et que tout ce qui naît est tributaire de l'acquis.

Comme pénible fut l'instant de la séparation. Douga prit dans ses mains celles de Kadi et de Birama et fit des bénédictions qu'ils portèrent à leurs visages éprouvés par l'émotion. Les parents de Binké en firent autant.

Ils se fixèrent, pour une dernière fois et leurs regards en dirent long. Puis vint le temps du départ…

Dans un halo de poussière, la Land s'arracha à l'attraction du village. Après des heures de pistes et d'asphalte, apparut au loin, sous les feux rougeoyants du couchant, la capitale, miroitant de mille éclats dans son merveilleux amphithéâtre.

O comme ils venaient de loin ! A l'instar d'un astronef retournant à la terre natale le véhicule rejoignit sa base.                   

   (A suivre).

Pr. Gaoussou DIAWARA

 

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Posté par Ndy  2548,  le 02 Feb 2009 08:40:42 GMT
 
Baisser le prix du Carburant,nous avons lesprix les plus haut de la sous
région.Plus le prix du Carburant baissera,plus les autres prix des
denrhées subirons la baisse.
 
  Répondre à < Ndy >
Posté par full-fledge  14,  le 31 Jan 2009 14:56:38 GMT
 
malheureusement que ca vien d'un diawara
 
  Répondre à < full-fledge >
Posté par tawana  56,  le 31 Jan 2009 10:41:49 GMT
 
VIVEMENT LA SUITE
 
  Répondre à < tawana >
Posté par homme debout sabre au clair  939,  le 31 Jan 2009 09:30:26 GMT
 
très intéressant
 
  Répondre à < homme debout sabre au clair >
Posté par Ere D.  436,  le 30 Jan 2009 22:45:19 GMT
 
i DIAWARA, Merci a vous, Merci a Maliweb.
 
  Répondre à < Ere D. >
 
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