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Le président de la République a dû savourer cet instant : passer un mémorable savon au gouvernement dont l’Initiative riz, en plus d’être un bide total, se révèle être une véritable escroquerie à grande échelle sur la marchandise. Un fiasco qui confirme les appréhensions qu’il avait soulevées hier et qui l’oblige aujourd’hui à autoriser les importations de riz.
La nouvelle est tombée la semaine dernière. Pour éviter toute surprise désagréable, le président de la République a ordonné au gouvernement d’importer du riz afin de prévenir toute risque de crise alimentaire. La décision de ATT est tombée suite à une de ses colères froides dont il a le secret. En effet, lors du conseil des ministres de la semaine dernière, le président a passé un mémorable savon au gouvernement par rapport l’Initiative Riz. « Vos chiffres sont faux » aurait dit le président.
Le constat présidentiel est consécutif à toute la polémique qui enfle au fur et à mesure qu’on se rend compte que les espoirs suscités par l’Initiative riz sont retombés comme un soufflet. « Vos chiffres sont faux et je vous demande d’autoriser l’importation de riz » a conclu le président. Silence de mort dans la salle du conseil des ministres où on aurait entendu une mouche volée. Le président aurait pu boire du petit lait tel ceux qui dégustent à froid la vengeance.
On se rappelle que ses mises en garde polies et ses appréhensions légitimes vis-à-vis d’une initiative marquée du sceau de la précipitation et de l’irrationalité n’ont pas eu l’accueil approprié et avaient même été traitées par dessus la jambe. Là où on aurait dû interpréter les propos présidentiels comme un désaveu poli mais sincère et une invite à une réflexion approfondie, on a assisté à tout le contraire. Et comme ce sont des incorrigibles indécrottables, ils remettent le couvert.
La décision d’importer du riz perçue par l’ensemble des Maliens comme une mesure visant à palier les insuffisances de l’Initiative riz fait l’objet aujourd’hui d’une interprétation pour le moins osée. En effet, une campagne est en marche pour tenter de convaincre les Maliens que l’importation du riz ne signifie par que l’Initiative riz est un échec. Encore heureux qu’ils ne disent pas que c’est un succès. Mais ne chipotons pas et rappelons juste les objectifs de l’Initiative lancée par le Premier ministre. Primo, il s’agissait de produire 1.618.323 tonnes de riz paddy soit une augmentation de 50%.
Secundo, sur la base du résultat escompté, produire 1.000.000 de tonnes de riz marchand qui couvrira le besoin alimentaire interne du pays estimé à 900.000 tonnes. Tertio, les 100.000 tonnes excédentaires seront commercialisées sur le marché sur la base de 300 francs le kilo, ce qui devrait faire beaucoup de milliards. Sur ces objectifs, seul le premier a été atteint…sur le papier et dans la bouche des membres du gouvernement. Et même là, avec les propos de ATT qui viennent confirmer les doutes émis par plusieurs personnes, on peut penser être amené à tempérer l’enthousiasme gouvernemental.
Surtout les autres aspects, force est de reconnaître qu’il n’est pas interdit de rêver encore moins de construire des châteaux en Espagne. Le besoin interne n’est pas couvert et les paysans attendent d’écouler leurs « excédents » sur la base de 300 francs. Dans le même temps, consommateurs et commerçants s’accordent à dire que le riz est inexistant. Jamais à cours de souffle pour une fuite en avant de plus, le gouvernement avait conclu un accord avec les commerçants pour vendre le riz à 300 francs.
Quand on sait que le riz est introuvable et que les producteurs affirment ne pas être tenus par les « accords » signés à Bamako, il est dès lors loisible de se rendre compte que nous sommes en face d’un véritable marché de dupes.
Un scandale, des cadeaux
Au risque de nous répéter, l’Initiative riz n’est pas perdue pour tout le monde. En effet, c’est plus de 40 milliards de nos francs qui y ont injectés. Et ce juteux et inespéré marché a fait prospérer un véritable banditisme. Des opérateurs économiques, épinglés à plusieurs reprises pour indélicatesse vis-à-vis de l’Etat, et certains maraudeurs apparus dans le sillage du pouvoir s’en sont donnés à cœur joie.
C’est ainsi que, contre toutes les règles de bonne gestion, le marché des engrais d’une valeur de 12 milliards avait été accordé de gré à gré à certains opérateur. Or il s’est révélé que les tarifs appliqués étaient à la limite prohibitifs. En effet, décidés à se faire du blé avant la moisson de l’Initiative Riz à la fébrilité dont faisait preuve le gouvernement pour convaincre les Maliens de la pertinence de son initiative malgré les boulets, ces opérateurs économiques avaient procédé à leur sport favori : la surfacturation. I
ls y sont habitués et ils n’ont jamais été inquiétés dans la mesure où ils ont leurs entrées dans les couloirs du pouvoirs et possèdent une grande capacité de « redistribution ». Même quand il a été prouvé que sur place à Ségou, des opérateurs économiques disposaient d’engrais de bonne qualité, à des prix défiant toute concurrence, aucune mesure n’a été prise à l’encontre des spéculateurs.
On peut multiplier à l’envi les cas de distribution de cadeaux à des amis sur la base des impôts du contribuable à qui il avait été promis des greniers remplis et l’abondance jusque dans les marmites.
Aujourd’hui, force est de reconnaître que non seulement le gouvernement est loin de ses objectifs mais le plus choquant dans l’affaire est qu’il tente de payer les Maliens en monnaie de singe. Il avait tenté de prouver aux Maliens que leur président était déconnecté des réalités du terrain quand il appelait à la prudence. Aujourd’hui que ATT l’accuse de faux, il continue à rouler des mécaniques.
Damouré Cissé
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