|
Les Maliennes et les Maliens étaient appelés hier aux urnes pour choisir les membres de leurs conseils communaux pour la période 2009-2014. Leur droit a été tout simplement volé par des fraudeurs qui ont tout fait pour imposer des hommes qui seront dévolus à leur seule cause. La magouille perpétrée par tous les protagonistes, se mesure facilement par l’ampleur de faux documents légalement établis par les commissariats et les brigades de la gendarmerie ainsi qu’à travers les cartes d’électeurs volées.
L’ancien ministre du général Moussa Traoré et ancien député, le Colonel Youssouf Traoré, a pourtant annoncé en début d’année que les municipales de cette année seront celles d’une fraude jamais connue. Il ne croyait pas si bien dire eu égard à la fraude perpétrée hier dans tous les bureaux de vote dans le district de Bamako. Le plus étonnant est que les dites fraudes avaient toutes l’air d’être légales, disons légalisées par les représentants de l’Etat, censés veiller sur la bonne organisation des scrutins. Les indiscrétions, la colère de certains agents de la police et de la gendarmerie, ont permis de toucher du doigt l’ampleur du dégât causé à notre jeune démocratie par les hommes politiques indignes.
Un établissement record de cartes d’identité
On apprend ainsi que d’habitude, un commissariat comme celui du 7ème arrondissement délivre au maximum par jour 40 à 50 cartes d’identité alors qu’au niveau de la brigade de gendarmerie de Faladié, c’est entre 30 à 35 maximum jour, mais depuis le début de ce mois d’avril, la première structure a établi en un seul jour jusqu’à 200 cartes d’identité. Un chiffre qui a atteint plus de 500 pour la seule journée du jeudi dernier. « Nous savons que beaucoup de cartes ont circulé dans les quartiers, mais on ne sait pas qui a les données. Nous avions aussi constaté que des conseillers municipaux sortants passaient régler les factures des cartes d’identité fournies sur leurs instructions à des émissaires. On a constaté que des personnes disposaient de lots importants de cartes d’identités vierges. Qui les fournissait ? Je ne peux accuser personne, il y a quand même des gens responsabilisés dans la délivrance des cartes d’identité » nous a expliqué vendredi dernier un agent du commissariat du 7ème arrondissement.
La brigade territoriale de Faladiè n’est pas restée en marge de cette pratique suspecte. Des hommes politiques y ont déboursé des fortunes pour l’établissement de cartes d’identité civiles pour leurs supposés fiefs électoraux. Nuitamment, des activités étaient constatées dans ladite brigade. « Nous avions nous aussi entendu parler de la délivrance excessive de cartes durant les deux dernières semaines. Nous savons que des agents sont impliqués, mais nous ne pouvons accuser personne » précise un gendarme dimanche matin au centre de vote à l’école fondamentale de Banankabougou. Les mêmes pratiques sont courantes dans tous les commissariats de police de district de Bamako.
Il a aussi été dénoncé de nombreuses disparitions de cartes d’électeur dans les centres de retrait. « Presque 50 à 55% des cartes enlevées ont été en réalité volées. Nous avons recueilli tout le long des derniers jours de nombreuses plaintes de disparition », nous a avoué un agent à la mairie de la commune VI. De nombreuses altercations ont eu lieu hier dans les centres de vote autour de cartes volées, des cas ont même été portés devant la justice. En attendant le verdict de celle-ci et celui des urnes, les municipales souffrent déjà énormément de ces cas de fraude qui entachent profondément la crédibilité du scrutin et la légitimité des futurs élus.
La transaction des cartes d’électeurs entre les partis
Dans les différents centres de vote, on a appréhendé de dizaines de fraudeurs. Ainsi, à Magnabougou-SEKOTRA, un cas de fraude a été constaté. Une étudiante munie d’une carte d’électeur, dont les noms de parents ne correspondaient pas avec ceux de sa carte d’identité non cachetée, a été cueillie au bureau de vote 216. Interpellée, l’étudiante a dénoncé l’auteur du coup, qui à son tour a été interpellé par les forces de sécurité, et les deux complices ont été conduits au commissariat du 7èmeArrondissement.
En commune V du district, on avait l’impression que c’était là le QG de la fraude. En effet, dans cette circonscription, des personnes visiblement très remontées, accusaient le maire sortant d’avoir fait recenser environ 3000 personnes fictives à Daoudabougou, lors de la révision de la liste électorale de 2008. Hier, ces mêmes personnes lui reprochaient d’avoir réquisitionné des individus depuis Nyamana pour venir utiliser son stock. A Kalaban-Coura, il est reproché au Mouvement Citoyen d’avoir lui aussi fait recenser 4000 personnes fictives en 2008. Sa liste ayant été disqualifiée, il les aurait marchandées avec des partis politiques.
Et à notre passage au commissariat du 11ème Arrondissement, à la mi-journée, 12 personnes y étaient gardées à vue. Au niveau du 4ème Arrondissement, c’est une dame qui y était en garde à vue, pour avoir été prise à Badalabougou avec en sa possession une trentaine de cartes d’électeurs. Toujours dans le même quartier, à l’école Mamadou Goundo Simaga, une personne du nom Amadou Koné, qui se réclame du CNID FYT, a été interpellée par les forces de sécurité. On a pu trouver sur lui 25 cartes d’électeurs. A Daoudabougou, deux véhicules remplis de personnes non résidentes de la Commune V ont été interpellés. Leurs occupants ont pris la fuite, mais trois d’entre eux ont été appréhendés.
Le scrutin d’hier a été émaillé de fraudes massives. Et l’ex-président de la Cour Constitutionnelle, Salif Kanouté, avait bel et bien raison d’avoir reproché à tous les acteurs politiques de notre pays d’être installés à demeure dans la fraude.
Abdoulaye Diakité et Ben Dao
|