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Dans les contes africains, le lièvre représente tout un symbole. Animal rusé, fourbe et espiègle par excellence, il joue de sales tours à tous les autres animaux de la brousse, y compris à oncle Gaïndé le lion, roi des rois. Bouki l’hyène qu’il ridiculise à tout bout de champ est sa cible privilégiée. Dans la réalité, comme le dit l’adage bamanan, même si Zonzani est ton ennemi, il faut reconnaître qu’il a les oreilles longues et qu’il court vite.
Aussi, ce sprinter de haute volée est-il devenu l’animal fétiche des politiciens dans les joutes électorales et des équipes d’athlétisme sur les pistes. On le met en avant pour désorienter l’adversaire afin de l’emporter au finish sur le fil du rasoir. C’est l’arme absolue voire la solution finale que sortent tous ceux qui veulent rempiler, coûte que coûte, pour combattre toute velléité de boycott des élections chez les opposants.
Ce scénario-catastrophe s’est pourtant produit lors de l’élection présidentielle d’avril 1997. Face à la menace de boycott des durs à cuir du Coppo, Alpha dût se résoudre à fabriquer une marionnette qu’il brandit comme un épouvantail afin, disait-il, de sauver la démocratie. C’est ainsi qu’il appela au palais le plus virulent de ses pourfendeurs, feu Mamadou Maribatrou Diaby (paix à son âme). Le tour était joué, l’affaire dans le sac car l’homme d’affaires ruiné, dont les crocodiles étaient prêts à dévorer leur propre maître faute de nourriture, ne résista pas au charme des espèces sonnantes et trébuchantes. L’argent est un bon serviteur mais un mauvais maître, l’homme qui tirait à boulets rouges sur le palais présidentiel fit un retournement de veste spectaculaire qui envoya au tapis tous les observateurs de la scène politique nationale.
Menacé à son tour par le syndrome Maribatrou Diaby à la veille de la présidentielle de 2007, ATT, à son tour, comme par magie, sortit de son chapeau un diablotin qu’il lança dans la course. Même si le boycott n’eut pas lieu, cette illustre inconnue que personne ne connaissait jusque là ni d’Adam ni d’Eve, entrera dans l’histoire comme la première femme qui a bravé les hommes dans une société phallocratique. Forte du soutien de son mentor, Mme Sidibé Aminata Diallo, au lieu d’aller s’acheter des pagnes au Dabanani pour se rendre plus coquette, jeta ses dix millions par la fenêtre. Peu importe, de toutes façons, elle n’avait pas trimé pour ça. On les lui a offerts gracieusement. Les pauvres peuvent pleurer tout leur sang. Elle savait aussi qu’elle n’était qu’un gros outsider dans une course réservée aux cracks. Tant et si bien que, côté campagne, elle ne sortira même pas le bout du nez hors de la capitale. Elle réunit alors quelques grandes dames dans un salon feutré de Bamako pour prendre du thé et deviser allègrement sur les hommes. En attendant sa récompense pour service rendu. En 2002, Guimba avait nettement fait mieux en louant une sotrama pour faire le tour des badauds et des déshérités du District.
Cette récompense ne tardera pas à tomber. La candidate historique qui a mordu la poussière est bombardée ministre des gensaignants. Militant d’un parti écologiste, elle avait pourtant bâti toute sa campagne sur la protection de l’environnement. Un thème très pertinent et qui est d’actualité brûlante. A l’œuvre, on connaît l’artisan. Mais au lieu de mettre l’homme qu’il faut à la place qu’il faut, on l’a délibérément menée à l’abattoir. En la sortant carrément du gouvernement, on vient de payer cette bonne dame en monnaie de singe. Pendant que des ministres incompétents qui ressemblent apparemment à des intouchables ont été mutés à d’autres postes. Du coup la politique de promotion de la femme dont ATT s’était fait le chantre dès le départ en prend un sale coup. Deux femmes viennent d’être sacrifiées inutilement sur l’autel des caprices du prince. A qui le prochain tour ? On peut à la limite comprendre la ferme volonté du président de faire passer dans la pratique les résolutions issues du forum national sur l’éducation mais fallait-il pour cela déshabiller Saint Jean pour habille Saint Paul ? Appelé à la rescousse comme le grand Manitou des causes justes, le professeur Salikou Sanogao pourra-t-il entrer dans la cour des miracles ?
Donnons le temps au temps, aimait à dire François Mythe errant.
Mamadou Lamine DOUMBIA
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