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Agriculture
  Agriculture malienne : Le développement du monde rural
 Soir de Bamako, 10/08/2009   E-mail Imprimer

Pour cerner et appréhender toutes et réalités et autres contours liés au développement rural en particulier, et aux défis et opportunités de l’agriculture malienne en général, il est le plus souvent nécessaire de faire appel à des spécialistes de la terre et de ses phénomènes. C’est dans ce sens que les analyses de deux Ingénieurs agronomes, Olivier Durand et Agadiou Dama, n’en prennent que plus de pertinence dans le sujet qui nous préoccupe : ces défis et opportunités de l’agriculture malienne.

Au Mali, l’économie nationale reste encore largement dominée par l’agriculture qui est l’un des principaux moteurs de cette économie et représente 40% du Produit Intérieur Brut (PIB). C’est qu’en dépit d’une urbanisation constante, près de 70% de la population vivent en milieu rural ; et pour leur subsistance, près de 80% dépendent, entièrement ou partiellement, de la production agricole. Cependant, depuis plusieurs années, la contribution du secteur agricole à la croissance économique du pays est en état de stagnation.

En effet, excepté le riz, les rendements ont été relativement stagnants, voire en baisse, par rapport à un niveau déjà faible. Avec de très faibles niveaux de productivité, l’agriculture de subsistance, sous-équipée et peu intensive, demeure le modèle dominant pour les 800 000 exploitations agricoles et pour la grande majorité de petites exploitations familiales ou de petites unités de production : 68% des agriculteurs disposent de moins de 5 ha, 86%, de moins de 10 ha, et 62% des terres cultivées sont consacrées aux céréales principalement produites pour l’autoconsommation.

L’utilisation de la force animale est généralisée seulement dans la culture du coton ; et l’équipement motorisé est de plus en plus utilisé à l’Office du Niger. L’utilisation d’engrais et de pesticides se limite au riz, aux cultures maraîchères et au coton : 60% de consommation (nationale) d’engrais et 80% de consommation de pesticides. Aussi est-il essentiel d’aller d’une agriculture de subsistance à une agriculture tournée vers le marché.

Moderniser l’agriculture malienne

Moderniser l’agriculture malienne s’avère aujourd’hui une impérieuse nécessité afin d’aider le pays à exploiter tout son potentiel agricole, toutes ses potentialités agro-climatiques, et les opportunités de marché pour lesquelles le pays présente un avantage comparatif. Mais le potentiel agricole restant toujours sous-exploité, avec seulement 12% des terres irrigables effectivement irriguées, la production de base pourrait être diversifiée. Au-delà du coton et de l’Office du Niger, les potentialités existent, et de nouvelles opportunités de marché pourraient être exploitées, comme le secteur de l’horticulture ou de la production agro-forestière : gomme arabique, karité, noix de cajou...

La récente crise des prix des produits alimentaires est considérée comme une menace pour la population urbaine et pour les moyens de subsistance. Mais pour les producteurs ruraux, elle constitue une réelle opportunité d’augmenter leurs revenus par la conquête de nouvelles parts de marché pour les productions vivrières maliennes, tant à l’intérieur du pays que dans la sous-région.

Face à ces défis, il faut promouvoir et moderniser des exploitations agricoles en les tournant plus vers le marché, tout en favorisant l’intensification des techniques de production, la mécanisation et la motorisation des équipements agricoles, et le renforcement des capacités. Mais cela passe par une  diversification des productions, par l’exploration des différentes opportunités de revenus, et la garantie d’une sécurité alimentaire qui ne repose pas seulement sur la production rizicole. Pour atteindre cette sécurité alimentaire, il faudra donc prendre en compte la promotion de productions telles que les légumineuses, les tubercules et les racines.

Les filières agricoles doivent également être structurées, puisqu’elles reflètent des situations agro-climatiques et des systèmes de production. En fait, la plupart d’entre elles (pour ne pas dire toutes) souffrent de contraintes majeures qui limitent leur développement, notamment la faiblesse organisationnelle et le manque de compétences professionnelles : les filières agricoles ne sont pas clairement structurées ; elles sont plutôt inorganisées, sans mécanisme de coordination entre les différents acteurs. Pour le moment, le coton et le riz sont les seul sous-secteurs qui offrent un minimum d’organisation, et donc un cadre plus sécurisé pour les investissements.

Par ailleurs, les efforts visant à améliorer l’organisation des chaînes d’approvisionnement et la coordination entre les intervenants et les opérateurs privés doivent être soutenus. C’est que des producteurs aux commerçants, il y a un manque de professionnalisme à tous les niveaux, y compris au niveau des exportateurs sur les marchés internationaux.

L’offre de conseil agricole doit donc être renforcé, puisque suite au désengagement de l’Etat des activités productives, les prestataires de conseil agricole ne sont pas suffisamment outillés pour fournir du conseil technique aux producteurs et du conseil de gestion d’entreprises aux organisations professionnelles agricoles.

En outre, les systèmes d’information sont insuffisants dans la fourniture d’informations stratégiques sur les systèmes de production, sur les marchés et sur les prix. Le renforcement de l’offre de service aux producteurs (tant de la part des services publics que de la part des prestataires privés) est donc une priorité pour soutenir la croissance des exploitations agricoles familiales. Cela passe par des investissements dans le renforcement des capacités des acteurs, la promotion de la formation agricole et le développement des dispositifs de formation.

Un retard est également à combler en matière d’infrastructures. En effet, les zones rurales souffrent d’un manque criard d’infrastructures. Ce qui entraîne des coûts de transport élevés, un coût de l’énergie élevé, un manque d’installations de stockage... Dans les zones rurales, même à petite échelle, les unités de traitement post-récolte ne sont pas suffisamment développées ; d’où peu de valeur ajoutée dans les filières..

Pour les entrepreneurs ruraux qui se contentent de cibler les marchés locaux, la mise en conformité avec les normes internationales peut être trop coûteuse et trop complexe. Le développement des capacités de stockage et de traitement post-récolte, de transformation et de conditionnement des produits, fondé sur les investissements privés et l’amélioration de la gestion, est indispensable pour accroître la valeur ajoutée dans les filières agricoles.

L’accroissement de l’offre de financement du secteur rural est également nécessaire. En effet, ce secteur fait encore face à d’importantes contraintes parmi lesquelles le financement n’est pas le moindre. Ces nombreuses contraintes expliquent pourquoi les banques commerciales hésitent à investir dans des activités agricoles, et pourquoi les institutions de microfinance ont tendance à quitter les zones rurales pour les zones urbaines. Au-delà des instruments de prêt classiques, le institutions financières et les producteurs doivent donc envisager l’élaboration d’instruments financiers novateurs (assurance climatique, par exemple) et mieux adaptés aux différents besoins de financement des producteurs.

Les crédits à cour terme sont adaptés aux intrants agricoles, mais ne conviennent pas à l’acquisition de matériels, à l’agroforesterie et aux plantations de fruits ou aux infrastructures post-récolte et unités de traitement. Dans la plupart des cas, la rentabilité de nombreuses activités producives agricoles est différée, et les taux de rendement sont généralement faibles par rapport à d’autres activités économiques et productives.

En outre, les producteurs et leurs organisations, en étroite collaboration avec les institutions de financement, ont besoin d’explorer les différentes formes de garanties, au-delà de l’approche traditionnelle de fonds de garantie et de caution solidaire. Le leasing et le warrantage sont utilisés au Mali, avec des résultats prometteurs qui devraient être partagés et discutés entre les organisations de producteurs.

La stratégie du Mali

L’agriculture, qui est au coeur de la stratégie de développement du Gouvernement malien, est reconnue dans tous les documents stratégiques comme le moteur et le secteur prioritaire pour favoriser la croissance économique et réduire la pauvreté. Le premier axe du Cadre Stratégique pour la Croissance et la Réduction de la Pauvreté (CSCRP) a pour priorités d’assurer la sécurité alimentaire et la promotion des exportations horticoles ; moderniser l’agriculture familiale et développer des agro-industries ; développer l’infrastructure de production ; et assurer une gestion des ressources naturelles.

En 2006, pour développer le secteur agricole, le Gouvernement a adopté une Loi d’Orientation Agricole (LOA) reconnue par tous les partenaires comme l’outil de référence à même de favoriser une mise en cohérence des interventions. La LOA fournit les grandes orientations sur les outils opérationnels et les mécanismes de financement à mettre en place pour accélérer la croissance agricoles. Cette Loi favorise une agriculture moderne et compétitive fondée sur des exploitations agricoles familiales orientées vers les marchés, tout en cherchant à promouvoir les agro-industries et l’investissement privé dans l’agriculture.

Au cours de la dernière période de la Stratégie d’Appui au Pays (CAS), le portefeuille de la Banque Mondiale dans l’agriculture et le secteur du développement rural au Mali a été consolidé. Les stratégies et les approches ont été entièrement renouvelées pour se concentrer sur les réformes institutionnelles ; la promotion des services agricoles axés sur la demande (recherche et vulgarisation) ; la responsabilisation des organisations de producteurs ; la structuration des filières et la commercialisation des produits agricoles ; la décentralisation et l’intégration des communautés de base ; et les organisations socioprofessionnelles dans le développement économique.

La Banque Mondiale a récemment approuvé sa nouvelle Stratégie d’Assistance au Pays pour la période 2007-2011, qui fait de l’agriculture, en accord avec les priorités du Mali, l’un de ses trois principaux secteurs de concentration pour stimuler la croissance économique et contribuer à la réduction de la pauvreté.

Aussi, le portefeuille agricole actuel de la Banque est organisé autour de ces approches :

- 1 : une base pour soutenir la promotion socio-économique des organisations communautaires et les investissements au niveau de la base (Projet d’Appui aux Communautés Rurales : PACR).

- 2 : un pilier d’investissement dans des infrastructures de production et de commercialisation (Programme National d’Infrastructures Rurales : PNIR, clos en Décembre 2007 ; Programme de Compétitivité et Diversification Agricoles : PCDA).

- 3 : un second pilier pour soutenir la structuration et la compétitivité des filières agricoles, tout en améliorant la commercialisation des produits agricoles (PCDA).

- 4 : un cadre général de réformes institutionnelles et d’activités de promotion des services aux producteurs axés sur la demande et délivrés par des fournisseurs privés et les organisateurs professionnelles agricoles elles-mêmes : Projet d’Appui aux Services Agricoles et Organisations Paysannes (PASAOP) et PNIR.

 

Nouvel investissement dans le secteur

En 2009, pour aider le pays à relever les défis énumérés, la Banque Mondiale se consacrera à la préparation d’une nouvelle opération d’investissement dans le secteur agricole. Cette opération s’appuiera sur l’expérience de la Banque Mondiale tirée du PNIR et du PASAOP, dont les résultats et approches seront combinés pour fournir, aux agriculteurs, à la fois l’infrastructure et les services agricoles.

Dans le cadre de la stratégie de l’Etat malien pour la croissance et la réduction de la pauvreté, l’opération contribuera à assurer la sécurité alimentaire et le renforcement de la croissance agricole partagée. L’objectif de développement du projet se concentrera sur l’augmentation de la production agricole et la productivité des systèmes-clés de production, tout en s’appuyant sur des pratiques de gestion durables des terres et de l’eau.

Pour atteindre cet objectif, cette opération s’attaquera aux enjeux de modernisation agricole en investissant dans les infrastructures d’irrigation à grande et à petite échelle, mais aussi dans les activités agro-pastorales, pour les opérations post-récoltes, stockage, transformation et commercialisation des produits ; en accroissant et en améliorant l’offre de services agricoles publics et privés (recherche, formation, services de conseils, financement, approvisionnement en équipement...) ; et en créant un environnement politique et institutionnel propice à l’accroissement de la productivité, tout en assurant un meilleur suivi du secteur pour aider au pilotage des politiques sous-sectorielles.

Sur ce dernier axe, il s’agira, en particulier, de relever le défi du manque de coordination dans le secteur, entraînant une fragmentation et une dispersion des nombreuses interventions avec, par conséquent, un impact restreint tant au niveau local que national.

Afin de répondre à l’objectif prioritaire du Gouvernement de sécurité alimentaire, mais aussi obtenir des résultats et éviter la dispersion des interventions, les investissements en infrastructure et services se focaliseront sur des systèmes de production ciblés.

En première approche, on peut citer :

- les systèmes rizicoles (irrigué et pluvial) ;

- le système mixte céréales coton ;

- le système de production fluviale mixte céréréales-légumes-légumineuses (y compris le niébé et la pomme de terre, par exemple) ;

- et un ou deux systèmes d’élevage (production laitière, élevage à cycle court, volaille ou petits ruminants).

Cette opération bénéficiera d’un prêt de l’Association Internationale de Développement (IDA en anglais) de 70 millions de dollars, par un don de Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM) à hauteur de 9 millions de dollars. En outre, elle sera cofinancée par le Fonds International de Développement Agricole (FIDA) pour 20 millions de dollars, et par l’Union Européenne (UE) pour un montant de 15 millions d’euros.

Oumar DIAWARA

(SOURCE : Banque Mondiale)

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