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  ECHOSTAR / Ramata Diakité : Un talent pur disparaît à la fleur de l’âge
 Le Républicain, 05/11/2009   E-mail Imprimer

«Je suis en train de travailler actuellement sur mon septième album, qui comptera treize titres, tous acoustiques». C’est en ces termes que Ramata Diakité, disparue de la scène musicale malienne depuis sa sombre prestation à la rentrée culturelle de 2006 à Mopti, annonçait son retour, à l’émission Top Etoiles du vendredi 4 avril dernier. Cet album, s’il est prêt, sortira, sans aucun doute, à titre posthume, parce que, dans la nuit du vendredi 30 au samedi 31 octobre 2009, la célèbre artiste a été brutalement arrachée à l’affection de ses nombreux fans. Rapatriée de Ouagadougou dans la soirée du lundi 2 novembre, sa dépouille mortelle a été conduite à sa dernière demeure le mardi 3 novembre 2009, en présence d’une foule nombreuse constituée de parents, d’artistes et surtout de nombreux fans inconsolables. En cette période douloureuse pour inviter tous les Maliens à avoir une pensée pieuse pour celle qui a fait danser et continuera de faire danser de nombreux mélomanes, nous vous invitons à faire une incursion dans sa riche et brève carrière musicale. Qui était Ramata Diakité ?

Il est incontestable que celle dont la disparition attriste aujourd’hui plusieurs mélomanes a apporté quelque chose à la culture malienne. Avec la diva Oumou Sangaré, elle figure en tête de peloton des artistes maliens qui ont écrit les plus belles pages de la musique Wassoulou. Si elle n’est plus de ce monde pour nous écrire de nouvelles pages, nous ne devons pas oublier celles déjà écrites et qui l’ont par moment positionnées comme une ambassadrice de la culture malienne, sous d’autres cieux.

Et pourtant selon plusieurs témoignages, rien ne prédisposait la jeune Malienne de Wassoulou à épouser la carrière de chanteuse. Si au Wassoulou, chanter est pratiquement naturel, dès l’âge de douze ans, Ramata, pour le faire était obligée de se cacher de sa famille pour chanter. Donc, c’est pratiquement contre la volonté de ses parents que Djénéba Diakité, une de ses tantes, la prend sous son aile pour l’incorporer comme choriste dans son orchestre. Et comme le talent à l’état brut est apprécié de tous, Ramata ne tardera pas à se faire remarquer par d’autres chanteurs maliens pour la qualité de sa voix.

Samba Diallo, Yoro Diallo et Ténin Sidibé vont la solliciter pour des enregistrements et des tournées. La chance tant attendue va lui sourire quand Souleymane Sidibé va l’inviter à Abidjan pour l’enregistrement de son album. Selon des indiscrétions, c’est au cours de l’enregistrement de l’album de Souleymane Sidibé que le producteur de ce dernier va tomber sous le charme du talent de Ramata Diakité. Séance tenante, il va lui proposer immédiatement de lui faire un enregistrement. Tout compte fait, c’est en 1996 que Ramata Diakité va se révéler au public malien avec la sortie de son premier album «Artistes», produit par «Samassa Records» et arrangé par Bayini Koïta. Avec le succès engrangé par cet album, Ramata va s’annoncer comme la «princesse» de la musique Wassoulou, le fauteuil de reine déjà occupé par Oumou Sangaré. Le pied désormais à l’étrier, elle songe à sortir des frontières maliennes. Et Salif Kéïta, le rossignol de la musique malienne, va lui donner une belle occasion. Dans la foulée des concerts qu’elle a animés après la sortie de son premier album, la «princesse» du Wassoulou, aura le privilège d’animer une soirée malienne en octobre 1997 avec Salif Kéïta, à la Cité de Musique à Paris.

A la lumière du succès de son premier opus, elle mettra sur le marché discographique, en 1998, un deuxième album intitulé «Na». Cet album, sera la consécration, parce qu’il va aider l’artiste à convaincre le dernier carré des résistants qui doutaient encore de son talent à rejoindre ses fans clubs. «Na» est le fruit de deux mois de travail avec des grands instrumentistes de la place et la collaboration de l’ingénieur français Yves Wernert. Loin de sa musique traditionnelle du Wassoulou, l’artiste va tenter, dans «Na», une fusion qui va lui réussir. Comme au Mali, cet album a enregistré un franc succès en France. Devenue incontournable sur la place bamakoise, Ramata sera sollicitée par le maestro Toumani Diabaté pour l’enregistrement de l’album «Koulandjan» qu’il a fait avec le bluesman Taj Mahal.

Après deux albums qui ont définitivement inscrit Ramata dans l’esprit des mélomanes maliens, elle a décidé, en 2000, de leur donner un troisième qu’elle va baptiser «Confirmation». L’album qui sera enregistré au studio «Révélation» à Abidjan, a bénéficié de la collaboration de Alassane Soumano à l’arrangement. En réalité, l’artiste n’avait pas besoin d’une confirmation, tant ses précédentes œuvres prouvaient à suffisance qu’elle était à compter parmi les talents sûrs de la musique malienne. Cela va convaincre une association américaine qui va l’inviter à visiter les Etats-Unis d’Amérique. Son séjour américain va lui inspirer son quatrième album.

Et mieux qu’une inspiration, elle y reviendra avec un nouvel opus intitulé «Djonya» ou l’esclavage. Enregistré au studio «Bogolan» à Bamako, en 2003, «Djonya» a enregistré la collaboration de Yves Wernert à la prise de son et au mixage. Il a été produit et distribué par Aly Landouré. Chez Ramata comme chez tous les grands artistes, il ne faut souvent pas grand-chose pour le déclic de l’inspiration d’une œuvre grandiose. La traversée de l’océan Atlantique, plus de 500 ans après Christoph Colomb, l’a amenée à voir l’ampleur de la traite négrière, depuis la découverte par erreur de l’Amérique. Mieux qu’une chanson, l’artiste a décidé de compléter son œuvre musicale avec un clip dont la qualité technique, artistique, historique et culturelle ne souffre d’aucune critique. Du reste en 2005, la qualité de ce clip sera saluée par le «Tamani d’or» du meilleur clip de l’année.

Une année plus tard, ses fans la retrouvent dans la promotion de son album «I danse». Arrangé par Alassane Soumano et enregistré au studio «Bogolan» à Bamako, «I danse» fera de Ramata Diakité la meilleure artiste féminine de l’année 2006. A ce titre, Seydoni Mali-sa, organisateur de la soirée des «Tamanis», va lui décerner le «Tamani de la meilleure artiste féminine». Pour avoir franchi la barre de 100 000 exemplaires vendus de son album «I Danse», Ramata Diakité recevra lors de la rentrée culturelle 2006, le prix de la meilleure artiste du Mali. Entre-temps, elle a mis sur le marché discographique «Maba», un album qui n’a pas fait beaucoup de tabac.

Et, c’était dans la préparation de la sortie de son septième album qu’elle voulait très acoustique que la vedette a été surprise, en même temps que tous ses fans, par la mort. Ramata Diakité n’est plus de ce monde, mais ses œuvres vont continuer à faire danser l’humanité pendant de longues années encore. Mais, partir un jour fait aussi partie des règles de la vie. Ra repose en paix.

Assane Koné

 

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