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Des ministres qui se soustraient allègrement à l’obligation constitutionnelle de rendre compte aux représentants du peuple ; un Gouvernement nommé au mépris des rapports de forces politiques - lorsque ceux-ci ne sont tout simplement post-fabriqués et inversés par une justice servie au gré du mieux-disant ; des ressources publiques gérées sans grand égard pour l’orthodoxie budgétaire, etc. Quoique le système démocratique malien soit enviable et cité en exemple sur tous les toits, les principes républicains n’ont jamais été aussi bafoués et piétinés que depuis l’avènement d’ATT à Koulouba. Une tare rédhibitoire dont la gestion des ressources de la privatisation sont la goutte d’eau de trop.
Plus de 200 milliards francs CFA. C’est le cumul de la manne générée par la vente de la SOTELMA et de la BIM, deux entreprises dont l’État s’est finalement débarrassé au bout d’une pression intenable des bailleurs et après avoir tant investi pour qu’elles aient repreneurs. Quoique la mesure de liquidation recèle des incidences inestimables en termes d’implications sociales, la bagatelle fait rêver d’autant qu’elle constitue une véritable bouffée d’oxygène pour les pouvoirs publics las de s’encombrer par des entreprises de plus en plus couteuses. Seulement voilà : les ressources desdites privatisations sont à l’origine, depuis un certain temps, d’un torrent d’équivoques et d’interrogations sans issues apparentes. Après que les médias privés et même publics y ont accordé un intérêt, l’opposition a pris le relais en y faisant ses choux gras avant que la majorité présidentielle ne commence à donner de la voix. Et pour cause : le labyrinthe emprunté par les fonds en question, sa dissimulation par les autorités, dépasse manifestement l’entendement de tout esprit républicain. En effet, vérification faite dans tous les compartiments du budget d’État 2010, il s’est trouvé qu’aucune trace des deux centaines de milliards ne figure dans cette Loi de finances en étude actuellement à la commission des finances. Les textes fondamentaux sont pourtant clairs comme l’eau de roche et disposent, en la matière, que la totalité des ressources publiques doivent figurer dans la loi de finances, pas plus que l’usage qui en est fait ne saurait se décider sans la caution des représentants du Peuple. Au lieu de quoi, les fonds générés par la privatisation de la SOTELMA et de la BIM ont été unilatéralement logés dans un compte de la BCEAO avec la possibilité pour l’Exécutif de contourner le Parlement et d’y recourir au gré de ses préférences et priorités qu’elle aura elle-même définies. La pratique, qui s’apparente à une cleptomanie d’État, est visiblement trop grosse pour que même la majorité présidentielle, docile fut-elle, rechigne à s’en accommoder. Aussi a-t-elle choisi de monter le ton du côté de sa composante la plus substantielle, le Groupe parlementaire de l’Adéma-PASJ d’où le bruit de gênants grincements de dents a retenti à Koulouba. Pas question d’accorder une caution parlementaire au projet de Budget 2010 tant que lumière n’est faite sur la destination des ressources manquantes. Cette menace revenait en leitmotiv sur les lèvres lorsque le président de la République, en lieu et place d’un Premier Ministre statique face à la situation, est monté au créneau pour tenter de se sortir d’embarras. Pour ce faire, Amadou Toumani Touré a choisi de recourir à une initiative originale mais qui pèche par son anachronisme parce qu’intervenue après que la confusion ait déjà gagné les esprits quant à une probable dissimulation des ressources publiques. Le ban et l’arrière-ban de l’État ont été quand même mobilisés, vendredi après-midi, dans le cadre d’un échange au plus haut niveau sur l’affectation de la manne générée par la vente des entreprises d’État.
Pour la BIM, les pouvoirs ont laissé entendre en filigrane que la quarantaine de milliards sera bel et bien intégrée au budget de l’exercice écoulé par le truchement d’un collectif, tandis que l’utilisation des 180 milliards francs CFA de la SOTELMA va s’étendre sur trois années budgétaires successives. En clair, il ressort des présentations respectives du chef de l’État et du Ministre du Budget une répartition en huit (8) axes parmi lesquels l’assainissement des finances publiques (paiement de la dette intérieure s’entend) va engloutir 40 milliards. Dans la même veine, 17,5 et 14,6 milliards franc CFA iront respectivement au développement des ressources humaines et au développement des infrastructures et équipements; tandis que 15,9 milliards seront consacrés au domaine rural (élevage et agriculture) et 23,9 milliards à l’amélioration du cadre de vie. Ce n’est pas tout. Dix (10) autres milliards seront affectés à l’accompagnement du secteur privé (PME-PMI), puis 36,5 milliards francs CFA aux quotes-parts de l’État dans les investissements publics en partenariat avec les bailleurs de fonds. Comme il est loisible de le constater – notamment sur les écarts alchimiques entre les ressources disponibles et le total des affectations -, l’exercice aura mis à nu un travail de circonstance et un document précipitamment élaboré juste pour couvrir la grande déconvenue suscitée par la dissimulation des fonds concernés. La tentative de mystification y est poussée jusqu’à occulter l’essentiel du débat : la non programmation des tranches prévues pour l’année 2010 dans le budget correspondant. L’équivoque reste donc entière d’autant plus que l’exercice aura plus enlevé du crédit aux autorités qu’il ne les a sorties de déconvenue.
N’Tji Diarra
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