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A l'appel du Comité syndical de Huicoma, des centaines de travailleurs en activité dans les usines de Bamako, Koulikoro, Koutiala et Kita et ceux licenciés depuis 2005, date de la cession au Groupe Tomota, ont élu domicile, depuis hier matin à la Bourse du Travail. Nombre d’entre eux sont arrivés sur les lieux avec leurs bagages. Ils sont décidés à rester sur place jusqu'à la satisfaction de leurs revendications portant principalement sur la reprise sans délai et sans condition de Huicoma par l'Etat au Groupe Tomota, le financement sans délai et sans condition du plan social de 2003 de la CMDT et la reprise de l'activité de production dans les usines qui disposent de nos jours plus de 10 000 tonnes de graine S de coton.
Après ses marches de Koulikoro, le 24 septembre et de Koutiala, le 6 octobre, au terme desquelles des déclarations ont été données aux autorités locales pour les transmettre à qui de droit, le Comité syndical des travailleurs de Huicoma, constatant une indifférence totale des plus hautes autorités à leur situation et surtout le mépris du repreneur, a décidé de passer à la vitesse supérieure.
Très tôt hier matin, les travailleurs en activité dans les unités de Kita, Koutiala, Koulikoro et de Bamako se sont retrouvés à la Bourse du travail pour un sit-in à durée indéterminée. En effet, selon le secrétaire général du Comité syndical de Koulikoro, Bakari Berthé qui préside la commission mise en place par les quatre comités syndicaux, le mot d'ordre est clair : "nous pas bouger jusqu'à la satisfaction de nos revendications". Toutes les dispositions sont prises pour cela. Ainsi, nombreux de grévistes sont arrivés sur place avec des bagages.
Les femmes sont à l'arrière cour de la Bourse où elles s'occupent de la préparation de quoi manger. Le secrétaire général de l'UNTM, Siaka Diakité, a failli être pris à partie par les travailleurs de Huicoma dont certains estiment qu'il ne défend pas suffisamment leur cause. Quelques heures après le début de la manifestation, les responsables du mouvement ont eu une séance de travail avec Siaka Diakité pour essayer d’accorder les violons.
Dans une déclaration rédigée pour la circonstance, les syndicalistes rappellent que ce sit-in est la suite logique de leur lutte engagée depuis la cession, le 2 juin 2005, de 84, 13% des actions de la société au Groupe Tomota.
Le reste étant détenu par l'Etat, deux privés locaux et les travailleurs. Malheureusement, depuis la cession, sur les 852 travailleurs permanents et 462 saisonniers, plus de 411 travailleurs ont été licenciés et des fois sans droits.
" Tomota doit rendre compte de ses actes devant la justice "
Dans le document on peut lire ceci : " Pour rappel, le Groupe Tomota n'a jamais respecté un seul article du cahier de charges au grand dam du gouvernement de la République du Mali malgré les multiples avantages qu'il a accordés au repreneur : non paiement de taxes pendant huit ans, exonération douanières, baisse du prix de la graine de coton, cession de Huicoma à 9 milliards alors que celle-ci était évaluée à plus de 20 milliards de FCFA. Malgré tout la société est arrêtée depuis belle lurette. Et cette politique du silence qui ne dit pas son nom vis-à-vis du Groupe Tomota n'engage -t-elle pas la responsabilité du gouvernement du Mali dans cette tragédie que traverse la société et ses travailleurs ? ".
Toujours dans le même document, les syndicalistes soutiennent que le gouvernement avait pourtant invité en un moment donné le repreneur à la table des négociations avec les travailleurs, mais que celui-ci ne s’est même pas donné la peine de répondre à ladite invitation préférant envoyer ses sbires.
"Aujourd'hui nous sommes de retour pour montrer notre volonté et notre détermination à réclamer l'implication de tous les acteurs. Ce sit-in donnera le coup d'envoi d'une série d'actions directes que nous projetons jusqu'à ce que Tomota et l'Etat malien se plient et remplissent leurs engagements vis-à-vis des travailleurs. Nous appelons toutes les bonnes volontés à nous soutenir parce que cette question d’Huicoma est une question de taille nationale et il y va de l'honneur et de la dignité du peuple malien" dit-on dans la déclaration.
Pour finir, les syndicalistes exigent " la reprise sans délai et sans condition de l'Huicoma par l'Etat au groupe Tomota, le financement du Plan social de 2003 de la CMDT à laquelle était autrefois rattachée l’Huicoma et enfin, la reprise sans délai et sans condition des activités de l'entreprise. Nous sommes ouverts au dialogue et à toute initiative visant à résoudre cette question qui a assez duré. Nous appelons le Chef de l'Etat, Amadou Toumani Touré à s'impliquer personnellement pour que justice soit rendue à tous les enfants du pays et que nul ne soit traité différemment. Tomota doit rendre compte de ses actes devant la justice et l'Etat doit prendre ses responsabilités pour signifier la fin de l'impunité, du laxisme, du népotisme, du clientélisme et de la corruption dans notre pays".
"On veut nos droits et nous sommes prêts à aller jusqu'au bout. Nous avons aujourd'hui six mois d'arriérés de salaire, et d'ailleurs depuis la cession, on ne peut même plus parler de salaire dans la mesure où il est donné par fraction, à la fin de certains mois on donne 50%, dans d'autres 60%. Comment pouvez - vous comprendre qu'on traite de la sorte des chefs de famille " s'indigne, Mamadou Sidibé, un agent qui est à la société depuis 28 ans.
En plus des arriérés de salaire, le secrétaire général du Comité syndical de Koulikoro a ajouté qu'il y a plus de deux milliards d'arriérés de cotisation non versés à l'INPS alors qu'elles ont été prélevées sur les salaires. Il y a aussi, des impayés d'électricité de plusieurs mois.
Youssouf CAMARA
Assemblée générale d'information hier de l'ATVr à la bourse du travail :
"ATT a promis de s'investir personnellement pour résoudre nos problèmes"
côté des travailleurs de Huicoma en sit-in, les membres de l'Association des travailleurs partants volontaires à la retraite (ATVR) tenaient eux aussi leur traditionnelle assemblée générale hebdomadaire d'information. Dirigée par le secrétaire général, Mountaga Dembélé, cette rencontre a été l'occasion pour le bureau de faire le point de l'avancement de leur dossier. Selon ses explications, des émissaires du bureau de l'ATVR ont récemment rencontré le président de la République qui a promis de s'impliquer personnellement dans la résolution de leurs doléances.
En effet, devant le Chef de l'Etat, l'ATVR a soulevé trois préoccupations majeures : l'octroi d'un taux forfaitaire d'insertion à ses membres, le paiement de la pension entière et l'audit des 2,5 milliards de FCFA accordés par le gouvernement à l'ancien bureau présidé par Bréhima Diarra. A en croire les partants, une bonne partie de cette enveloppe, soit un peu plus d'un milliard n'a pas été justifiée et aurait été utilisée à d'autres fins. Les noms de certains grands avocats ont été cités pour avoir reçu leur part dans le gâteau.
Les partants volontaires sont aujourd'hui sidérés par cette situation et veulent qu'elle soit tirée au clair. Malheureusement, ils ont été surpris par le fait que le premier responsable de l'Association à l'époque, Bréhima Diarra, qui avait été arrêté et incarcéré dans le cadre de cette affaire, ait été libéré sur intervention du ministre de la Justice, Maharafa Traoré, sans que la lumière soit faite sur la destination des fonds.
Aujourd'hui, les partants volontaires à la retraite croient en la bonne foi du président de la République. Selon leur secrétaire général, le dossier suit son cours normal et tout laisse à croire qu'il sera géré convenablement. C'est pourquoi, il a appelé les uns et les autres au calme et à la discipline contrairement à certains intervenants, qui invitaient les gens à la révolte.
Finalement les uns et les autres sont revenus à de meilleurs sentiments et ont renouvelé leur confiance au bureau pour gérer le dossier.
Youssouf Camara
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