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En dépit d’une baisse conséquente du grand intérêt dont il était récemment encore l’objet, le débat sur un éventuel bouleversement d’ordre constitutionnel au Mali n’est pas totalement épuisé. Ni les sentinelles de la démocratie ne baissent la garde, ni le pouvoir en place ne tarit de manœuvres et tentatives pour contourner le bouclier de la vigilance. En lieu et place donc du troisième mandat tant annoncé – et selon toute vraisemblance définitivement déjoué -,un scénario à la nigérienne semble plus plausible, à en juger par les bruits qui courent discrètement dans certains salons feutrés.
L’opinion est sur ses gardes. Et selon qu’ils y trouvent ou non leur compte, les Maliens veillent attentivement à la moindre intention ou tentative malicieuse du pouvoir suprême de s’inscrire dans la logique d’un régime dérogatoire à loi fondamentale en vigueur dans le pays. À plusieurs de ses sorties médiatiques (occasionnelles comme préméditées), il est arrivé pourtant au président de la République, Amadou Toumani Touré, d’aborder la question et d’esquisser sa perception d’une problématique qui taraude. Force est d’admettre, nonobstant, qu’aucune des nombreuses tribunes n’a été exploitée pour être suffisamment explicite sur les réelles intentions du chef de l’État.
Va-t-il encore se singulariser par une stoïque résistance à la tentation du pouvoir ou choisira-t-il de danser à la mélodie des sirènes et d’une symphonie de plus en plus prisée chez pas mal de voisins (scénarios burkinabè, nigérien, guinéen, mauritanien, malgache et tutti quanti) ? En s’efforçant de clarification la question au détour d’aphorismes confus du genre «je suis plus préoccupé à finir le mandat en cours que de me projeter dans un autre» ou encore du genre «j’ai un champ à cultiver chez moi à Mopti», le locataire sortant de Koulouba n’a manifestement apporté aucun élément de clarification qui soit persuasif au point d’ôter toute crédibilité aux doutes.
Pas plus que les suspicions n’ont pas été totalement éteintes par le contenu du Rapport Daba Diawara, quoique la commission ait déjoué tous les pronostics en épargnant les dispositions de la Constitution relatives à la limitation des mandats présidentielles. ATT a-t-il renoncé à l’intention que lui prête l’opinion de briguer un troisième mandat au prix d’un tripatouillage constitutionnel ? On ne peut répondre par le positif que partiellement, et pour cause. Selon des sources bien introduites, le chef de l’État s’est résigné à l’abandon d’un troisième mandat mais pas à l’éventualité de mesures dérogatoires à l’ordre constitutionnel du pays.
En lieu et place donc d’un déverrouillage de la Constitution sur lequel les regards sont rivés, la Commission ‘Daba Diawara bis’, à en croire la même source, travaillerait plutôt à proposer aux compatriotes une prolongation de mandats pour deux (2) années supplémentaires. Conséquence logique : le rendez-vous des joutes électorales de 2012 pourraient être repoussé jusqu’à 2014, année au cours de laquelle le Mali va peut-être connaître ses premières véritables élections générales.
De source concordante, en effet, la nécessité d’harmoniser les consultations électorales dans le pays constitue le principal argument sur lequel repose cette suggestion nouvelle. Il est question, en clair, de plaider pour une synchronisation (ou presque) des élections législatives, communales et présidentielle ainsi que l’installation de l’ensemble des institutions de la République y afférentes. Désigné sous le vocable d’«harmonisation, le procédé a déjà prospéré avec ATT qui, par dérogation aux lois du pays, l’a expérimenté en 2004 en écourtant le mandat de certains conseillers pour les ramener à la même durée que d’autres.
À la différence que la mesure, préconisée dans le sens inverse - c’est-à-dire la revue à la hausse des mandats – a plus de chance de prospérer et de rafler des adeptes qu’une proposition de troisième mandat sans profit politique réel pour les élus. Peu d’élus (parlementaires comme municipaux) résisterait à la tentation de transiger sur la nouvelle donne, avec à la clé du pain béni comme une prolongation de mandat de deux années supplémentaires. La proposition est manifestement alléchante et le prétexte tout trouvé pour créer une situation où une caution de légitimité consensuelle suffit à s’exonérer de toute responsabilité et du devoir de respecter la légalité républicaine.
Comme on le voit, il s’agit ni plus ni moins une copie corrigée à la lumière d’enseignements tirés du cas nigérien, un scénario d’autant plus plausible que les Maliens peuvent d’ores et déjà s’apprêter à une prochaine démêlée entre adeptes de la prolongation des mandats et tenants inconditionnels des sacro-saints principes démocratiques.
N’Tji Diarra
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