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Au Mali, les écoles privées jouent un rôle prépondérant dans l’éducation de base. Mais, s’il y a une épine qui empoisonne leur chemin c’est bien le refus catégorique des Centres d’Animation Pédagogique (CAP) de leur octroyer un agrément, même si leurs promoteurs sont dans toutes les normes.
A Bamako, agréées ou pas, les écoles privées poussent un peu partout tels des champignons. Les quartiers périphériques en sont les plus remplis. Cette raison s’explique par le fait que les écoles publiques y sont rares. Les parents travaillant au centre ville ne se donnent pas cette lourde tâche de déposer leurs enfants à l’école, avant de rejoindre leurs occupations. Donc, ces écoles de proximité les arrangent naturellement. Nous avons fait un tour à Kalaban –Coura dans certaines écoles privées de la place. Le constat est encourageant et amer à la fois. Encourageant dans la mesure où ces écoles se battent pour la promotion de l’éducation de base. Mieux, avec un prix abordable, ces écoles fournissent un enseignement de qualité. La mauvaise nouvelle dans cette affaire est que la plupart de ces écoles sont sans agrément, malgré qu’elles remplissent tous les critères d’être agréées.
Une occasion de se faire des sous à la veille des examens
Ce refus d’octroi de ces fameux agréments nous ont poussé à enquêter auprès des écoles. D’après un promoteur d’école, ça s’explique simplement par le sens des « affaires » des responsables de tutelle. Et pour cause, une école non agréée ne peut pas abriter un Examen National de fin de cycle. Hantés par ce hic, les promoteurs d’écoles ne passent pas par mille chemin : Ils acceptent d’être rackettés au denier centime de leur poche. Il s’agit de payer une somme pour chaque élève pour qu’il soit rajouté à ceux d’une école agréée. Un promoteur d’une école privée de Kalaban – Coura nous raconte sa mésaventure : « Cela fait des années que je paie 5000 FCFA pour chaque élève à mon Centre d’Animation Pédagogique pour que mes candidats passent leur examen de fin de cycle. Je suis obligé de le faire au risque de voir mes enfants faire une année blanche. De la création de mon école à nos jours, je me suis mis dans toutes les conditions idoines pour l’obtention d’un agrément, mais en vain. Et, comme les autres promoteurs d’écoles non agréées, je me laisse arnaqué. Un adage ne dit-il pas que dans la tanière des loups, l’on ne doit pas faire de cri de bouc au risque d’être dévoré ? Nous nous en remettons à Dieu. Mais il est temps que l’opinion nationale sache comment se passent les affaires dans ces CAP ! », déplore-t-il, la voix nouée par la colère. Signalons que beaucoup d’écoles privées sont dans ces conditions révoltantes.
Nous avons aussi fait un tour au Cap de Kalaban –coro. Le Directeur de cap Adjoint de CAP, Amadou Yattara, nous a rappelé les conditions d’obtention d’un agrément. Après avoir fourni des dossiers appropriés, les agents de CAP vont voir si l’école répond parfaitement aux normes. Car : « L’emplacement de l’école, il est important de savoir si les promoteurs de ces écoles sont des enseignants de formation. Le plus important est de savoir si l’école est dans un environnement saint. Si tous ces critères sont remplis, nous écrivons à notre tour à l’académie pour qu’elle reconnaisse qu’effectivement une telle école répond à des normes pour que le ministère lui octroie un agrément. Il est important de savoir quand même qu’une école privée ne peut avoir un agrément sans passer par le CAP», nous dit-il. Il a aussi reconnu qu’effectivement les écoles non agréées font recours à celles agréées pour que leurs élèves passent l’examen de fin de cycle. Mais : « Quant à la condition dont vous parler, je ne suis pas au courant. Je ne sais pas ce que les écoles agréées posent comme condition. », a-t-il dit. Ce qui nous prouve que les administrateurs du dit CAP font ces arnaques sous les yeux bandés de leurs chefs hiérarchiques. Cela va s’en dire que même si une école privée répond aux normes requises, elle ne sera pas déclarée au sein du CAP par les inspecteurs au risque de perdre une poule aux œufs d’or. Pourtant, ces agents sont des enseignants de surcroît, non pas des « gens saignants » comme le dit l’autre. Où est donc passée cette vocation d’éducateur ? Il y a des années, l’enseignant malien, bien qu’économiquement défavorisé par le régime dictatorial du Général Moussa Traoré, ne jurait que par la bonne éducation des enfants. Mais de nos jours, certains enseignants n’ont plus de vocation, et sont sans vergogne. La seule chose la plus importante est l’argent au détriment de nos pauvres promoteurs d’écoles et leurs élèves, qui n’ont pas eu la chance d’accéder aux écoles publiques. Signalons que la commune de Kalaban –coura compte 24 écoles publiques du niveau 1er cycle et 17 établissements du niveau second cycle. Quant aux écoles privées, elles sont 85 du niveau du premier cycle et 64 du niveau second Cycle. Les écoles communautaires sont au nombre de 13 au 1er cycle et 6 au second cycle. Malgré les efforts fournis par les plus hautes autorités de notre pays, 100% des enfants maliens n’ont pas accès à l’éducation de base. Ces écoles primaires privées sont sans doute des bouffées d’oxygène. Alors, une fois de plus, il faut savoir garder raison !
Christelle
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