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En Afrique surtout au Mali, l’encens, communément appelé le « woussoulan », fait partie de notre coutume. La malienne, qu’elle soit pauvre ou riche, mariée ou célibataire, a sa petite boite sous le lit, sur la coiffeuse, ou sur dans les coins cachés de l’armoire.
De la famille des Burséracées, l'Encens provient du pourtour de la mer Rouge (Somalie, Arabie) où il y pousse à l'état sauvage. L'encens est utilisé depuis l’antiquité dans les cérémonies religieuses pour sa fumée odoriférante. Hérode, l'historien grec, nous apprend que les femmes Scythes broyaient sur une pierre des bois de cyprès, de cèdre ainsi que l'Encens pour en faire une pâte dont elles s'enduisaient le visage et les membres. En Chine, on l'utilisait pour soigner la lèpre et les plaies infectées. Alors qu'en Inde, il est utilisé depuis très longtemps dans le traitement des rhumatismes. Aujourd'hui, certains asiatiques font brûler l'Encens lorsqu'ils ont les cheveux mouillés afin que ces derniers s'imprègnent du parfum dégagé. Il est pratiqué au Mali pour le même but de parfumer tout ce que la vapeur touche. L’encens est généralement fabriqué au Mali de façon artisanale. Les fabricants (homme oui femme) n’ont pas besoin d’aller à l’école pour en avoir un diplôme. Son industrie se fait de façon informelle de génération en génération. Cependant Awa Lah, une professionnelle de la chose nous a confié comment le secret de l’encens peut rester dans les coulisses de génération en génération : «Contrairement à ce que les gens croient, notre école d’apprendre ce métier est bel et bien formelle. Car, même si nous n’écrivons pas ce qui nous est montré, nous l’assimilons avec acuité », nous prévient-elle. Chez Awa, c’est la bonne odeur constante. D’après elle-même, l’identité d’une femme doit forcement être la bonne odeur.
Les différents types d’encens
Il existe deux catégories d'encens : les combustibles et les non combustibles. Les premiers, les encens combustibles, sont les plus connus. On les rencontre sous forme de bâtonnets, de plaques, de cônes ou de papier parfumé. En général, ils proviennent de l'Orient et sont les plus populaires. Les encens non combustibles n'ont aucune forme particulière et s'utilisent directement sur des charbons ardents, soit en poudre, soit en pâte ou en cristaux. Ces derniers ne requièrent ni salpêtre ni aucun des produits toxiques qu'on rencontre chez les encens combustibles. De nombreuses communautés éprises de culture traditionnelle, surtout sur le continent africain, utilisent les encens non combustibles, tout comme l'église catholique. Au Mali, ce sont des encens combustibles qui sont utilisés. Leur matières premières sont des produits de chez nous et de l’Arabie saoudite. Awa fait recours à deux produits pour faire son encens. Mais, selon elle, ce sont les produits locaux qui priment sur les autres. Elle nous a montré le « Guéni » noir, les racines d’une plante aquatique. Ce produit est chouchouté dans le milieu à cause de sa bonne odeur et d’autres vertus dont il dispose. Naturellement parfumeur, le « Guéni », assaisonné dans un mélange de parfums est un véritable arôme domestique. Le produit est vendu un peu partout dans le monde. C’est d’ailleurs le plus chouchouté à cause de son originalité. Le « Sarakatané » ou clou de girafe est aussi mélangé à un produit venu de l’Orient communément appelé « Magnôkisséni » fait un encens de classe et cher. Mais, selon Awa Lah, le fabricant ou la fabricante a beau avoir tous les ingrédients, il faut qu’il ou elle soit doté d’une expérience en la matière : « On ne peut pas se lever un beau matin pour faire un encens de marque. Ce n’est pas possible. Malgré le niveau intellectuel de la personne, la finition ne sera pas bonne. Il y a des étapes d’assaisonnement des produits. Pour tous ces produits, il faut suivre étape par étape. Et chaque étape mérite toute l’attention de la fabricante. Entre fabricant et encens, il doit forcement avoir une communication. En regardant le produit, l’on doit tout de suite savoir ce qui manque. Quelques jours après, il faut venir voir ce qu’il réclame et ainsi de suite jusqu’à ce que le produit soit imbibé de parfum. Je vous assure qu’avec toute cette expérience l’encens devient un véritable oxygène aromatique au plaisir de tous », assure-t-elle.
L’encens, élément fortifiant d’un foyer.
L’on reconnaît que la bonne odeur attire tout homme. Au Mali, une femme ne va jamais chez son mari sans son lot d’encens. Qui est ce mari, intellectuel ou pas, qui ne veut pas sentir cette bonne odeur chez lui ? : « Personne, que tu sois le président de la république, ministre d’Etat, employé de bureau chauffeur et même ouvrier. Je vous assure que vous ne trouverez aucun homme qui dira que ces odeurs d’encens le dérangent. Quant à moi, l’encens me séduit trop surtout à des périodes fraîches », nous confie Moussa Diallo, un chauffeur à Kalanban –Coura. Depuis le temps de nos grand-mères, l’encens était considéré comme le seul parfum utilisé par les femmes de la noblesse des différents royaumes : « Le cas de ce roi qui, malgré que ses sujets l’aient bandé les yeux, choisit sa future reine à cause de l’odeur que cette dernière sentait. Une fois pour montrer l’importance de l’encens pour une femme », nous relate Awa. L’encens est aussi utilisé pour des fins de purification. Et pour cause, quand une femme accouche, la première des choses consiste à l’encenser avec du « Guéni » bien parfumé. Ceci est fréquent chez les Khassokés et les Soninkés. Certaines femmes parfument les habits de leurs conjoints avec ce même produit.
Les vertus religieuses de l’encens
Quoi de plus fascinant, de plus ensorcelant que des volutes de fumée odorante qui s'élèvent vers le ciel ? L'offrande de l'encens crée le climat propice à l'élévation spirituelle. Ne suffit-il pas d'assister à une cérémonie religieuse pour éprouver, même contre son gré, la magie de l'encens ? Ces spirales bleuâtres qui emplissent le sanctuaire le purifient ainsi que le prêtre et les assistants. Elles montent vers le ciel, telle l'offrande qui lui fût de tout temps destinée.
Chez les musulmans, la dépouille mortuaire est encensée en guise de préparer le défunt à ce long et définitif voyage. Les mosquées en sont aussi odorifiées, surtout pour les grandes fêtes religieuses. En somme, l’encens parfume tout sur son passage.
Christelle
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