Les Accords de partenariat économique qui doivent être signés entre les pays d’Afrique, Caraïbes et Pacifique et l’Union européenne sont une menace pour les économies africaines. Les ONG plaident pour le maintien du principe de non-réciprocité qui a toujours prévalu dans les relations commerciales UE-ACP. Le Centre d’études et de renforcement des capacités d’analyse et de plaidoyer (CERCAP) s’est saisi du débat le mercredi 23 décembre à travers une conférence publique, animée par trois experts : Abdoulaye Shaka Bagayoko du CERCAP, Modibo Keïta de la DNCC et Modibo Kane Keïta de la Direction générale des douances. C’était au Grand hôtel de Bamako en présence des DG des douanes maliennes, Amadou Togola et des impôts, Dionké Diarra.
L’Union européenne (UE) est en négociation depuis 2002 avec ses partenaires des pays d’Afrique, Caraïbes et Pacifique (ACP) pour conclure les "Accords de partenariat économique" (APE), nouvelle base des relations commerciales entre ces deux zones. Ces APE sont la solution proposée par l’Europe aux pays africains face à l’inefficience du régime d’accès préférentiel accordé aux pays ACP depuis 1975 à travers les différents accords de Lomé. En 2000, l’accord de Cotonou sonne donc le glas de ce dispositif. Loin d’avoir favorisé le développement des relations commerciales entre ces régions, le volume des exportations des pays ACP vers l’UE n’a cessé de décroître.
En organisant cette conférence publique, 2è du genre, dont le thème était : « l’impact des Accords de partenariat économique (APE) sur l’économie malienne : une analyse en équilibre général calculable », le CERCAP cherche à construire un modèle de micro simulation de base modulable, avec autant de secteurs d’activités que les données le permettant de simuler les politiques économiques. Spécifiquement il s’agit d’estimer les élasticités du commerce extérieur correspondant aux produits ; analyser les différents scenarii d’une ouverture commerciale dans le cadre des APE.
En introduisant les débats, le Directeur général du CERCAP, Boubacar Macalou a indiqué que ces conférences publiques rentrent dans le cadre des cinq composantes existentielles de sa structure.
Les conférenciers ont abordé chacun en ce qui les concerne un aspect de la question.
Pour le premier, Modibo Keïta de la Direction nationale du commerce et de la concurrence (DNCC), en vue de la signature des fameux accords, l’Union européenne avance deux arguments. Le premier relève du constat que les accords préférentiels signés avec les pays ACP ont été inefficaces dans la mesure où ils n’ont pas permis à ces pays de se développer. Le second argument tient au souhait de l’UE de se mettre en conformité avec les règles de l’OMC (Organisation mondiale du Commerce, ndlr) qui dénonce ces accords préférentiels qu’elle a conclus avec les pays ACP. La dérogation que l’UE a obtenue de l’OMC est arrivée à expiration le 1er janvier 2008. L’UE aspire à se dégager de ces accords notamment parce qu’elle se refuse à demander une nouvelle dérogation par crainte de représailles commerciales.
Que prévoient les APE ? Le second conférencier, Modibo Kane Keïta de la Direction générale des Douanes, explique que dans le cadre des APE, les pays ACP ont été divisés en six régions dont chacune doit signer un accord de libre échange avec l’Union européenne. Chaque région est aussi encouragée à finaliser sa propre union douanière. Ce dernier point est plutôt intéressant parce qu’il promeut une plus grande intégration économique. Seulement, l’Europe précipite un peu les choses quand on connaît le niveau d’intégration actuel des économies africaines. En somme, les APE prévoient la libéralisation de 90% des échanges entre l’UE et les pays ACP : 100% du marché européen sera ouvert contre 80% de celui des ACP. Les Etats ACP pourront par conséquent protéger 20% de leur marché en désignant des "produits sensibles". Ce qui soulève de grandes discussions sur les secteurs à protéger, compte tenu de la faible marge de manœuvre que laisse ce chiffre. La priorité devrait aller, entre autres, aux industries naissantes - comme la petite industrie agro-alimentaire de transformation - nécessaires à leur développement. L’autre problème, c’est que la libéralisation va occasionner une baisse des recettes douanières des Etats africains. Des recettes qui ont un poids important dans leurs budgets. Même si l’Union européenne propose des mécanismes de compensation, ils ne suffiront pas à combler ces pertes de ressources. L’Europe devrait plutôt envisager des solutions durables pour venir en aide à ces économies. Monsieur Kane Keïta d’indiquer que les économies africaines ne sont pas compétitives dans le commerce international et parfois sur leur propre marché. « Cette situation risque de s’aggraver avec les APE qui seront à l’origine d’une déferlante de produits européens, moins chers et souvent de meilleure qualité, sur les marchés de ces pays. Oxfam France-Agir ici a démontré en 2004 comment les exportations européennes de volailles avaient été catastrophiques pour les producteurs en Afrique de l’Ouest. On risque de se retrouver dans une situation similaire dans plusieurs secteurs » a-t-il ajouté. Pour lui, si le Mali doit signer ces fameux accords, ce sont 32% de ses recettes douanières qui vont tomber.
Le troisième conférencier, l’expert du CERCAP Abdoulaye Bagayoko, a laissé entendre que les économies africaines ne sont pas compétitives dans le commerce international et parfois sur leur propre marché. Cette situation risque de s’aggraver avec les APE qui seront à l’origine d’une déferlante de produits européens, moins chers et souvent de meilleure qualité, sur les marchés de ces pays. Oxfam France-Agir ici a démontré en 2004 comment les exportations européennes de volailles avaient été catastrophiques pour les producteurs en Afrique de l’Ouest. On risque de se retrouver dans une situation similaire dans plusieurs secteurs. Il dira que les pays africains subissent une pression très forte de la part de l’Union européenne et sont menacés de représailles. Cependant, a-t-ilexpliqué, ils sont de plus en plus nombreux à penser qu’il n’est pas réaliste de conclure ces APE en décembre. A l’en croire, l’un des scénarios possibles serait que les APE ne soient pas signés dans leur totalité à cette date. « On peut imaginer la signature de deux ou trois accords cadres, les Européens auraient ainsi l’impression que les choses avancent - dans lesquels les détails seront à négocier ultérieurement » a-t-il ajouté.
Afin d'améliorer la qualité du débat sur maliweb.net, nous vous proposons de nouveaux outils :
Devenez membre et votre commentaire apparaîtra immédiatement
Sinon, indiquez votre Pseudo (requis), et votre commentaire apparaîtra après modération
Pour pouvoir poster un commentaire, veuillez Obtenir un compte, en moins de 30 secondes.
Poster un commentaire
NB. La rédaction
de Maliweb vous demande d'éviter tout abus de langage
en vue de maintenir le sérieux et de garantir la crédibilité
de vos interventions dans cette rubrique. Les commentaires des
visiteurs ne reflètent pas nécessairement le point de
vue du Groupe Maliweb et de ses membres. Votre adresse IP est
enregistrée. Vos commentaires n'engagent que vous, et
non Maliweb ou ses membres.
La cité des trois caïmans ou Bamako, capitale du Mali, jadis considérée comme une cité paisible et tranquille est en passe de devenir une cité de laisser-aller et de laisser-faire...
Présidentielle 2012 : Les acteurs avant la bataille Cest le Rassemblement pour le Mali qui a révélé les signes précurseurs de lanimation politique, en perspective de lélection présidentielle de 2012. En effet, lors dun entretien accordé à lOrtm, le président du Rpm, Ibrahim Boubacar Kéita, sexpliquait sur les négociations du parti avec...
Le BAC malien a-t-il définitivement perdu ses prestiges? Il y a 50 ans seulement, le bac ouvrait à son détenteur toutes les portes de ladministration. Il était respecté et admiré pour ce titre. De cette date à nos jours, le bac malien a presque perdu ...