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Depuis deux semaines, la presse algérienne, dans sa quasi-totalité (l’Expression, Horizon, Liberté, El Watan…) mène une campagne médiatique contre le président ATT, pour tenter de démontrer sa collusion avec AQMI. Dans la même période, elle annonçait dans ses différents titres une «rencontre des Touaregs maliens » à Alger pour soi-disant évaluer l’Accord d’Alger du 4 juillet 2006. Même l’AFP, à partir de la capitale algérienne, a été mise à profit pour rendre audible cette réunion, qui a débuté jeudi dernier et devrait se poursuivre cette semaine, au cours de laquelle les participants devront, selon Hama Ag Sidi Ahmed, un dissident de l’Alliance du 23 mai, également aborder "le contexte sécuritaire actuel dans le nord du Mali et réfléchir sur la possibilité de tenir un congrès qui pourrait déboucher sur la création d'une association ou d'un parti politique capable de prendre en charge tous les problèmes posés". Voilà les prémisses d’une nouvelle rébellion, soutenue et entretenue par le président Boutéflika.
Il n’est donc pas étonnant que la marionnette aux mains des Algériens nommée Hamma Ag Sidi Ahmed, multiplie les déclarations tapageuses dans la presse, pour discréditer le Mali et tenter de ternir l’image du président ATT. Nous vous en proposons quelques unes, suivies de nos commentaires.
«Il reste à matérialiser l’Accord d’Alger. Il s’agit pour nous de sortir unis et de parler d’une seule voix. Vu les dégradations sur le terrain, il est urgent aujourd’hui de tenir cette rencontre en Algérie, que nous saluons pour nous avoir donné cette opportunité en vue de poser les difficultés et de réfléchir aux solutions qui s’imposent … Cet accord est en panne, il faudrait, dit-il, le mettre en route dans le cadre de cette conférence… Il y a en effet une contradiction sur les faits. La partie gouvernementale (malienne) pense que cet Accord a été appliqué à 98%. Nous, en revanche, nous pensons que l’Accord d’Alger n’a pas été appliqué dans son intégralité…» (Horizon du samedi 9 janvier 2010).
Le même jour, Liberté, un autre organe, titre: «Les touaregs maliens se réunissent à Alger, conclave pour relancer l’accord d’Alger». Là également, on peut lire ceci: «…En effet, le gel de l’accord et la passivité du président Amadou Toumani Touré, perçue comme une complicité dans la dégradation de la situation sécuritaire au nord du pays, qui a favorisé l’émergence spectaculaire des actions de contrebande, de prise d’otages et de banditisme, font que la situation est des plus complexes, d’autant plus que les Touaregs doivent faire face désormais à deux problématiques dont la responsabilité, du moins en grande partie, incombe aux tergiversations d’ATT. Le président malien ne s’est pas contenté de tenter de torpiller l’accord laborieusement conclu, mais est allé plus loin en suggérant que la rébellion touarègue avait une main dans les prises d’otages revendiquées pourtant par le GSPC. Malgré les soupçons qui pèsent sur ATT, Hama Ag Sid Ahmed ne l’évoque pas, conscient, tout comme les autres membres de l’Alliance, des enjeux et de la menace qui pèse sur la région du nord Mali, préférant se concentrer sur le règlement des dissensions internes afin de faire avancer le processus de paix».
Dans sa parution du même samedi 9 janvier, El Watan cite Hama Sidi Ag Ahamed : «L'essentiel, à notre avis, est que tous ceux qui ont été à l'origine de la rébellion et des événements d'avant, pendant et après l'Accord d'Alger s’entendent. La majorité veut aller vers une nouvelle organisation qui permettra de redémarrer sur de nouvelles bases.» Hassan est aussi du même avis. Cette figure de proue de la rébellion touareg a beaucoup d'influence sur ses compagnons. Il estime qu’«il est temps que la population targuie ait plus de considération et que les engagements signés par l'Etat malien, en contrepartie de l'arrêt de la violence, soient respectés. Mais, pour l'y obliger, il faudra que les représentants légitimes de la région soient unis et parlent d'une seule voix. Pour cela, il fallait créer les conditions nécessaires pour amener tout le monde autour de la table. Nous y sommes arrivés et, maintenant, reste à assainir nos différends».
Le porte-parole du mouvement conclut le débat en interpellant les partenaires du Mali. «Des pays de l'Union Européenne, la France, l'Espagne ou les Etats-Unis, qui combattent le terrorisme, doivent faire pression sur le Mali et l'obliger à respecter l'accord signé à Alger en 2006 et à concrétiser les engagements qu'il a pris pour venir à bout des groupes salafistes armés, qui ont pris pour refuge la région sahélo-saharienne. La situation est très critique et appelle à l'implication de tous, avant qu'elle ne soit irréversible», dit-il.
Vingt-quatre heures auparavant, ce porte-parole autoproclamé du mouvement touareg du nord du Mali, dans une interview accordée à El Watan, avait estimé que «les terroristes ont occupé un terrain vide, où ils ont trouvé de grandes complicités de l’Etat malien »
Nos commentaires
D’abord, nous avons trois observations, qui indiquent que ce sont là les prémisses d’une nouvelle rébellion, soutenue et entretenue par Boutéflika.
La première observation, c’est que Boutéflika, à travers sa presse, culpabilise le Mali dans la présence d’AQMI dans la bande sahélo-saharienne. Il oublie certainement que ce groupe terroriste est très mobile et ne reste jamais quarante-huit heures ou soixante-douze heures d’affilée sur le territoire malien. Il se promène sur toute la bande et Boutéflika, lui, pense qu’il revient au Mali seul de le traquer. Il pense que la vie des soldats algériens vaut mieux que celle des Maliens, qui devraient aller à l’assaut des salafistes algériens, pardon d’AQMI, parce que, tout simplement, il a donné des armes obsolètes et quelques fûts de carburant à l’armée malienne. Que non!
Deuxième observation : ceux qui se réunissent à Alger ne sont pas les signataires de l’Accord d’Alger. Comment la présidence algérienne peut-elle accueillir des éléments disparates de Kidal et les présenter comment étant les représentants des fractions touaregs du Mali qui ont signé l’accord d’Alger ? Cela est inamical et, surtout, provocateur, dans la mesure où tout le monde sait que l’Accord d’Alger a été signé par le gouvernement du Mali et l’Alliance du 23 mai pour le changement, incarnée par le groupe de Iyad Ag Aghaly et Hamada Ag Bibi. C’est ce dernier, actuellement député d’Abeïbara, qui a signé au nom de l’Alliance l’Accord d’Alger. Son évaluation ne devrait pas se faire de façon cavalière ou partielle. Que vaut une évaluation sans les vrais porte-paroles de l’Alliance? Que vaut également une évaluation sans la participation des autorités maliennes? La présence de ces deux parties est nécessaire, à la fois pour la contradiction et la compréhension mutuelle, voire la vérité des faits. Mais, manifestement, Alger n’a pas besoin de véracité des actes posés.
La troisième observation, c’est que Boutéflika veut faire mal au Mali et à ATT. N’ayant pas réussi à manipuler les vrais signataires de l’accord d’Alger, qui collaborent avec l’Etat et qui semblent être satisfaits des énormes efforts de l’Exécutif malien, le pouvoir algérien a actionné la dissidence pour dire le contraire de tout ce que les vrais acteurs de l’Accord d’Alger pensent de sa mise en œuvre. C’est pourquoi Hama Sidi Ag Ahmed, marié à une vieille journaliste française, a été choisi pour faire du bruit et poser les prémisses d’une nouvelle rébellion, qui serait parrainée par Alger, convaincue que le Mali ne «fait rien pour combattre AQMI». Donc, la logique du locataire du Palais d’El Mouradia est de rendre autrement la monnaie au Mali. ATT est désormais averti et doit prendre rapidement langue avec Boutéflika pour essayer d’aplanir les divergences et travailler dans l’intérêt exclusif des populations de nos deux pays. A suivre.
Chanaha Takiou
Ag Bibi:
«La rencontre d’Alger ne nous engage pas»
Suite à la rencontre de groupuscules d’individus à Alger, au nom de la communauté touarègue, nous avons joint par téléphone Hamada Ag Bibi, le porte-parole attitré de l’Alliance du 23 mai pour le changement, pour en savoir davantage. Il a été catégorique: «cette rencontre ne nous engage pas. Nous sommes en train de travailler avec le gouvernement malien. Nous avançons entre Maliens et nous sommes sur le point de trouver les solutions qui s’imposent. Je vous dis que la rencontre d’Alger ne nous intéresse pas et, par conséquent, ne saurait nous engager». 7
Chahana Takiou.
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