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Il ne suffit plus d'avoir une arme, mais de l'exhiber pour faire peur". Venant de la bouche d'un flic, ce témoignage montre l'ampleur de la criminalité dans le district et ses environs. Face aux agressions de toutes sortes la psychose de l'insécurité commence à roder à chaque coin de rue. Même entre quatre murs, le paisible citoyen ne dort plus que d'un œil. Et bien malin le politicien qui fera de la lutte contre l'insécurité son thème de campagne favori lors des prochaines joutes électorales.
En effet, il y a de quoi. Aujourd'hui, il ne se passe aucun jour sans que les agissements des malfrats ne défraient la chronique des " chiens écrasés ". De jour comme de nuit, assassinats, braquages, vols à main armée, vols avec effraction. Ironie de l'histoire, on assiste même au braquage des policiers et des gendarmes avec extorsion de leur moto.
Récemment, dans un quartier de Bamako et en plein jour, on a assisté à des échanges de tirs nourris entre bandits et forces de l'ordre. Autant dire que désormais personne n'est à l'abri. La cible privilégiée des bandits de grand chemin, ce sont les Jakarta, ces motos de marque chinoise qui font fureur partout au Mali et il n’est pas exagéré de dire que la possession de ce bolide met un pied dans la tombe.
En tout cas, face à tant de crimes, les commissariats de police et autres lieux appropriés sont débordés par les demandes d'autorisation de port d'arme. Face à la carence des forces de sécurité, le citoyen veut, lui-même, assurer sa propre défense. Il ne s'agit pas de justice populaire mais plutôt de légitime défense. On ne va quand même pas se laisser massacrer comme des canards sauvages par des gens sans foi ni loi. Mieux en légalisant le port d'arme comme dans d'autres pays, on rétablit l'équilibre de la terreur. Tout comme dans l'histoire du voleur volé, un bandit hésiterait par deux fois à sauter par-dessus la palissade s'il sait que son propriétaire est armé jusqu'aux dents. Ce fut tout le sens du combat de Charlton Heston, l'acteur américain qui incarne Moïse dans "Les dix commandements ", une superproduction de Cécile B. de Mile.
Car autre temps, autres mœurs, l'époque n'est pas lointaine où à Bamako, on dormait à la belle étoile, la porte entrebâillée, sans risque de se faire détrousser, on accueillait l'étranger de passage sans craindre son prochain. Bamako aux rues étroites et poussiéreuses, bordées d'arbres, offrait alors le charme exotique d'une cité campagnarde. Pointant son nez dans le firmament au milieu des maisons de bas étage, seul l'hôtel de l'Amitié dressait sa majesté impériale.
Finie donc l'image idyllique d'une cité paradisiaque où les populations vaquaient tranquillement à leurs affaires. A la place du bon vieux temps, c'est le règne de la terreur. Bamako, comme le dit le langage populaire, est devenue " Californie sans la loi ". On y découvre des pistoleros aussi prompts que ceux du Far West à l'époque épique de la conquête de l'ouest. " Django tire le premier ", " Mon nom est Pecos ", " Duel à Rio Bravo ", c'est à qui dégainera le premier pour flinguer son semblable à cause de son bien. A la place de " Le bon, la brute et le méchant " est venu " Le bon, la brute et le truand ". A la guerre des gangs est venue se greffer la guerre des crapules. De quoi nous rappeler le temps des tristement célèbres Al Capone et Lucky Luciano qui au temps de la prohibition aux Etats-Unis dans les années 1930 se livraient à Chicago au commerce illicite de l'alcool.
Mais tout comme les indiens au temps de la conquête de l'ouest lointain par les colons du vieux continent, aimaient brandir le scalp des visages pâles comme trophée de guerre, la mafia de la capitale aura désormais fort à faire. Car le ministre de la sécurité intérieure et de la protection civile, le général Sadio Gassama, a décidé de prendre le taureau de l'insécurité par les cornes. On sait que l'homme est assis sur les principes et que c'est un dur à cuire.
Certes, c'est un travail de titan que de lutter contre la pègre mais le général sait à quoi s'en tenir. Aussi tout en promettant aux responsables de la police un grand renfort en matériel, il les a exhortés à un changement de stratégie pour lutter contre l'insécurité. Il sait avant tout que la caque sent toujours le hareng : " vous connaissez déjà les noms de certains chefs de bande, il vous suffit de vous organiser de façon professionnelle pour réussir à les neutraliser ". Pour couronner le tout et si l'on menait une révolution bis du 26 mars contre les bandits de grand chemin !
Mamadou Lamine DOUMBIA
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