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La Situation politique et sécuritaire au Nord
Témoignages sur la crise alimentaire les zones de Kidal et Ménaka
 L'Observateur, 17/05/2010 Commentaires [ 2 ] E-mail Imprimer

Le Nord du Mali est une zone désertique immense, dont la superficie fait trois fois le reste du territoire national. Dans les précédentes décennies cette zone fut frappée par des dures sécheresses, notamment en 1973, 1974 et 1985. Ces sécheresses ont fait des graves dégâts au sein de la population touarègue et de son cheptel, qui représente la source de survie essentielle. Les cicatrices de ces crises sont encore présentes dans les régions touarègues maliennes.

 Aujourd'hui une fois de plus le mauvais sort s'abat sur les populations autochtones touarègues qui vivent dans le désert malien. Dans les premiers mois de l'année 2010, pendant des longues marches à travers le pays touareg qui m'ont mené entre autres à Tombouctou, Kidal et dans le cercle de Ménaka, l'évidence de la sécheresse et de ses conséquences m'ont laissé sans mots. Depuis désormais plusieurs mois, les nomades et leurs troupeaux sont victimes d'une catastrophe naturelle notamment dans les zones de Kidal et de Ménaka. Plus grave est que cette situation était prévisible depuis un an à cause d'une mauvaise pluviométrie de l'année 2009. Plusieurs études et enquêtes ont annoncé la crise, mais aucune mesure n'a été prise pour éviter cette situation dramatique, ni de la part de l'Etat, ni des ONG, ni des institutions internationales.

Aujourd'hui la situation est très inquiétante dans la région de Kidal, car seul un petit périmètre de 80 km² a reçu des pluies autour de la commune de Kidal. Les nomades éleveurs venant parfois de très loin se sont tous retrouvés dans cette petite zone, et en quelques semaines il n'y avait plus de pâturages pour assurer la survie des animaux. Il est important de signaler que la population de cette région est à 95% éleveur, et dépend de son bétail et de l'eau. Quand un animal n'est pas bien nourri, il est malade ou mal au point, il affecte directement les conditions de vie de son propriétaire, qui ne pourra pas le vendre à un prix acceptable ni avoir le lait et la viande qui représentent sa seule source de subsistance ; les nomades doivent leur vie à leurs animaux, et les deux vivent grâce à l'eau et aux pâturages : " Sans eau pas de pâturages ; sans pâturage pas de vie animale ; et sans animaux pas de nomades pastoraux… ". En gros dans cette zone l'homme et l'animal survivent grâce au peu d'eau que s'y trouve. C'est ce qui explique en deux mots un adage touareg qui dit : " AMAN IMAN " l'eau c'est la vie.

Le manque de pâturages et d'eau dans cette période de soudure entraînent des conflits dus à la concentration des populations nomades autour des puits. Aujourd'hui, ces puits sont quasiment secs. Par exemple dans la zone d'INTEBZAZ (commune de Kidal), les puits sont exploités de nuit comme de jour par les éleveurs. Etant donné que ces puits ne contiennent pas une grande quantité d'eau, ils sont quotidiennement asséchés. Un autre site présente le même problème, AMASSINE (Commune de Kidal), qui est un puits généralement bien fréquenté. Ainsi on constate qu'actuellement, à cause d'une récente surexploitation, l'eau des deux puits est contaminée et nocive pour le bétail et pour les personnes, ce qui se solde généralement par des nombreuses maladies qui font leur apparition dans la zone. Aujourd'hui on commence à ramasser les carcasses d'animaux un peu partout dans la région de Kidal.

Quant au cercle de Ménaka, le problème de manque d'eau est très critique. Comme exemple citons le petit village d'IKADEWANE situé à 75 km de Ménaka et 200 km de Kidal. Cette petite localité et ses environs sont occupés par une forte population d'éleveurs, qui abreuvent tous leurs animaux dans les deux puits du village. Pendant ma dernière enquête à Ikadewane, les deux puits du village connaissent une exploitation sans précédent, et ses conséquences conduisent dans un premier temps à l'assèchement partiel des puits, ensuite à l'infection de l'eau par beaucoup de parasites, ce qui rend la consommation de cette eau dangereuse pour la santé. Toutefois, les habitants n'ont pas d'autre choix que de boire l'eau contaminée. Le surcharge de population et d'animaux autour des puits d'Ikadewane, conduit généralement à des conflits entres les nomades autochtones issues de la zone et ceux qui viennent de loin ; parfois ils se sont vérifiés même des affrontements à mort.

Quant à l'état des pâturages, dans les environs de Ménaka une petite zone appelée Walet Arajom connaît une transhumance et une concentration de population sans précédent. Elle est l'une des rares zones qui offre encore quelques végétations pour les bêtes et quelques points d'eau, et c'est là qu'on retrouve les populations venues de Kidal et du cercle de Ménaka. Mais la surexploitation des ces quelques pâturages conduit trop facilement à leur réduction voire même à leur disparition. Par conséquent on tend vers une pénurie totale de pâturages dans cette zone. Autre exemple au sein de la région de Kidal, INTIBZAZ, où la végétation est médiocre au sud ainsi qu'à l'ouest, presque inexistante au nord. Dans le patelin d'AMASSI, le problème est l'absence totale des pâturages dans le périmètre d'exploitation accessible du puits. La zone de pâturage plus loin est surexploitée car elle est occupée par les populations de deux régions, Kidal et Gao, concentrées sur une portion minime de territoire. Quant à l'état physique des animaux dans ces zones (Kidal, Ménaka), il est médiocre, voire inquiétant, exception faite pour le bétail installé dans des bonnes zones de pâturage parce que les propriétaires ont les moyens de l'abreuver sans le déplacer. La détresse et la désolation se lisent partout sur les visages des nomades en passant dans ces deux zones. La sensation d'abandon est partagée par les populations. La question qui rythme le quotidien des nomades est la suivante : Où peut-on trouver de l'eau et de la nourriture pour nous et nos animaux ?

Quant à la santé humaine, nombreuses sont les maladies qui ont fait leur apparition dans les deux zones de Ménaka et Kidal au sein des populations d'éleveurs nomades ; nombreuses sont les personnes qui souffrent d'infections pulmonaires et de fièvre dont seuls des docteurs peuvent déterminer la nature. Les plus touchées sont les femmes et les enfants. A Ikadewane les jours de marché, une file interminable de femmes et d'enfants nomades malades réclame le soutien et l'intervention des secouristes, qui parcourent les marchés mobiles dans cette zone. Mais ces secouristes ne son pas qualifiés pour déterminer l'état des patients, et ils ne sont pas non plus aptes a leur donner des traitements pour soigner leurs maladies. A Kidal comme à Ménaka les femmes, surtout celles qui sont enceintes, sont beaucoup touchées par le manque de soins pendant cette dure période de sécheresse et les enfants sont condamnés à des fièvres interminables.

Sur le plan de l'approvisionnement en aliment bétail et en vivres, dans certaines zones de la région de Kidal, les nomades affirment qu'aucun approvisionnement n'est parvenu. Il est important de noter que l'aliment bétail et les sacs de mil qui ont été promis à ces populations n'arrivent pas à destination par manque de moyens pour les acheminer jusqu'au lieu où se trouvent les populations le plus touchées par la crise. Il n'y a pas eu de subvention pour l'acheminement sur les différents sites de ces quelques tonnes qui sont d'ailleurs insuffisants. La zone de Ménaka a reçu quelques tonnes d'aliment bétail, ce qui reste très faible par rapport à la demande et ne pourra pas répondre au besoin sur place. Les populations sont dans l'incertitude totale quant à un lendemain meilleur.

De ce fait l'Etat malien n'a pas assumé son devoir, qui est de venir en aide à ces populations nomades touaregs. De même le Mali a failli aux engagements qui le lient à la communauté internationale, à savoir les textes tels que : la déclaration universelle des droits des peuples autochtones ; les différents textes relatifs aux " droits des minorités " ; la déclaration universelle des Droits de l'Homme ; le pacte international relatif aux droits sociaux politiques et économiques. Le Mali a ratifié, signé et adopté tous ces traités et s'est engagé à les exécuter. Le droit à la santé, à l'alimentions et à l'eau qui sont des droits fondamentaux pour la survie de tout être humain n'ont pas été respectés par le gouvernement malien vis-à-vis de la crise alimentaire qui sévie dans le désert malien.

La situation est très critique à l'heure actuelle. Elle appelle à une mobilisation urgente et rapide de toutes les bonnes volontés et des partenaires des deux zones de Kidal et Ménaka, ainsi que des autorités à tous les niveaux. Des mesures concrètes sont urgentes pour venir en aide à ces populations autochtones le plus vite possible en vue de sauver ce qui peut l'être!

Akalin isnine, Arizedjine amout, tumastin tarhine…

Moussa AG ACHARATOUMANE

 

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Posté par mamijojo  107,  le 17 May 2010 18:51:39 GMT
 
Le monde est composé de deux grandes classes: Ceux qui ont plus de dîners que d'appétit, et
ceux qui ont plus d'appêtit que de dîners! Nicolas de Chamfort. Je trouve regrettable que
personne ne réagisse à cette situation
 
 
Réponse de < verité1  53 > à < mamijojo >,  le 17 May 2010 20:37:28 GMT
 
Pauvre de Menaka, personne ne s'y interresse . Où sont passés les hommes politiques ? Où sont passés les responsables administratifs et politiques de la localité ? Où est passé la diasporat ? Reveuillez-vous les Menakois ? Personne ne construira votre cher cercle a votre place. Vous avez oublié l'erection de Menaka en Region ? Le developpement commence des maintenant. Debout mes freres, Menaka nous appele et a plus que besoin de nous. Pauvre Menaka, Pauvre Menaka, Pauvre Menaka, Pauvre Menaka, Pauvre Menaka, Pauvre Menaka, Pauvre Menaka, Pauvre Menaka Pauvre Menaka. Ayons ,ayons ayons, ayons pitie de notre tres tres chere cité. Bonne nuit
 
  Répondre à < verité1 >

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