Mardi 25 Avril 02:49 GMT 
à Bamako [La Météo]
maliweb.net
 Accueil  Politique Sports Économie Faits divers Musique Régions Monde Contributions Gastronomie Annonces   Nord-Mali Immigration 
Rechercher un article sur maliweb.net: 
Interview
Boniface Diarra, ancien une icône de la liberté
 Option, 14/09/2010 Commentaires [ 13 ] E-mail Imprimer
Boniface Diarra

Boniface Diarra ! Ce nom est devenu quasiment une énigme pour la jeune génération. On en parle vaguement comme héros de la liberté. Pourtant, il fait partie de ceux qui ont osé affronter un Moussa Traoré au summum de sa puissance et de sa gloire. Boniface est un prénom entré dans l’histoire politique des étudiants maliens et aussi celui de la diaspora malienne du Canada. Option a rencontré cet infatigable combattant de la justice et de la dignité…

 Option : Boniface Diarra est un nom évocateur d’un passé de lutte dans le monde associatif des élèves et étudiants du Mali. Dites-nous quand et comment vous avez été un responsable très influent de l’UNEEM, l’Union nationale des élèves et étudiants du Mali ?

Boniface Diarra : Je voudrais vous remercier de la grande amabilité avec laquelle vous m’invitez à répondre à vos questions. Avant de répondre à votre première question, celle de savoir « quand et comment » j’ai « été un responsable très influent de l’UNEEM », vous voudriez bien me permettre de signaler que n’étant pas une personne sainte, DIARRA Boniface n’est pas inoubliable. De mon point de vue, nul ne devrait être salué du nom de « glorieux », s’il n’est pas mort. Je n’ai donc aucun mérite que celui de m’être conformé aux enseignements que mes père et mère ainsi que toute la communauté de Fougna-Karanden-bougoula  m’ont donné dès ma tendre enfance : « Ne jamais trahir ses engagements envers  les siens ». J’ai accepté, sur proposition des Étudiant(e)s en 1977, de devenir le Secrétaire général à l’École Nationale d’Administration (ENA) du Mali puis d’accepter le poste de responsable à la presse et l’information de l’UNEEM. Je ne pouvais donc pas prendre prétexte du fait que j’étais à une semaine de la fin de mes études à l’ENA, études qui me destinaient à devenir magistrat ou juge, pour sacrifier l’intérêt de mes camarades élèves et étudiants au profit de mon intérêt personnel, sans me rendre indigne de l’éducation reçue de mes parents.

Option : Vous venez de quel village ou de quelle ville, parlez-nous de votre origine.

 Boniface Diarra : Je suis né à Fougna-Karanden-bougoula que des prêtres catholiques nomment « Saint Isidore ». Ce village des gens scolarisés ou, pour mieux dire, des habitants convertis au catholicisme, est situé à 12 km de Kita, où mes parents sont venus s’installer.

Option : Êtes-vous marié ou célibataire ?

Boniface Diarra : Je suis marié. Avec mon épouse (Muaka Mambuene) ressortissante de la République Démocratique du Congo (RDC), le Seigneur Dieu nous a confié trois enfants (Fahirah Baba Muaka, Sirah Ngoma Nganga et Hamadu Séku).  

Option : Le 22 avril 1977, l’UNEEM a déclenché une grève nationale autour de la plate-forme suivante : suppression de concours d’entrée dans l’enseignement supérieur, suppression du tronc commun, reconnaissance de l’UNEEM et libération inconditionnelle et immédiate de Boniface Diarra. Où et comment vous avez été arrêté, quelles étaient vos conditions de détentions?  

Boniface Diarra : De fait, j’ai dû me rendre ou sortir de la clandestinité en échange de la libération de  mon grand-frère Grégoire Diarra arrêté à Tominian et de mes jeunes frères privés de liberté à Kita. Ne souhaitant guère qu’ils payent pour mon engagement envers la cause scolaire et estudiantine, j’ai décidé, après avis favorable de mon inoubliable ami, Maître Assane Seye, de me rendre à Kati chez  le négociateur du Comité militaire, Amadou Baba DIARRA. Celui-ci me fit conduire par monsieur Fabala Diallo au Bureau du Directeur des Services de sécurité Tiékoro Bagayoko. Après quelques mois de détention au 2ème Arrondissement puis à la Brigade d’investigation, j’ai été prisonnier à Inakouender (Camp militaire situé entre Taoudénit et Tombouctou). Je m’incline devant la mémoire du lieutenant Boubacar Bah et des soldats de Kati qui ont protégé ma vie. Vous savez, la souffrance corporelle est d’autant plus supportable que la personne qui en est victime baigne dans la plénitude de la paix intérieure.

Option : Vous avez étroitement collaboré avec Abdoul Karim Kamara dit Cabral torturé et tué par le pouvoir militaire de l’époque, quelle est votre lecture de ces persécutions militaires et de cette fin tragique, le 17 mars 1980, de cet ancien secrétaire général de l’UNEEM ?

Boniface Diarra : Cabral a été tué lorsque j’étais à Ménaka. Je m’incline devant sa mémoire. J’ai eu l’occasion de lui prodiguer des conseils. Lors de notre dernière rencontre chez mon ami O. Séméga, je lui faisais l’analyse de la situation qui prévalait à l’époque au pays en mal de structurer la jeunesse (UNJM) du parti UDPM. Je lui suggérais, dans son engagement indéfectible envers les étudiants et élèves du Mali, de ne tenir que des langages corporatifs pour éviter la confrontation avec les militaires au pouvoir à Bamako. Dans un langage prémonitoire très explicite je me souviens lui avoir dit exactement : «  Le tigre blessé tue. Moi, il m’a raté. Toi, tu ne lui échapperas point ».

Les circonstances ont fait que Cabral n’a pu bénéficier de la protection que m’ont assuré les hommes de troupe du camp militaire de Kati. De plus, la fidélité dont me témoignèrent mes ami(e)s n’a guère trouvé réplique dans son entourage intime. Judas l’a livré à ceux qui l’ont tué. Il faut se garder néanmoins de faire un amalgame entre l’armée malienne qui a une haute conscience de ses devoirs et certains officiers enivrés par la détention du pouvoir.

Option : Vous avez immigré au Canada comme étudiant ou revendicateur du statut de refugié?

Boniface Diarra : Ayant initialement refusé la voie de l’exil lorsqu’elle me fut proposée en Côte d’Ivoire au bénéfice du stage probatoire obligatoire pour l’intégration à la fonction publique malienne, je recevais une affectation au cercle de Ménaka. À la fin de mon stage d’un an, je rédigeais un rapport pour fin de titularisation. Ce rapport a été déclaré perdu pour justifier ma mise à l’écart de la fonction publique. Mon ami, Maître A. Seye et le Rotary Club de Bamako se mobilisèrent pour me trouver une bourse d’études. Le Rotary international choisissait le Canada plutôt que l’Allemagne pour y effectuer des études de maîtrise en criminologie. Parti du Mali en septembre 1980 sur admission en maîtrise préparatoire à l’École de criminologie de l’Université de Montréal, j’obtenais ma maîtrise dans cette discipline en 1983, avant de faire et d’achever (1992) un doctorat multidisciplinaire et interdisciplinaire sur la violation du droit international en même temps que ma maîtrise en droit du commerce international à l’Université Laval. Détenteur d’un certificat de la Fondation canadienne des droits humains (1986), je couronnais (1993) ma formation académique par des études postdoctorales à l’Université du Québec à Montréal.

Option : Titulaire d’un doctorat, vous donnez des cours dans des universités canadiennes, parlez-nous, étant immigrant, de ce processus d’évolution du statut d’étudiant à celui d’enseignant.

Boniface Diarra : Ne pouvant retourner au Mali, j’ai demandé et obtenu la protection internationale du Canada. Ne résistant cependant pas, avant la soutenance de ma thèse de doctorat, au désir de retourner en Afrique, je choisissais de postuler pour aller travailler au Zaïre, la RDC d’aujourd’hui. Je fus recruté par le Centre international de criminologie comparé (CICC) pour coordonner un projet de resocialisation de jeunes à Madimba et NBensékéfuti. Le pillage par les soldats de Mobutu de Kinshasa en 1991 anéantissait mon rêve de retour. C’est alors qu’à cause, disait-il de la qualité de ma thèse, qu’un chef de programme de criminologie à l’Université de Montréal me demanda de venir enseigner. Depuis 1992 je dispense des cours dans des écoles et universités canadiennes.

Option : Vous avez participé à l’élaboration de certains documents statutaires de la Communauté malienne au Canada sans jamais accepter d’être dirigeant d’une des associations communautaires provinciale ou fédérale, pourquoi ?

Boniface Diarra : La camisole socioculturelle du manding dont je suis porteur m’imprègne. La réussite personnelle n’est qu’une illusion d’optique. La réussite effective ne peut-être que collective. Il faut de plus savoir que ce que l’on conçoit pour soit, peut faire l’envie de ses frères et sœurs qui sont autant doué, sinon plus, d’intelligence que soi-même. Au Canada, j’ai toujours travaillé à animer l’esprit et la flamme de l’unité africaine. Cet esprit et cette flamme doivent être éprouvés dans son milieu naturel. Aussi, ai-je accepté de collaborer aux associations sans chercher à en prendre la tête. 

Option : Envisagez-vous un jour vous installer au Mali pour y apporter vos expériences professionnelles et associatives?

Boniface Diarra : Je n’ai pas choisi l’exil, j’y ai été contraint. Malgré ce que j’ai subi au Mali, la détermination d’apporter ma petite contribution est restée vivace. Quoi de plus naturel que de vouloir revenir au pays. Depuis le remplacement de Moussa TRAORÉ à la tête du pays, j’ai offert mes talents de professeur et d’analyste à l’Université et à la Faculté des Sciences Économiques et juridiques (FSEJ) dans le cadre du projet Tokten. J’ai travaillé au projet de documentation juridique avec monsieur Vincent Coulibaly et Marc-André Ledoux pour créer les conditions de mon retour. J’ai frappé à la porte du projet de reforme de la justice au Mali, etc. Pour le moment, les portes sont closes. Je poursuis néanmoins la réflexion et des efforts pour trouver une voie d’accès. Ce qui me chagrine le plus, c’est la conscience d’être à l’écart de la reconstruction scolaire au Mali. Je reviens donc à l’idéal dont j’ai été toujours porteur : l’Éducation. L’avenir d’une société, d’un pays ne peut-être que ce qu’est la formation de ses enfants. Le système éducatif du Mali est malade depuis plusieurs décennies sans que les gouvernements successifs ne parviennent à le ramener à l’état normal. Il faut avoir la conscience nette que sans la réussite dans le domaine éducatif, il n’y a pas de solution d’avenir pour le Mali. La réussite de l’éducation doit donc être le cri de ralliement de toutes les filles et de tous les fils au cinquantenaire du pays et, particulièrement, le terrain de réconciliation des opprimés des différents régimes qui se sont succédé depuis 1960. Ce terrain éducatif  est un lieu de pardon et non d’’oubli.

 

OPTION

 

Option, est seul responsable du contenu de cet article  
4551 hits
Autres Articles dans la même catégorie
Pèlerinage 2010 : Fin des calvaires de la phase rituelle de transport routier Mina - Mecque  
Remonter

Vos commentaires Modifier mon avatar 
13 réactions (0 en attente de modération)1 2  
Posté par dilika  26,  le 16 Sep 2010 10:35:41 GMT
 
bonniface diarra fut un très grand combattant de la liberté malienne un génie très cultivée
et sympathique il est tjours prêts à aider les élèves et étudiants à son temps, je les
connus à Bko et on s'est rencontrer au Canada en 1987 à l'hotel Royaume sy he, je
souhaiterai un bon retour à Mr Diarra pour sortir l'école malienne de cette crise et que le
gouvernement malien pense à des hommes comme Diarra pour le faire revenir au bercail et lui
donner la place qu'il mérite merci
 
  Répondre à < dilika >
Posté par diatan  594,  le 15 Sep 2010 14:35:46 GMT
 
j'ai connu grand frere boniface a L'ENA à l'epoque j'etais etudiant et lui etait notre
professeur de relation internationale . c'est quelqu'un de beant ,d'ouverture d'esprit de
cultivé et d'integre par excellence .IL se souciait tout de temps l'avenir de l'ecole
malienne a ses discours pendant ses cours. franchement une telle personnalité ne merite
t-elle un poste tres important pour l'avenir de notre pays? MAIS HELAS
 
  Répondre à < diatan >
Posté par diatan  594,  le 15 Sep 2010 14:35:42 GMT
 
j'ai connu grand frere boniface a L'ENA à l'epoque j'etais etudiant et lui etait notre
professeur de relation internationale . c'est quelqu'un de beant ,d'ouverture d'esprit de
cultivé et d'integre par excellence .IL se souciait tout de temps l'avenir de l'ecole
malienne a ses discours pendant ses cours. franchement une telle personnalité ne merite
t-elle un poste tres important pour l'avenir de notre pays? MAIS HELAS
 
  Répondre à < diatan >
Posté par Baro  140,  le 15 Sep 2010 09:17:50 GMT
 
Les philosophes préparent la révolution. Les citoyens l'executent. Les opportunistes la
récuperent. . C'est de qui encorent???
 
  Répondre à < Baro >
Posté par tienimango  2207,  le 15 Sep 2010 07:55:32 GMT
 
ceux qui ont paye de leur vie la liberte au mali sont oublie..les vauriens oportunistes qui
etaient des collabos sont au pouvoir entrain de se moquer des maliens tout les jours....
 
  Répondre à < tienimango >
Posté par thierno  107,  le 15 Sep 2010 05:36:06 GMT
 
Pour avoir connu l'homme comme un tonton plutot que l'ancien leader estudiantin, je ne peux
crier au monde combien j'admire cet homme . Une journée de discussion avec Boniface vous
enseignera de la plus belle maniere en autant que l'on accepte d ouvrir son esprit ...
!!! Bref Merci Tonton ... je suis fier de te connaitre vraiment !!!
 
  Répondre à < thierno >
Posté par saoudien  434,  le 14 Sep 2010 22:08:54 GMT
 
Toujours content de lire Boniface que jai eu la chance de rencontrer a Montreal, cest un
vrai combattant!
 
  Répondre à < saoudien >
Posté par Clapham  457,  le 14 Sep 2010 21:35:34 GMT
 
Il ne faut pas retourner sinon, déception assurée à 100%.
 
  Répondre à < Clapham >
Posté par Hassim  153,  le 14 Sep 2010 21:35:09 GMT
 
ma génération à moi n'a pas connu Mr Diarra Boniface, mais c'est une joie de connaitre
l'histoire de ces illustres ainés. Merci pour la lutte, grace à vous, beaucoup de choses
ont changées, beaucoup reste à faire, les Messieurs comme Mr Diarra nous servent de
guide. vive le Mali, encore plus libre..
 
  Répondre à < Hassim >
Posté par Dongo  885,  le 14 Sep 2010 17:01:13 GMT
 
Salut Mr. Diarra, on se souviendra de toi et de tous les autres embastillés parce qu'ils ont
dit:Non. Victor Sy, Vo, Mahamadou Lamine Traoré, Tièblé Dramé, ...
 
  Répondre à < Dongo >
13 réactions (0 en attente de modération)1 2  

 Réagir à cet Article !
Afin d'améliorer la qualité du débat sur maliweb.net, nous vous proposons de nouveaux  outils :
  • Devenez membre et votre commentaire apparaîtra immédiatement
  • Sinon, indiquez votre Pseudo (requis), et votre commentaire apparaîtra après modération
  • Pour pouvoir poster un commentaire, veuillez obtenir un compte.
    Poster un commentaire  
     
    NB. La rédaction de Maliweb vous demande d'éviter tout abus de langage en vue de maintenir le sérieux et de garantir la  crédibilité de vos interventions dans cette rubrique. Les commentaires des visiteurs ne reflètent pas nécessairement le point de vue du Groupe Maliweb et de ses membres. Votre adresse IP est enregistrée. Vos commentaires n'engagent que vous, et non Maliweb ou ses membres.
     
     
    Autres Titres de l'Actualité
    Pour la défense de la république Codem en appelle à l'union sacrée
    Mali: réaménagement du gouvernement, négociations à Alger avec les rebelles touareg
    Dialogue Politique sur la recherche agricole pour le développement en Afrique de l’Ouest : Donner la parole aux vrais acteurs
    Kati : Des jeunes en colère lancent une expédition punitive contre les familles touareg
    Attaques rebelles au Mali : Bamako a–t-il perdu le Nord ?
     
     
    Forums Rencontres Archives Horoscope Musique Petites Annonces Cuisine Portraits Etudiants Jeux
    © MALIWEB 2002-2011