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| Le président Modibo Kéïta |
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Président Modibo KEITA, en 1961 |
Plus de 30 ans après sa mort, on ne sait pas encore qui a assassiné le président Modibo Kéïta. Il n’y a eu aucune enquête sérieuse à son sujet ... Le livre du capitaine Soungalo Samaké “Ma vie de soldat” semble donner une piste. Un extrait ...
Un jour le soldat qui lui apportait ses repas est venu précipitamment me voir pour dire que Modibo était tombé au pied de son lit. J’ai couru, pour aller dans sa cellule. Il bavait. Je l’ai pris; j’ai dit au soldat : aide moi. Nous l’avons couché dans son lit. J’ai pris une serviette pour essuyer la bave. Je lui ai posé la question: qu’est-ce que tu as ? Qu’est-ce que tu as ? Il voulait parler mais le son ne sortait pas. J’ai fait appeler l’infirmier-major et je lui ai posé la question :
- Modibo a-t-il été soigné ce matin ?
- Oui
- A quelle heure?
- A dix heures
- Qui a fait la prescription?
- C’est le Dr Faran Samaké
- Qui a fait le traitement?
- C’est moi. Je suis monté au Point G pour voir le Dr Faran. Il dormait. J’ai frappé à sa porte; j’ai dit : “le cas de Modibo est très grave. L’infirmier major m’a dit que vous avez prescrit le traitement ce matin.”
Je lui ai posé la question: vous avez vu Modibo aujourd’hui?
- Oui.
- Bon allons-y. Ça ne va pas chez lui.
- Tu peux partir. Je te suis.
- Pas question. Nous allons ensemble.
Quand nous sommes arrivés au camp et qu’il a vu Modibo il a dit : je vais demander au Président Moussa Traoré l’autorisation de l’hospitaliser.
- Non! Vous l’hospitalisez et je rends compte.
- Bon je vais à l’Hôpital Gabriel Touré pour préparer une salle d’hospitalisation et je vous téléphone parce qu’on ne peut pas l’emmener comme ça.
- Bon, il faut faire vite. Vous ne faites pas les premiers soins! - Non, ce n’est pas la peine.
Je me suis assis sur le lit. J’ai posé la tête de Modibo sur mes jambes. J’ai pris une serviette et je me suis mis à essuyer la bave. J’ai Continué à lui poser la question: qu’est-ce que tu as ? Qu’est-ce que tu as ? Le son ne sortait toujours pas. Au bout d’un moment, la tête a fléchi en arrière. J’ai compris qu’il était mort. J’ai rejoint Faran à Gabriel Touré et je lui ai demandé: la salle est prête?
- Non! Pas encore
- Ce n’est pas la peine, il est mort.
De là nous sommes revenus ensemble à la Compagnie para. J’ai téléphoné à Tiékoro Bagayogo, le Directeur des Services de Sécurité qui nous a rejoints. J’ai aussi rendu compte à Kissima Doukara qui est également venu. Kissima nous a quittés en disant qu’il va rendre compte au Président Moussa Traoré. J’ai dit à Kissima : “toi et moi, dans cette affaire, nous nous en sortirons difficilement. Il faut tout faire pour qu’on procède à l’autopsie. Il faut qu’on sache de quoi il est mort”. Kissima a échangé avec Tiékoro qui me dit : tu dis de faire l’autopsie? Est-ce que c’est une bonne chose?
- C’est une bonne chose oui, c’est pourquoi je le dis. Si on fait l’autopsie, on saura de quoi il est mort et c’est bon. Si on ne le fait pas, toutes les spéculations seront possibles.
- On va appeler ses parents; s’ils demandent l’autopsie on la fera; dans le cas contraire, on leur donnera simplement le corps.
On l’a transporté au Point G. On a fait venir son frère médecin Mallé Kéita à qui Tiékoro a dit : “votre frère est mort. Il faut faire l’autopsie pour savoir de quoi il est mort. Si vous pouvez pas le faire vous-même, vous pourrez faire appel à n’importe quel spécialiste même si c’est un étranger. Ce sont des instructions données par le Président. Il a répondu :
- Je ne ferai pas ça sur le corps de mon frère!
Il a tourné le dos et il est sorti. Au retour au camp para, j’ai pris le cahier qui était au chevet de Modibo et qui me compromettait car, tous les cadeaux qu’on lui faisait et tous les visiteurs qu’il recevait y étaient mentionnés. Il y était écrit qu’il me considérait comme son propre fils et il avait noté tout ce que j’avais fait pour lui. A la dernière page, il avait écrit: si je meurs, mon testament se trouve dans la housse de mon transistor.
Automatiquement, j’ai déposé le cahier; j’ai pris le transistor. J’ai vu le testament, je l’ai lu. C’était intelligemment écrit. Je l’ai remis à Tiékoro qui l’a donné à Moussa Traoré. On m’a dit de remettre le corps à ses parents. J’ai dit qu’il faut faire attention car Modibo est très populaire. Ils m’ont dit que non, il suffit de remettre le corps et de diffuser un communiqué annonçant sa mort. C’est tout. Ils ont vu ; il y avait tellement de monde aux funérailles que le cimetière était rempli alors que le cortège qui s’étirait jusqu’au domicile de ses parents n’avait pas encore fini de recevoir tous ceux qui voulaient le rejoindre.
Le corps était arrivé au cimetière alors que certains étaient encore assis à Ouolofobougou et ne le savaient pas! La police a été débordée ! Les élèves ont dit qu’il fallait aller donner le corps à ceux qui ont tué Modibo. Il a fallu encore faire recours à Soungalo Samaké et aux parachutistes pour empêcher la foule d’aller au siège du comité et pour diriger le cortège funèbre sur le cimetière. Après les funérailles, on a pris certains de ceux qui ont participé à l’enterrement; on les a amenés au camp para et on m’a dit de les corriger.
Aussi, quand après mon arrestation on m’a demandé de quoi Modibo est mort, j’ai dit que je n’en savais rien puisqu’on n’a pas fait l’autopsie. Auparavant, le Docteur Faran Samaké est venu me voir pour me dire: je suis le médecin de la commission d’enquête. L’accident que tu as fait t’a fait perdre la moitié de la cervelle. Les clichés sont là. Donc tu diras simplement que tu n’étais pas conscient de ce que tu as fait. On t’hospitalisera au Point G et au bout de deux mois, on te relaxera.
-Faran, regarde moi bien. Je suis un officier, j’ai assumé de hautes responsabilités. Devant la mort, tu veux que je me fasse passer pour fou ? A ma sortie, comment je vais pouvoir regarder les gens? Je refuse! Je vais au poteau.
Après cela, ma femme Saly est venue me voir pour me dire que Faran a pris contact avec elle pour lui dire que j’ai refusé d’être libéré. Je lui ai dit: ce n’est pas la peine. Allez vous marier; je refuse, je vais au poteau. Faran a cru que j’allais parler. J’ai appris plus tard sa mort. Je ne sais pas comment cela s’est passé mais voilà ce que je sais de la mort du Président Modibo Kéita.
Ma vie de soldat
Le capitaine Soungalo Samaké a été, durant les années 1968 à 1978, une des personnalités militaires les plus en vue du fait du rôle qu’il a joué dans l’exécution du coup d’Etat du 19 novembre 1968 et surtout des activités de la Compagnie de commandos parachutistes de Djikoroni qu’il commandait.
En effet le camp para de Djicoroni était le lieu de détention de tous ceux civils ou militaires, qui ont eu maille à partir avec le régime militaire durant sa première dizaine d’années d’existence.
Les témoignages qu’il livre ici sur sa vie de soldat comprennent aussi bien des pages sur son parcours dans l’armée Française au Maroc, en Algérie et au Sénégal, d’importantes séquences sur sa vie dans la jeune armée de la Première République du Mali, les révélations documentées sur l’évolution de la situation au sein de fa hiérarchie militaire jusqu’au 28 février 1978 et enfin des indications précieuses sur la mort du Président Modibo Kéita, sur sa propre détention et le calvaire qu’il vécut durant dix ans au tristement célèbre Bagne de Taoudénit.
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