Le Représentant de la CEDEAO, Aboudou Touré Chéaka à propos de la sortie de crise : “La mise en œuvre de cet Accord n’est pas un problème de temps mais de volonté politique”

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Aboudou Cheaka Toure
Aboudou Cheaka Toure

Dans un entretien exclusif qu’il nous a accordé le lundi dernier dans son bureau sis à Badalabougou, le Représentant résident de la Commission de la CEDEAO au Mali, Aboudou Cheaka Touré a fait le point du processus de mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali. Le diplomate et non moins ancien ministre des Affaires étrangères du Togo a salué les efforts déployés par les uns et les autres avant de noter que même si certains pensent que le processus est lent, il est plus qu’important de prendre le temps nécessaires afin de très bien préparer le mécanisme de l’application du document issu du processus d’Alger. C’est ce qui va assurer les chances de succès du processus de sortie définitive de la crise. Avant de souligner que les terroristes et autres narcotrafiquants vont se signaler car ils n’ont pas intérêt à voir la paix s’enraciner.

L’ambassadeur Aboudou Touré Chéaka de expliqué que lors la première réunion d’après la signature du 20 juin, certaines clarifications méritaient d’être apportées. Il s’agit de voir si dans le cadre de la gouvernance du Comité de suivi de l’Accord, le gouvernement pourrait jouer un rôle autre que celui d’être membre. S’y ajoute une question de représentativité des divers groupes qui ont pris part au processus d’Alger. ” Et cette question découle du fait que même si à Alger, nous avons considéré deux coalitions, la Coordination des mouvements de l’Azawad et la plateforme des mouvements dits républicains pour constituer les deux forces au niveau des mouvements armés afin de rentrer dans le processus. Si dans l’accord d’Alger, nous avons travaillé effectivement avec ces deux groupes, à la fin, nous nous sommes rendus compte que c’était des groupes assez composites et que finalement, un certain nombre de dangers ou de difficultés de parcours ont fait que certains mouvements ne sont pas reconnus en tant que tels “, a-t-il expliqué.

Il a relevé que pour les besoins de la négociation ou pour une question de légitimation, mais aussi pour se montrer comme des forces avec lesquelles il faut compter, ces deux coalitions ont joué avec l’appartenance d’autres mouvements non clairement identifiables.

Ce laxisme était lié à l’absence de règles pour affilier tel groupe à telle coalition. Ce qui, a-t-il admis, est une erreur partagée par la Médiation. ” Ces deux coalitions ont commencé par poser des problèmes de reconnaissance de certaines de leurs composantes “, a-t-il expliqué. Ce qui s’explique par un manque de discipline et/ou même de trahison qui ont fait que certains acteurs ont voulu exclure d’autres entités qui leur étaient préalablement liées. A l’exemple de la CMFPR (avec trois courants), la CPA (scindée en deux) et le FPA, le GATIA, qui a fait irruption en cours de route du processus. Bref des cas de dissidences qui n’ont pas facilité le règlement de la représentativité pour siéger au Comité de suivi de l’Accord.

Processus inclusif

Et Aboudou Touré Chéaka de se demander s’il faut exclure certains membres des groupes armés de prendre part à ce Comité et sur quelles bases ? Il a laissé entendre que la Communauté internationale n’a pas facilité les choses. ” A la dernière réunion du Comité de suivi, pour adopter le règlement intérieur, il a été décidé de faire en sorte que tout mouvement voulant participer à ce processus de discussions du CSA, soit affilié à l’une ou l’autre coalition “. Or, a-t-il indiqué, l’une et l’autre des deux grandes coalitions ont des raisons de ne pas accepter certains  groupes se réclamant d’elles.

Avant de préciser que par sagesse et pour ne pas bloquer le processus, il a été demandé de poursuivre des concertations pour résoudre cette question de représentativité. “ Mais, je crois que nous devons regarder les choses en face : il n’est pas possible d’aller à une paix durable si l’inclusivité qui a été à la base à la fois de l’Accord de Ouaga que de la feuille de route n’est pas respectée et prise en compte. On ne devrait donc pas se retrouver dans une situation où certains se sentiraient exclus du processus. Nous devons trouver une solution originale … “, a-t-il ajouté.

Et le Représentant de la CEDEAO de préciser que le règlement intérieur est aujourd’hui accepté, de manière consensuelle, par tous. Que les éléments de programmation (les principales activités contenues dans l’Accord) ont été aussi adoptés pour permettre au CSA de travailler. Sans oublier qu’un fonds fiduciaire permettant de le faire fonctionner va être alimenté par la contribution des membres de la médiation.

Ce fonds sera financé si possible par les partenaires techniques et financiers disposés à le soutenir. Les principes et les modalités de gestion du budget seront définis bientôt par un groupe d’experts mis en place à cet effet, avec l’espoir que la représentativité au CSA sera bientôt réglée.

Bien préparer…

On peut aujourd’hui, dire que le CSA a déjà commencé ses activités. Peut-être que de manière formelle, la vitesse de croisière sera atteinte lors de la prochaine réunion, d’ici la fin du mois d’août. Des échanges sont attendus au niveau des sous-comités pour accélérer la machine de la mise en œuvre de l’Accord “, a-t-il souligné.

A la question de savoir s’il n’y a pas déjà un léger retard dans le processus, le diplomate ouest-africain dira qu’il est vrai que des activités et des engagements à échéances ont été fixés. ” Ces périodes ne sont pas définies pour des commodités, mais surtout pour ne pas traîner, et surtout ne pas laisser de vide. Cela dit, la mise en œuvre de cet accord n’est pas un problème de temps, mais beaucoup plus une question de volonté politique, d’établissement de bases très claires de fonctionnement du CSA, mais aussi sur la base d’un chronogramme clair et fiable défini avant tout par le gouvernement, pour que nous soyons sûrs que la mise en œuvre va se dérouler de manière cohérente et coordonnée “.

Par rapport aux échéances, a-t-il relevé, l’on doit se dire qu’il vaut mieux privilégier une bonne préparation que de jouer à la précipitation pour après se coincer au bout du rouleau. ” Donc, mon sentiment c’est que oui, théoriquement, sur certaines échéances, l’on peut considérer que  nous sommes dans la dynamique. La préparation prendra certainement le temps qu’elle prendra. Et dès que le terrain sera bien déblayé, le déroulement des activités va aller plus vite. Et il faut souligner que la mise en œuvre va s’étendre sur plusieurs années… “

Oeuvre des ennemis de la paix

Quid du regain d’attaques armées et autres embuscades contre les forces de défense maliennes sur le terrain ? Malheureusement cette recrudescence de l’insécurité ne doit pas nous surprendre ; Je dois faire observer que depuis la signature des arrangements sécuritaires sous d’engagements de respect de cessez-le-feu, nous devons reconnaître au mois que les groupes armés qui sont impliqués dans le processus de paix ne sont plus auteurs de ces attaques que ns constatons.

Cela veut dire que ces mouvements ont pris le pari de la paix et cela met les autres acteurs à découverts. Ce sont les groupes jihadistes ou narcotrafiquants qui n’ont pas intérêt à voir la paix se construire et se consolider qui se signalent. Nous notons tout de même  que leur force de frappe a été énormément affaiblie mais elle n’a pas disparu. Mais avec l’avancement du processus, certaines dispositions seront prises au niveau du sous-comité de défense et de sécurité pour faire face a cette situation

En guise de conclusion, Aboudou Touré Chéaka a plaidé pour la sincérité, la franchise et la ferme volonté de se donner la main de la part de tous les acteurs du processus pour enraciner la paix au Mali et cela, sans ” aucun alarmisme ou un catastrophisme “ face à des difficultés qui peuvent meubler le parcours vers une paix durable.

Bruno D SEGBEDJI

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2 COMMENTAIRES

  1. Avec des hommes comme les Touareg rebelles, il n’y a aucune chance de mettre en œuvre cet accord avec succès. Très Cher Aboudou Touré Chéaka, il faut vous intégriez le comportement de ces hommes qui savent que le Pays n’a pas d’armée capable de combattre mêmes les mouches. Ces hommes touareg ne connaissent que la force depuis toujours, mais les régimes successifs d’Alpha Oumar KONARA et d’ATT n’ont pas pu comprendre quels sont les acteurs en présence. C’est dommage de voir des grands responsables d’un pays qui ne comprennent pas la profondeurs de la pensée d’une partie de ces touareg.

  2. Et la CEDEAO et le Gouvernement fantoche du Mali et ses partenaires peuvent continuer à rêver. Mais cet accord bidon est mort-né. Il ni la volonté politique ni les conditions pour favoriser sa mise en oeuvre.
    C’est la farce du siècle, en un mot…

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