Arène politique malienne : de la crise de confiance qui risque de s’installer entre la jeune classe politique et la jeunesse.

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Depuis un certain temps, nous avons tendance au Mali à diviser la classe politique en « vieux » et en « jeunes ». Cette division est assez amusante, mais elle n’est pas sans cause.  Les premiers sont toujours accusés des difficultés que connait le pays. Sans doute, cette accusation est fondée car ils sont au sommet depuis belle lurette, à jargonner politiquement gros et grand sans que le changement positif s’opère pour toute la société. Toute une génération n’était pas encore née, est ensuite allée à l’école et a terminé les études supérieures pour devenir des chômeur professionnels. Ces vieux sont toujours là, comme ils étaient là. Tout est bon pour ne pas partir. On évoque le manque d’expérience des jeunes, on fait des jugements supplétifs pour se rajeunir sans oublier parfois de se noircir les cheveux devenus gris.

 

 

Lasse d’attendre à la touche et des discours interminables aux résultats contre productifs, la jeunesse s’est activée à son tour pour changer la donne. Avec la crise de 2012 qui a plongé le pays, les mouvements juvéniles sont devenus plus énergiques tant sur terrain que sur les réseaux sociaux. Face à ces vieux, intégrer un gand parti politique peut signifier rester encore sur le banc des remplaçants, dans son éternel état de chômeur. La jeunesse a commencé donc à s’organiser, à prendre conscience de la force qu’elle constitue pour se frayer le chemin de l’avenir qui leur appartient. C’est ainsi que beaucoup de jeunes formations politiques ont connu des adhésions massives. C’est plus noble et sage de s’organiser de la sorte que de prendre la rue pour tout saccager et brûler! Mais est-ce sur la base de convictions, d’idéologie et de militantisme pour atteindre les objectifs fixés ?

 

 

Les observations nous rappellent que la réalite est tout autre. On a assez critiqué les vieux, maintenant il faut voir aussi du côté de la jeunesse. Une jeunesse, dans un sens global, qui échange son avenir contre des billets de banque a-t-elle le droit de se plaindre de son sort? Si les anciennes formations politiques sont minées par la corruption et le pouvoir de l’argent, le favoritisme et les influences, les récentes formations ont, dans leur écrasante majorité, emprunté aux premières un autre phénomène très négatif qui les gangrène maintenant : c’est le culte de la personalité, celui du chef  fondateur.  Certains en ont pris un goût tel qu’ils semblent ne plus réaliser le militantisme autrement. La critique et l’autocritique sont rares comme la neige au Sahel. Les actions sont si mal coordonnées, les déclarations parfois si contradictoires qu’il y a du mal à bien cerner les objectifs poursuivis. L’essentiel, c’est la personne du chef. Tant que vous faites  des louanges, vous êtes un bon militant qui peut bénéficier de quelque chose, quand vous n’en faites pas, vous devenez mauvais. Gare à oser encore formuler la moindre critique au chef, vous êtes l’ennemi juré!

 

 

Le talon d’Achille de la jeunesse est le griotisme politique sur fond de gains faciles ou de promesses très souvent sans suite. Cette jeunesse devient donc le fruit d’une fausse politique basée sur les louanges. Elle est manipulée ou manipulable grâce à des rien du tout, à des promesses pour atteindre des buts. Au lieu d’unir cette jeunesse pleine de talents et d’energies, la classe politique malienne la divise et la distrait du combat qui doit être  pour son avenir. On habitue les jeunes à l’argent, en leur faisant de grosses promesses, en les versant dans la rivalité à flatter le patron, parfois  même  en les mettant en conflit les uns avec les autres, selon le principe du diviser pour mieux reigner tandis que la jeune classe politique elle-même peine à former une plateforme unie pour aller aux élections. La politique au Mali,  c’est tout se vend et s’achète,  même la poussière aussi! Les mauvaises habitudes sont devenues un grand fond de commerce. A quelques exceptions près, le griotisme politique peut être   considéré comme synonyme de galère dans le pays. Et la galère peut aussi créer les griots!

 

 

Mais des fois, il y a l’autre revers de la médaille. Des conflits éclatent entre le maître et l’élève politique. Ils éclatent à cause des promesses faites, et à cause des espoirs non remplis. Faites une petite experience: promettez quelque chose à certains et faites semblant de ne pas le réaliser. Vous verrez la réaction qui s’en suivra. Beaucoup ne pardonnent pas cette promesse non remplie, et c’est d’aileurs la source des rancunes parfois, des dénigrements publics et des calomnies. C’est à partir de cette réaction que vous devez savoir avec qui aller et avec qui ne pas aller. La faute, c’est aux hommes politiques en grande partie. Il y en a qui font trop de promesses à la jeunesse: promesses de bourses d’études à l’extérieur, de séjour, d’ordinateurs, de téléphones porables de luxe, de motos, de travail, de promotion et d’aide financière même. « Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute. » Or, nous savons tous que sur le plan financier, personne ne parle de cotisations mensuelles ;  un parti politique malien, surtout jeune, c’est un seul homme qui finance, c’est son fondateur vers la poche duquel presque tout le monde lorgne. Si vous êtes convaincu, étant homme politique, que votre poche est plus profonde que l’océan pacifique, alors faites-en donc. Au cas contraire, attendez-vous à des tsunamis pour des promesses non tenues!

 

Ce sont ces promesses qui mettent parfois les jeunes en conflit, en rivalité inutile devant le chef qui ne souhaite que des louanges, tout le monde veut arracher sa petite part; ce sont ces promesses qui les poussent à aller en rang dispersé dans le combat qu’ils doivent mener pour leur avenir. Ce sont ces promesses et ces louanges qui retardent l’avancée politique au Mali et l’éclosion d’une vraie démocratie.

 

 

Evidemment, la jeunesse devrait modérer les ambitions personnelles et les égos quelque peu démesurés parfois. Elle se devrait d’être plus exigeante sur certains principes que de rester accrochée à des chèques sans provision qui l’avilissent d’ailleurs. Quant à la jeune classe politique,  tant qu’elle ne change pas d’approche et ne cesse d’avoir de grandes oreilles que pour les louanges, elle sera obligée de suivre les vieux, elle n’aura rien absolument, ni en 2018, ni en 2023. La jeunesse sera aussi dans l’obligation de suivre de petites sommes alors qu’elle vaut mieux que ça, parce qu’elle est pleine de talents et de têtes  bien faites mal exploitées ou encadrées!  Il y a des jeunes qui font la différence quand bien même.

 

 

Ceux-là, les hommes politiques maliens ne veulent ni les voir ni les entendre. Quand un pays favorise la médiocrité, il s’appelle donc le Mali.

Sékou Kyassou Diallo.

Alma Ata, Kazakhstan.

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