Contribution : Papi explique-moi…

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Depuis que mon fils, en larmes, nous a annoncé que la maison de son copain à Kati a été saccagée par la population,  mon père, un respectable instituteur à la retraite, est totalement bouleversé et son esprit est en proie à la confusion. Il a questionné mon fils à maintes reprises :

 

– Mais ton copain, c’est bien le jeune Touareg dont le papa vient de Gourma Rharous, celui qui était prof au Lycée de Badala ? C’est bien lui qui était médiateur au Darfour ? le même qui faisait partie des délégations de médiation pour maintenir la paix au Nord? C’est un patriote malien celui-là…

Et mon père depuis n’a qu’une phrase à la bouche: “C’EST LA FAUTE AU PÉTROLE!

Mon fils est inquiet car il pense que son grand-père a perdu la raison. Il essaye de comprendre cette phrase énigmatique et cherche dans les journaux une clé qui lui permettrait de saisir ce que le vieux sage de Papi veut dire.

Mais dans les journaux point de pétrole. Pourtant pour Papi c’est tellement évident qu’il ne cherche même pas à dévoiler le sens de sa cantilène.

Alors, mon fils, perplexe, se creuse la cervelle et pose des questions interminablement à son grand-père:

– Pourquoi les Rebelles, les Touaregs – certains Touaregs seulement, intervient Papi –  se sont trouvés dernièrement cette passion de la terre ? N’avaient-ils pas toujours vécu en paix avec les Sonraïs, Peuls et Bambaras au nord et partout dans le pays ? Ils avaient plus pour eux que l’Azawad, ils avaient tout un pays et ils exerçaient des responsabilités comme tout autre Malien. La mère de mon copain a été même Ministre.

– C’est à cause du pétrole.

– Pourquoi les rebelles veulent libérer le Nord de la présence de l’Armée ? C’est notre Armée, leur armée, l’Armée de notre pays. Elle est chez elle. Beaucoup de nos soldats sont Touaregs.

– C’est à cause du pétrole.

– Mais pourquoi les militaires ne défendent pas les villes et quittent les camps ?

– C’est à cause du pétrole.

– Pourquoi ils n’ont pas d’armes et pourquoi les habitants fuient vers les pays voisins ?

– C’est à cause du pétrole…

Finalement mon fils a cherché “pétrole au Mali” sur internet et il a enfin trouvé une piste. Le sous sol du Nord du Mali serait riche en pétrole… les prospections ont déjà commencé et quelques concessions ont déjà été attribuées à plusieurs compagnies étrangères. Le pétrole serait donc le sésame de l’histoire ?

Et alors Papi se déchaîne :

– C’est ce pétrole qui a valu l’enfer aux Libyens, c’est le même qui fait que les puissances étrangères sont prêtes à intervenir pour aider à pacifier les pays où eux-mêmes ont semé la pagaille et créé des troubles afin de pouvoir venir en pacificateurs et sauveurs et se tailler la meilleure part du gâteau. C’est ce pétrole qui, une fois extrait, exploité et raffiné par des compagnies étrangères ne sert que très peu au développement du pays. Ce même pétrole qui corrompt et qui, lorsque le dirigeant conscient et honnête veut le nationaliser, le transforme en dictateur et monstre à abattre. Nos frères latino américains connaissent très bien le scénario, Chavez au Vénézuela et Evo Morales en Bolivie en savent quelque chose.

Et Papi, furieux, brandit un journal :

– Je ne vois pas une seule rubrique de journal où on pointe du doigt cette plaie. Et pourtant elle est à la base de beaucoup de troubles dans nos pays. Les intérêts économiques des grandes puissances créent des foyers de rébellion, des guerres et des passions sécessionnistes là où les gens vivaient en paix et en harmonie. Nos gouvernements sont paralysés et incapables de calmer le jeu et le désordre et la douleur s’installent, rendant nécessaires les interventions étrangères.

– Tu as compris, mon petit, pourquoi je dis que c’est à cause du pétrole?

Ali Bilal

Combats au Mali

Paris réclame un “cessez-le-feu immédiat”

PARIS, 7 fév 2012 (AFP) – La France souhaite un “cessez-le-feu immédiat” au Mali où la rébellion touareg “a remporté récemment d’importants succès militaires” face aux troupes maliennes, a affirmé mardi le chef de la diplomatie française, Alain Juppé.

La rébellion touareg a remporté récemment d’importants succès militaires au nord du fleuve Niger. Nous considérons que, quels qu’en soient les motifs, ce recours à la force n’est pas acceptable dans une démocratie comme le Mali. Un cessez-le-feu immédiat est pour nous impératif“, a souligné le ministre au Sénat.

Parallèlement, il importe de traiter la question touareg au fond, ce qui suppose un dialogue entre Bamako et toutes les parties concernées“, a précisé le ministre. “Je l’ai dit moi-même au président (Amadou Toumani) Touré, je salue son sens de l’unité nationale telle qu’il l’a manifesté dans un discours récent” et “je suis confiant dans la capacité du peuple malien à préserver son modèle démocratique“, a-t-il conclu.

Des rebelles touareg se réclamant du MNLA (Mouvement national pour la libération de l’Azawad), appuyés par d’autres Touareg, ont lancé depuis le 17 janvier une vaste offensive dans le nord du Mali, la plus importante depuis 2009.

Plusieurs villes du nord malien ont été attaquées, provoquant l’exode de plusieurs dizaines de milliers de personnes, qui ont trouvé refuge dans des campements au Mali, mais aussi dans des pays voisins: au moins 10.000 au Niger, 9.000 en Mauritanie et 3.000 au Burkina Faso, selon le Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR).

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