Contribution – Une question: Politicien ou Homme d’État

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Les efforts consentis par les citoyens honnêtes et l’actualité nous forcent à  constater que des acquis importants n’ont pas empêché notre pays de stagner, socialement parlant, dans une position moyenâgeuse.

Comme pour confirmer l’adage, les efforts des maliens des villages et des villes, qui survivent de la sueur de leur front, apparaissent comme s’ils suaient sous la pluie tellement la richesse de leur pays, le Mali, dans ces 40 dernières années, n’a servit qu’au profit des «apatrides» de premier degré. Ils sont maintenus au pouvoir sous la houlette de présidents gourous qui ont aggravé une situation, clairement arbitraire pour tous ceux munis de bon sens.

Il est vrai que nous avons tous le droit d’espérer et jusqu’ici ceux qui ont subit tant les comportements, que les mesures antisociales, soit la grande majorité de nos concitoyens, ont bien le droit à l’espérance surtout dans une société comme la notre, fondée sur des valeurs sotériologiques, où la théologie du salut anime depuis un passé lointain notre histoire et notre mémoire.

En effet, au moment où nous écrivons, le bout du tunnel semble être toujours aussi lointain comme il  ne l’a jamais été par le passé. Les corrompus, qui occupent les champs de gombo de leurs grand-mères, investis grâce la connivence entre  pouvoir exécutif et pouvoir judiciaire, ne cessent de comploter contre le peuple, comme s’ils n’en faisaient  pas parti.

Dans cette situation de putréfaction où le mensonge généralisé continue sereinement sa croisière le vent en poupe, il est opportun d’envoyer un signal d’alarme dans un environnement où les esprits sont aussi pollués que la ville de Bamako.

Notre société est désemparée, il faut faire quelque chose. Face à la manipulation organisée, nous devons appeler de toute urgence l’établissement sans condition des valeurs morales qui accompagnent et qui provoquent la réussite dans tous les domaines. Disons-nous la vérité en toute franchise: on ne sait plus ce qui caractérise notre peuple!

Est-ce de réussir à tout prix quelque soit le chemin à emprunter? Chemin pavé d’injustice et d’immoralité par les gouvernants de ces dernières années qui n’ont laissé aucune chance au peuple malien,  au vrai peuple!

 

Regardons les dix dernières années pendant lesquelles notre pays a été précipité dans une décadence morale sans précédent

Dans l’histoire politique de notre pays indépendant, nous avons connu le régime socialiste qui avait choisi une forme un peu douce de dictature.

Par la suite, ce fut le régime militaire, dictature classique dont son chef, le Général Moussa Traoré, croit toujours que c’est l’appui de l’ancienne puissance colonisatrice qui a concourut à son départ, alors qu’il était resté 23 années au pouvoir, partagé avec des complices, qui sévissent toujours et encore à tous les niveaux de notre administration.

Et enfin, la révolution populaire de 1991 qui a changé la donne et nous a permis d’expérimenter une autre phase de la vie politique de notre pays. Ce changement, il faut le reconnaître, a fait bouger les lignes de façon positive. Nous pouvons citer le multipartisme instauré, la liberté d’association renforcée, la liberté d’expression instituée, etc. Mais simultanément, les valeurs morales se sont éloignées de nos dirigeants qui apparaissent comme la vitrine de la conscience populaire.

Grâce au pouvoir médiatique qu’ils détiennent et qu’ils utilisent, ils distillent de fausses valeurs, promeuvent des comportements amoraux et détournent le peuple de ses valeurs ancestrales. Alors que pendant ces années là, nous avons continué à croire: monothéiste ou irréligieux, humaniste ou non-humaniste, les ennemis du peuple de tous les temps (corrompus et corrupteurs) sont restés jusqu’à aujourd’hui les amis du pouvoir, avec pour seul croyance et valeurs morales leur profit.

 

Comment en sommes nous arrivés là?

Au départ, la troisième république a connu les premières élections démocratiques. Un homme d’État, avec un charisme à la hauteur de sa fonction du nom d’Alpha Oumar Konaré va présider le pays pour deux mandats successifs de 5 années. Certains intellectuels, comme l’alter-mondialiste Aminata Dramane Traoré,  diront par la suite qu’ils ont cru en Alpha Konaré lorsqu’il venait avec ses belles idées : ne serait-ce pas une manière de dire que ses décisions prétendument imposées parla Banque Mondialeet le FMI ont déçu? Mais n’ouvrons pas un autre débat.

Un bref rappel: Alpha Oumar Konaré, initiateur dela MUTEC(Mutuelle des travailleurs de l’Éducation et dela Culture), de l’ANPE (Agence Nationale dela Promotionde l’Emploi) pour ne citer que ceux-ci, est issu des rangs d’un parti membre de l’International Socialiste.

Curieusement, pendant dix années de pouvoir, les mesures sociales sont rares, comme s’il était devenu subitement un homme sans cœur ni sang. On  imaginait qu’il avait renié l’esprit de son mentor Modibo Keita (1er président du Mali indépendant) dont les discours de galvanisation s’apparentaient à ceux du nationaliste. Nous, les lecteurs attentifs des discours de Alpha Konaré dénotions presque  la technique du copier-coller tellement l’ancien leader des jeunes de l’US-RDA, avait bien compris le chemin du panafricanisme et du nationalisme emprunté par Modibo Keita. Que penser alors de sa formation universitaire de l’Ensup de Bamako et post-universitaire en Pologne socialiste?

Alpha O. Konaré va très vite lier un pacte avec le FMI etla Banque Mondialedevenus nos amis par la force des choses au nom du démarrage de la modernisation du pays. Compte tenu de ses qualités innées, il sera là encore un bon élève. Il ne s’en est jamais enorgueilli, car cela ne prolongeait pas l’évolution logique des idées qui lui ressemblent.  Même si, reconnaissons le, le monde économique a pris une emprise déterminante sur l’évolution des sociétés à un niveau mondial.

Certains diront d’une manière assez simpliste qu’il n’avait pas le choix, oui peut-être n’avait-il vraiment pas le choix, seulement il n’a pas su associer le peuple malien et les masses populaires à ses décisions. Au lieu des mesures sociales, qui n’auraient aucunement entraver une économie de marché, si elles étaient mises en place pour l’intérêt des citoyens, le pays va connaître des mesures antisociales qui vont tour à tour dégraisser une fonction publique qui n’avait jamais été étoffée (moins de 39.000 personnes de nos jours) dans la réalité et faire miroiter des miettes aux  pauvres fonctionnaires avec des mesures de départ volontaire à la retraite, qui continuent à ruiner les récipiendaires, tout comme le pays dans son ensemble. N’oublions pas la question de l’éducation et de l’instauration des nouveaux critères d’obtention de bourses qui ont empêché beaucoup d’élèves et d’étudiants de bénéficier des avantages sociaux.

Néanmoins, on n’a pas tardé à sentir qu’il était fidèle à son côté vraiment socialiste !

Dans un pays où certains fonctionnaires se sont transformés depuis l’époque de Moussa Traoré en commerçants, traders et clients avec l’argent de l’État en s’enrichissant impunément. Alpha Oumar Konaré, au lieu d’enrayer ce fléau, va créer son dictionnaire de mots pompeux : Les Ministères du Développement Social, des Personnes Âgées, des Zones Semi-arides, dela Femme, dela Familleet de l’Enfant. Tous ces ministères vont voir le jour et modifier légèrement le périmètre d’action de leur prédécesseur. La lutte contre la faim, contre la pauvreté, contre la corruption vont devenir des pseudos priorités.  Ces départements et leurs noms ne serviront par la suite qu’à voiler la corruption qui est devenue depuis lors le sport favori et de surcroît le plus populaire.

Le visionnaire pourvu d’une très grande intelligence qu’est Alpha O. Konaré a-t-il failli par manque de temps? Ou a-t-il agit comme Senghor l’a fait en partant mourir en Normandie chez ses beaux parents? Léopold Sedar Senghor a bénéficié ainsi des conditions de sécurité sociale pour la dernière partie de sa vie, sans avoir songé à faire la même chose dans son pays? Mais il a aussi habilement et jalousement gardé une partie de sa vision pour rester indispensable.

En 2002 au moment où le pouvoir du chef d’état malien va bientôt prendre fin, on retiendra que la famille présidentielle à été  discrète grâce à la première dame de l’époque qui est restée digne  et exemplaire, bref sage dans le sens le plus large du mot, professeure Adam Bâh Konaré nous te rendons un hommage mérité grâce à tes contributions (ouvrages) et le Musée Musokunda qui reste une référence et une fierté pour les femmes.

On connaît la suite, le président Konaré va choisir son successeur en brossant son portrait robot à l’approche de la campagne officielle de la présidentielle de 2002. Il influe de tout son pouvoir pour contribuer à  l’accession à la magistrature suprême du Mali, d’un homme qui était d’autant plus populaire que son histoire personnelle le liait singulièrement aux maliens.

En effet, cet ancien chef d’État, portait l’image du sauveur aux yeux d’une partie de la population, alors que c’était le peuple qui avait renversé le dictateur Moussa Traoré par un mouvement de protestation généralisée. ATT symbolisait l’espoir qui avait illuminé le Mali en 1991. D’une certaine manière Alpha O. Konaré remettait le pouvoir à ATT de façon consensuelle. Les autres candidats sont alors traités de tous les noms d’oiseau: pas sérieux, pas rassembleurs, voleurs, pour paver la route d’ATT vers la victoire.

A suivre la suite dans notre prochaine parution

Sidy Lamine Bagayoko

Université des Lettres et des Sciences Humaines de Bamako

Tél: 76427609

Courriel: sidylamagayoko@yahoo.com

 

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