Des représentants des collectivités du Gourma interpellent le PM : «Les braconniers déciment notre population d’éléphants»

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Excellence Monsieur Ie Premier Ministre,

Nous, représentants des collectivités: deux (2) présidents de conseil de cercle, dix sept (17) maires, de l’administration: 2 Préfets, 11 Sous-préfets, et des forces de sécurité: Gendarmerie, Garde Nationale, Minusma, GTIA des cercles de Gourma Rharous et de Douentza, avons tenu, avec l’appui de The Wild Foundation, Ie 19 novembre 2015 dans la salle de délibération du Conseil de cercle de Douentza, une réunion d’urgence sur la situation critique du braconnage des éléphants et l’insécurité dans la zone du Gourma Malien.

Lors de cette réunion, un tour de table des participants a permis de faire un constat très amer, qui est à l’origine de la situation du braconnage des éléphants et qui dépasse largement la capacité du niveau local. II s’agit principalement du développement du banditisme organisé dans la zone, qui se manifeste par la prolifération des armes détenues par les jeunes du milieu. Ce banditisme fait que l’insécurité qui prévaut dans l’ensemble de la zone empêche tous les agents de l’Etat, mal équipés, de s’y aventurer.

Les braconniers profitent de cette situation d’insécurité dans la zone pour décimer les éléphants, pourtant surveillés par l’Etat et ses partenaires, comme Ie Projet Eléphants du Mali de WILD Foundation, un organisme dévoué pour la protection des écosystèmes naturels et des espèces migratrices à travers Ie monde, basé depuis 2001 au Mali dans Ie cadre d’un travail portant sur la protection d’un patrimoine unique national malien: les éléphants du Gourma.

Excellence Monsieur Ie Premier Ministre,

Suite à cette réunion, il a été décide à l’unanimité d’attirer votre bienveillante attention sur la situation critique de la population d’éléphants du Gourma au Mali. En effet, c’est un «cri du cœur» que nous vous lançons, du fait que Ie braconnage des éléphants, qui avait connu un regain d’intensité depuis les événements du Nord en 2012, s’est davantage aggravé en 2015. Ainsi, de janvier à nos jours, il a été dénombré 73 éléphants abattus par des braconniers non encore identifiés.

II est à déplorer que les tueurs d’éléphants n’ont pas été inquiétés, malgré nos cris de détresse lancés au niveau des communautés locales, supposées contribuer à l’arrêt du braconnage, tout au long de l’année 2015. Ces braconniers récidivent en toute quiétude, et démarrent leur campagne en cette fin d’année par l’abattage de 16 éléphants du 29 octobre au 12 novembre 2015.

La population d’éléphants, qui va progresser et se disperser en petits groupes dans sa zone de diffusion de saison sèche, Ie long du chapelet de mares du Gourma, sera alors en danger de mort si rien n’est fait dans l’immédiat pour harceler, voire démanteler Ie réseau des braconniers, qui est, il faut Ie dire, bien implanté dans Ie Gourma malien. Au rythme actuel du braconnage, les éléphants du Gourma sont menacés de disparition à cause de leur ivoire.

Excellence Monsieur Ie Premier Ministre

L’Etat malien, à travers son Ministère de l’Environnement, avec l’appui de The Wild Foundation, avait beaucoup investi pour aménager des points d’eau sur Ie passage des éléphants; contribué à l’implication collective des communautés des agropasteurs dans la préservation d’un Patrimoine Naturel National et International qu’est l’emblématique éléphant du Gourma.

En tant que patrimoine mondial, l’espèce est protégée par les conventions internationales, telles que la CITES et la CDB, ratifiées par Ie Gouvernement du Mali. Le braconnage actuel des éléphants du Mali, s’il devait perdurer, serait de nature à compromettre les équilibres écologiques, économiques et culturels de cette partie du Mali.

Excellence Monsieur Ie Premier Ministre,

La Direction Nationale des Eaux et Forêts, en collaboration avec The Wild Foundation, avait aussi soutenu des agents forestiers et des jeunes locaux pour assurer la surveillance locale des éléphants et signaler d’éventuelles actions de braconnage. Actuellement, Ie banditisme, bien développé, dans la zone empêche tous ces agents de faire leur travail.

Le braconnage international des pachydermes est une activité frauduleuse et mafieuse qui rapporte beaucoup d’argent par Ie trafic des défenses d’éléphants. La tentation est donc forte et peut s’exercer en toute impunité si les éléphants du Gourma au Mali ne bénéficient pas d’une protection des services de souveraineté de l’Etat, l’Armée et la Direction Nationale des Eaux et Forêts.

Le service des Eaux et Forêts, en charge de la gestion de la faune, bien que conscient du danger auquel la population d’éléphants du Gourma est exposée, est confronté à des difficultés structurelles (absence d’un service dédié à la lutte anti braconnage), aggravées par la conjoncture, marquée par l’insécurité persistante dans Ie Gourma malien. En effet, l’insécurité qui prévaut dans la zone empêche les agents des Eaux et Forêts, mal équipés, de s’y aventurer.

Excellence Monsieur Ie Premier Ministre

Si l’Etat marque sa présence dans la zone, ne serait-ce que par des patrouilles mixtes militaires et forestiers, les populations locales pourront aider les forestiers à mieux lutter contre Ie braconnage. Les braconniers sont en effet connus des habitants du Gourma, qui hésitent à les dénoncer par crainte de représailles.

Pour nous élus et nos communautés, les éléphants du Gourma représentent une fierté et une richesse naturelle. S’ils disparaissent de la zone du Gourma, c’est comme si une partie de notre vie qui disparait. Dans un passé récent, ces éléphants attiraient beaucoup de touristes, nationaux et internationaux.

II est permis aujourd’hui de croire que l’ivoire des éléphants du Mali alimente des réseaux d’achat d’armes, pour non seulement asseoir Ie banditisme organisé dans les régions du nord contre les populations maliennes, mais également pour s’attaquer aux symboles de l’Etat du Mali.

Excellence Monsieur Ie Premier Ministre,

Face à cette calamité, il est impératif d’envisager, avant qu’il ne soit trop tard, des mesures énergiques idoines pour démanteler Ie réseau de braconniers, en vue de mettre fin au massacre sur l’ensemble du parcours des éléphants dans Ie Gourma malien. Pour cela, les mesures énergiques que nous sollicitons de votre part sont:

  1. La mise en synergie des efforts de l’Armée malienne, la Direction Nationale des Eaux et Forêts et la MINUSMA, pour permettre, à très court terme, de renforcer la sécurité globale, gage de l’implication des communautés locales dans la gestion des questions liées à la réconciliation, à la reconstruction, à la sauvegarde de la paix et au développement local, prenant en compte les aspects environnementaux dans la zone du Gourma malien;
  2. Le classement du parcours des éléphants du Gourma malien comme zone d’insécurité et la mise en place d’une force spéciale de lutte contre Ie braconnage des éléphants dénommée «Sauvons les éléphants du Gourma malien», pour permettre d’éliminer la destruction d’un patrimoine naturel local, national et international: les éléphants du Mali;
  3. L’installation d’un réseau de communication dans l’ensemble des zones non encore couvertes sur les parcours des éléphants, pour permettre la circulation rapide de l’information et la collecte de renseignements, gage de la sécurité des personnes et leurs biens;
  4. Le renforcement en personnel (agents forestiers, Garde nationale) et leurs équipements pour assurer non seulement la quiétude des communautés, stressées et vivant dans la peur quotidienne, mais aussi pour la protection de la population d’éléphants, actuellement en danger de survie.
  5. Pour notre part, nous vous assurons, Excellence Monsieur le Premier Ministre, que, sans délai, nous prendrons toutes les mesures nécessaires pour:

(i) Informer et assurer les communautés des mesures envisagées pour éliminer Ie braconnage des éléphants sous toutes ses formes;

(ii) Collaborer avec les forces de sécurité qui seront déployées dans la zone pour Ie rétablissement de la paix et la sécurité.

Nous vous prions d’agréer, Excellence Monsieur Ie Premier Ministre, l’expression de notre parfaite considération.

Les Rapporteurs

Mr Yaya Boré, Maire de la Commune Rurale de Dangol-Boré

Mr Younousse Maiga, Représentant du Maire de la Commune Rurale de Gourma Rharous

Pour les élus

Le Président du Conseil de Cercle de Douentza

Le Président du Conseil de Cercle de Gourma Rharous

Ci-joint la liste des participants

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