Discours de Mr Ibrahim B. KEITA au Conseil de l’Internationale Socialiste

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 SOUTENIR LA PAIX, LA SECURITE ET LA DEMOCRATIE AU SAHEL

CONSEIL DE L’INTERNATIONALE SOCIALISTE  –  CASCAIS 4 FEVRIER 2013

 

IBRAHIM BOUBACAR KEITA

ANCIEN PREMIER MINISTRE DU MALI  – PRESIDENT DU RPM

 

 

Monsieur le Président,

Monsieur le Premier ministre,

Mesdames et Messieurs les Vice-Présidents,

Honorables et Distingués invités,

Chers Amis, Chers Camarades,

Pendant des mois, à partir de janvier 2012, le Mali a subit les assauts violents et cruels de groupes armés rebelles, islamistes et terroristes, qui ont entrepris de détruire la Nation malienne. Ces attaques ont abouti à la prise de contrôle par eux des deux tiers de notre territoire national, chose qui a été accélérée par le coup d’Etat militaire du 22 Mars 2012.

Dès le lendemain de cette rupture institutionnelle, mon parti, le Rassemblement pour le Mali (RPM) a été, à travers ma personne, le premier à condamner ce coup d’Etat, en conformité avec nos valeurs et nos principes, sur lesquels je ne transigerai jamais. L’armée doit être le bras de l’Etat, jamais sa tête.

Quelques semaines après, en avril 2012, les efforts de la CEDEAO et de la communauté internationale nous ont permis de revenir à un ordre constitutionnel, avec un pouvoir de transition incarné par notre camarade, le Président Dioncounda Traoré.

A travers notre participation au Gouvernement d’union nationale, le RPM apporte son soutien ferme, mais vigilant, aux autorités de transition, dont les deux missions principales étaient et demeurent :

–         la reconquĂŞte du territoire national et ;

–         l’organisation d’élections libres et transparentes.

 

Chers Amis, Chers Camarades,

Les premiers mois de la Transition n’ont pas été sans peine. Les difficultés politiques à Bamako ont retardé la reconquête du territoire, laissant nos compatriotes du Nord Mali abandonnés pendant neuf mois au règne brutal de groupes armés islamistes. Ils ont subi des souffrances inimaginables : vols, viols, meurtres, et exactions en tout genre. A travers eux, c’est la dignité et la liberté du Mali qui ont été bafouées.

Aujourd’hui, la donne a changé, la peur a changé de camp. L’action militaire engagée par la France à compter du 11 janvier 2013, sous l’impulsion du Président Hollande, a été décisive. L’opération Serval a été salutaire pour le Mali, dans un moment où c’est l’existence même de notre Nation, de notre Etat laïc, qui était menacée.

A ce titre, en mon nom, au nom du Rassemblement pour le Mali, et au nom du Peuple du Mali épris de liberté, je tiens à remercier la France, du fond du cœur, ainsi que tous les pays amis qui apportent leur soutien à cette opération.

Nos amis du Niger, présents à nos côtés dès le début, n’ont jamais varié dans leur juste analyse de notre situation. Tous nos voisins, singulièrement le Sénégal et les autres pays amis, doivent être assurés de notre gratitude infinie.

Comme vous avez pu le constater lors de la visite du Président Hollande à Tombouctou et à Bamako la semaine dernière, le Peuple malien est reconnaissant. Il est reconnaissant pour sa liberté retrouvée, il est reconnaissant envers tous les frères africains qui participent à la libération du Nord Mali, et envers tous les peuples du Monde qui soutiennent cette intervention.

Nous remercions également les institutions telles que les Nations Unies, l’Union Africaine, et l’Union européenne, pour leur accompagnement.

Laurent Fabius et IBK au Conseil de l’Internationale Socialiste

Chers Amis, Chers Camarades,

Depuis quelques semaines l’espoir est donc revenu au Mali, et nous pouvons désormais regarder en avant.

Beaucoup reste encore à faire pour éliminer les groupes terroristes et sécuriser notre territoire. Toutefois, nous devons déjà préparer l’avenir.

En effet, le Mali est confronté à de multiples défis, qui se résument à mon avis en 5 points majeurs :

1-     La nécessaire réconciliation entre toutes les communautés du Mali et le renforcement de la cohésion nationale

2-     L’organisation d’élections transparentes et crédibles pour doter le Mali d’institutions légitimes

3-     La reconstruction d’un Etat malien capable d’assumer ses fonctions principales

4-     La refondation d’une nouvelle armée nationale à hauteur de mission

5-     La mise sur pied d’une nouvelle coopération transrégionale pour enrayer l’insécurité au Sahel

  1. 1.      La Réconciliation et le dialogue national

Je voudrais tout d’abord rappeler que le Mali est un vieux pays. Une vieille Nation, née de brassages et de mélanges. La Nation malienne s’est construite tout au long des siècles grâce à l’apport de chaque communauté, du Nord au Sud, d’Est en Ouest. Chaque communauté est donc dépositaire d’une partie de la culture malienne, chacune est en droit de revendiquer une part de l’ensemble national. A ce titre, l’écrasante majorité de notre Peuple, dans toute sa diversité, est désireuse de vivre ensemble dans un Mali en Paix.

Aujourd’hui, malheureusement, notre tissu national est en partie déchiré. Les agissements des groupes rebelles et islamistes ont contribué à affaiblir la cohésion nationale. Les récentes exactions contre des individus soupçonnés d’être des jihadistes, ne vont pas non plus dans le bon sens.

Conformément à nos valeurs, nous avons condamné ces agissements, car le respect des droits humains doit être assuré à tout prix. Dans un souci de cohésion nationale, nul ne doit se faire justice. Nul ne doit faire d’amalgame à l’encontre de certaines communautés du Mali, sur la base de la couleur de la peau, quelle qu’elle soit. Ceci est capital pour ne pas gêner la réconciliation nationale à laquelle aspire notre Peuple.

A cet égard, les Maliens peuvent trouver en eux les ressorts pour rebondir. Dans la culture malienne, le dialogue et l’échange sont des valeurs cardinales.

Je le proposais déjà en 2011, il nous faut organiser les Assises Nationales du Nord, dès que l’Autorité de l’Etat sera effective sur tout le territoire. Ces rencontres devront impliquer toutes les communautés nationales, sans exclusive aucune. Nous pourrons ainsi évaluer les différents accords et plans de développement du Nord qui ont été élaborés par le passé, et définir ensemble les modalités d’un nouveau Pacte National durable, qui renforcerait la cohésion nationale.

J’entrevois déjà quelques pistes pour répondre à certaines attentes légitimes. Il s’agit notamment d’une application plus poussée des lois de décentralisation dont le Mali est doté depuis déjà de nombreuses années, mais qui n’ont jamais été vraiment appliquées. Nous pourrons ainsi rapprocher l’Etat de chaque citoyen, partout sur le territoire, et ainsi permettre aux particularismes régionaux de mieux s’exprimer.

Cela dit, je pense que ce dialogue ne doit pas s’engager avec des groupes qui détiennent des armes. Ce dialogue inclusif doit se faire avec des interlocuteurs représentatifs de chaque communauté : arabes, touaregs, peuls ou Songhaï, parmi les notables, les chefs traditionnels et les élus locaux.

  1. 2.     Les élections présidentielle et législatives

L’intervention en cours de la communauté internationale et de la France, en particulier, n’aura de sens que si elle s’accompagne d’un processus électoral irréprochable, qui vienne sanctionner la fin de la Transition.

Les problèmes structurels et profonds qui nous ont conduits à la crise actuelle ne peuvent évidemment pas se résoudre dans le cadre d’une transition, car seul un pouvoir élu sera pleinement légitime pour engager la Nation dans les choix déterminants pour son avenir.

Mais pour garantir la légitimité absolue de ce pouvoir, il est indispensable que l’élection soit totalement libre et transparente, contrairement aux précédentes de 2002 et 2007.

Nous avons besoin de ces élections pour remettre le Mali sur la voie du développement. Car un demi-siècle après notre indépendance, l’heure est venue d’assurer enfin le décollage économique et social de notre pays. Le Mali a trop attendu son rendez-vous avec le progrès et la modernité. Il est temps d’agir. Il est temps de faire les bons choix.

La feuille de route proposée par le gouvernement et votée à l’unanimité par le Parlement malien va dans ce sens. Elle fixe les échéances électorales au plus tard au 31 Juillet 2013, soit dans moins de 6 mois.

C’est dans ce cadre, que nous avons besoin d’un accompagnement de la communauté internationale, pour que des élections crédibles soient organisées sous son égide.

Ici, l’Internationale socialiste, dont beaucoup de membres sont au pouvoir dans leur pays, peut jouer un rôle décisif afin que le Mali reçoive un appui financier et logistique, à travers une supervision des scrutins par une institution impartiale.

  1. 3.     Reconstruire un Etat malien légitime qui soit en mesure d’assumer ses missions fondamentales ;

L’une des premières tâches auxquelles devra se consacrer le prochain pouvoir issu des urnes, sera de reconstruire un Etat digne de ce nom. Un Etat fort au service de l’efficacité, et dont l’un des socles devra être la justice et la bonne gouvernance.

Nous venons d’écouter avec intérêt vif et grande fierté notre Camarade, Premier ministre du Cap-Vert.

Il nous faut un Etat fort, qui fasse respecter la loi. Il nous faut un Etat responsable et protecteur, qui garantisse à chaque citoyen un égal accès aux soins, à l’éducation, et à l’ensemble des services publics, sur tout le territoire. Il nous faut un Etat stratège, qui mette en place les conditions du décollage économique du Mali à travers l’émergence d’un secteur privé solide et responsable.

  1. 4.     Rebâtir une Nouvelle Armée Nationale qui soit en mesure de faire face aux menaces contre la sécurité externe du pays ;

L’autre socle d’un Etat digne de ce nom, c’est une Armée républicaine, capable d’assurer sa mission régalienne sur l’ensemble du territoire.

Grâce à l’appui des partenaires étrangers, et notamment de l’Union européenne, notre pays va commencer l’indispensable refondation de son outil de défense nationale.

Toutefois, nous ne devrons pas tout attendre de nos partenaires. Comme je l’ai plusieurs fois proposé, il est nécessaire que les Maliens mettent en œuvre une loi de programmation et d’orientation militaire permettant à nos forces de sécurité :

–         De s’équiper en moyens d’intervention ;

–         De mieux former nos soldats et de leur inculquer les valeurs d’une armĂ©e vĂ©ritablement rĂ©publicaine ;

–         D’unifier la chaine de commandement ;

–         De former des unitĂ©s d’élite ;

–         Et de renforcer les capacitĂ©s pour une meilleure qualitĂ© du renseignement.

Notre armée doit s’adapter, c’est une question de survie nationale. C’est un travail de longue haleine, mais nous devons impérativement la mettre en capacité d’intervention et de projection face aux nouvelles menaces auxquelles le Sahel est confronté, notamment le terrorisme.

  1. 5.     Fonder une Nouvelle Coopération Transrégionale pour enrayer l’insécurité dans le sahel

La lutte contre le terrorisme est une lutte globale, une lutte mondiale. La sécurité du Mali est indissociable de la sécurité des pays du champ que sont l’Algérie et la Mauritanie, et de celle des 15 pays de la CEDEAO. Il nous faut donc fonder une Nouvelle coopération transrégionale.

Cette nouvelle coopération inclura l’ensemble du Maghreb et le Tchad, pays dont il faut saluer l’engagement actuel au Mali, et le sens élevé de la solidarité.

 

Chers Amis, Chers Camarades,

La paix et la sécurité au Sahel ne sont plus un enjeu purement malien. Ce n’est pas non plus un enjeu uniquement régional. C’est aujourd’hui devenu un enjeu mondial, qui demande l’assistance et l’accompagnement de toutes les démocraties du Monde pour lutter contre le narco-trafic et le terrorisme, assurément des crimes transnationaux.

A ce titre, notre mouvement doit pleinement jouer son rôle, en intégrant dans ses discussions, dans ses travaux et dans ses politiques, ces thématiques là.

Ainsi, les forces progressistes, partout dans le Monde, seront en mesure d’adresser dans chaque pays où nous serons aux affaires, les réponses idoines à ce fléau mondial, notamment à travers une coopération renforcée entre les Etats.

Merci, grand merci d’en avoir préoccupation vive, qui nous a valu l’inscription de cette question parmi les urgences à l’ordre du jour de ce conseil de l’Internationale Socialiste.

Enfin, le Rassemblement pour le Mali accueille favorablement la proposition du PNDS Taraya, exprimée par le camarade Mohamed BAZOUM, Ministre des Affaires Etrangères du Niger, d’abriter un Comité Afrique qui sera consacré à la crise malienne.

Je vous remercie.

 

#FIN#

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5 COMMENTAIRES

  1. Merci mon PrĂ©sident, le Mali et le peuple malien vous seront Ă©ternellement reconnaissant. Qu’Allah soub hana watalla vous paye au centuple tous les actes nobles que vous ne cessez de poser pour le Mali et dont vos ennemis politiques utilisent contre vous. Vivement votre Ă©lection aux prochaines Ă©lections prĂ©sidentielles.

  2. grand IBK le plus plus patriote des maliens vous aviez non a accord d’alger , parceque vous aviez vite vu cette situation que nous somme nous vous soutenions jusqu’au bout

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