Hommage à Dialla Konaté

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Pr Dialla KONATE (RIP)

Le 7 Juin 2012, de retour en Haïti, mon pays d’adoption, après un mois passé au Mali, suite à plusieurs attaques dirigées contre le professeur Dialla konate, j’écrivais : Janjo pour Dialla Konaté, le baudet de nos réseaux de discussion.

Ces mots sonnent aujourd’hui, 13 septembre 2012, après avoir appris avec consternation la disparation de notre cher Dialla, comme un témoignage prémonitoire.

Dors en paix cher grand frère, le jeune frère comme tu aimais m’appeler sera plus fort pour continuer à se battre pour un vrai changement comme tu l’as toujours souhaité.

 

Voici le témoignage en question : 

Les maliens ne se parlent plus….mais se chamaillent

                        Janjo pour Dialla Konaté : le baudet de notre réseau MSAS 

 

Les maliens, qui jadis, cultivaient et entretenaient la vertu du dialogue sous l’arbre a palabre, ont depuis le 22 mars 2012, tourné le dos à cette pratique. Qu’est-ce qui a bien pu se passer en nous pour que tout d’un coup, tout s’écroule autour de nous ? Le choc du 17 janvier et son onde choc du 22 mars 2012 ne peuvent à eux seuls expliquer cette situation ou tout le monde se regarde en chien de faïence.

J’ai eu la chance d’observer et de vivre de l’intérieur le brusque et dangereux changement de mentalité et de comportement au cours de mon récent séjour d’un mois au Mali.

Je suis arrivé au constat que chacun se méfie de chacun et si les gens se parlent c’est par medias interposés. Ainsi il n’est pas rare d’entendre ou de lire une diatribe ou même une menace de mort a peine voilée d’Untel contre Untel sur une radio privée locale, avec comme corollaire des réactions en chaine et en boucles au grand bonheur des animateurs en quête de nom.

J’ai vu un pays profondément divisé dans ses fondements :

Au lendemain, de ce que j’appelle, le ramassage du pouvoir dans les égouts de Bamako par des jeunes militaires audacieux et prétentieux,  nous nous réveillâmes avec la naissance prématurée et par césarienne de deux fronts : le FDR et le MP22. L’histoire retiendra que ces deux fronts ont utilisé la même arme : se détruire par medias interposés, sans jamais eu le courage et le patriotisme de se rencontrer pour arrondir les angles autour de l’essentiel, c’est-à-dire le Mali.

La partition du pays est à l’image de ses dirigeants et leaders, qui campent sur leurs positions.

Les responsables du FDR n’ont jamais voulu aller au delà de la condamnation du coup de force du 22 mars 2012 tandis qu’au même moment ceux du MP22 et associes jubilent.

Les membres du FDR, faut-il le rappeler sont ceux la même qui ont accompagné et entretenu pendant prés de 20 ans, le régime multipartiste sous Alpha Oumar Konaré ensuite ATT.

Leur attitude est donc compréhensible mais pas défendable. Ils devraient et auraient du accepter le fait accompli : le coup du 22 mars et se projeter dans la perspective de changement, mais là encore, leur ego de conservatisme et de protectionnisme de leurs intérêts a prévalu : ne sachant pas a quelle sauce ils seront mangés par le changement, ils se sont repliés sur eux-mêmes sans penser au blocage que cela allait engendrer.   De l’autre coté, les animateurs du MP22 et associés, ont cru sans analyse que les auteurs du coup de force du 22 mars sont porteurs de changement tant souhaité depuis longtemps. C’est cela qui les a poussé au jusqu’auboutisme couronné par leur proposition du chef des putschistes en tant que Président de la transition au lendemain d’une convention unilatéralement organisée par eux même.  Ils ont , hélas vite déchanté en apprenant a leur corps défendant que leur idole du changement les a superbement trahi en acceptant les clauses de sortie de crise concoctées par la CEDAO, le gendarme de la nation malienne.

Entre ces deux fronts de « refus » de sortie de crise, se dresse en orphelin, les centristes, les « humanistes ». Mais derrière l’humanisme et la bonne parole d’évangile et du coran, se dresse une véritable guerre de positionnement en prélude aux futures joutes électorales.

 

J’ai eu l’opportunité en tant qu’acteur sur le terrain de participer à des tentatives de rencontres initiées par la Coalition Patriotique pour le Mali, CPM,  sous la houlette du Professeur Dialla Konate, objet de beaucoup de convoitises, et d’incomprehesnion.

L’honnêteté intellectuelle, plutôt  morale, puisque certains pourraient me taxer d’usurpation de titre d’intellectuel,  m’oblige à éclairer la lanterne de ceux qui ne sont pas sur le terrain, sur le travail abattu par Dialla Konate pour amener autour de la même table, les principaux acteurs du psychodrame politique malien. Il a initié et animé des séances de travail avec la presque totalité des principaux regroupements constitués au lendemain du 22 mars 2012. Il n’a ménagé ni son temps ni son énergie pour parcourir les états majors des partis politiques, des associations de la société civile, soit en taxi, ou en voiture de location. Il m’est arrivé de faire le chauffeur pour l’accompagner dans une rencontre avec un chef de parti politique. Ce jour lé, j’étais coincé dans un embouteillage de circulation, et il a du se résigner à m’attendre, puisque il n’avait un moyen de locomotion pour s’y rendre au rendez vous. Apres l’avoir ramené chez lui, je me suis mis à penser sur l’homme : quelle énergie, et quel engagement pour une cause qui ne semble pas a portée, mais sa volonté et son engagement restent intactes.  Et quand, malgré mon accès limité a la connexion internet, je lis des réactions acerbes sur sa personne, je me mets à répéter la parole  de Jésus Christ : « seigneur pardonne les, car ils ne savent pas ce qu’ils disent ».

On peut accuser le Professeur Dialla Konaté, sa personne, comme cet ami, qui me dit qu’il n’aime pas ses costumes des années 1970, mais une chose est indéniable ; quelqu’un qui l’a côtoyé, ne peut pas ne pas avoir une admiration pour cet infatigable de la cause du Mali.

On peut ne pas partager ses convictions, mais lui, défend avec amour  et assume ses convictions et c’est cela me semble t-il le plus important dans la période que nous traversons.   Nous vivons une période, ou nous sommes entrain de perdre toutes nos références identitaires, références qui ont fait de nous, un  peuple de pardon, de compréhension et de partage.

Les attaques interminables sur la personne de Dialla me rappellent la morale de la Fontaine dans « les animaux malades de la peste » quand on cria haro sur le baudet. « Manger l’herbe d’autrui ! Quel crime abominable ! » Était le motif de mise a mort de l’âne.

Parler de convention nationale pour que tous les maliens puissent se parler et décider de leur destin, tel semble être le crime de lèse majesté commis par Dialla Konate.  Accepter d’être dans un groupe qui a fini par réclamer un Amadou Sanogo comme Président de la transition, est le pas a ne pas franchir par Dialla pour éviter le coureaux des sentinelles de la démocratie et d’une constitution qui a cessé d’exister depuis belle lurette.

Dialla, pour son courage à assumer ses initiatives, son engagement sans faille, aurait eu droit en pays mandingue au Janjo. Mais cela est déjà une autre histoire sur laquelle je reviendrai très prochainement pour parler de la culture de l’humiliation qui se renforce chez nous là-bas au  Mali.

PS : Je présente mes excuses d’emblées si par ce plaidoyer citoyen, je rouvre un dossier déjà fermé. Je tenais à faire ce témoignage pour avoir eu à côtoyer et a partager avec Dialla depuis 2006 des idées, des projets. De ce jour a maintenant l’homme est resté fidele a ses convictions pour le Mali et c’est cela qui est important a mes yeux.

Port-Au prince, le 6 Juin 2012

Yachim MAIGA

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2 COMMENTAIRES

  1. Avenir obscure pour la jeunesse du Mali??????
    grnad gachi désolation pour ce Mali de perdre des grands toujours ainsi.

  2. Je rends un vibran hommage à ce grand homme même si quelque fois on ne partegeait pas les mêmes idées. Je suis particulièrement très touché quand des garnds combattants tombent. Il est brave parqu’il est mort les armes en mains. Ce que nos militaires doivent apprendre de nos jours.

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