Le député Lancéni Balla Kéita à propos de la libération du Nord : «Pourquoi ces tâtonnements des autorités maliennes et de la communauté internationale?»

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A sa sortie d’une audience  avec le président du Faso, le week-end surpassé à Ouaga, le Premier ministre Cheick Modibo Diarra déclarait que le dialogue est inévitable, car les membres du MNLA et d’Ançardine sont des Maliens ayant des revendications plus ou moins légitimes. Dans une interview au journal Le monde, à New-York lors de son passage aux Nations Unies, il disait que  »le temps de la négociation est passé, je ne vois plus que la solution militaire ». C’est ce point de vue qu’il a défendu aux Nations Unies.

L’honorable Lanceni Balla Keita

Dans son adresse à la nation du 22 septembre 2012, le président de la République, Dioncounda Traoré, disait que son premier, deuxième et troisième choix restaient le dialogue. Au même moment, François Hollande se déplace en personne pour aller soutenir une motion relative à l’intervention armée au Mali dans l’intérêt du monde. Parallèlement, la CEDEAO ne cesse de s’organiser pour la mise en place d’une force d’intervention, suite à une demande du président Dioncounda. Quant aux USA, ils proposent une solution politique et diplomatique selon Johnnie Carlson, le secrétaire d’Etat adjoint aux affaires africaines. C’est le même son de cloche du patron de Africom, qui enfonce le clou en disant que les forces sont inégales, et en plus le Mali n’a plus d’armée.

Auparavant, l’Algérie, qui est un pays ami et ennemi à la fois du Mali, a une position tranchée. Pour elle, pas question de faire la guerre à Ançar-dine, au MNLA et même aux narcotrafiquants islamistes. Elle oublie donc qu’elle leur a, dans le passé, livré une guerre farouche. Elle a finalement accepté la position largement partagée par la communauté internationale, c’est-à-dire la guerre au Nord, sous la pression américaine, suite à la visite du Secrétaire d’Etat américain Hilary Clinton en octobre 2012 à Alger. Elle a même décidé de fermer ses frontières en cas d’intervention.

En novembre 2012, les Chefs d’Etat Major de la CEDEAO finalisent un plan d’opération à Bamako pour la reconquête du Nord ; validé par la suite par l’Union Africaine. 3300 soldats sont attendus des pays de la CEDEAO, et avec la participation de plus de 6 à 7 pays.

Pour conforter la position des Etats de la CEDEAO, le nouvel ambassadeur du Nigéria au Mali a affirmé que  »le Nigéria est prêt à fournir à la CEDEAO, l’effectif militaire qu’il faut pour intervenir au Mali ». Alors que l’Union Européenne a décidé d’apporter son appui à l’armée malienne pour la former en prévision d’une intervention militaire, les Américains continuent de nous effrayer  avançant comme arguments, non seulement, la division au sein de l’armée, mais aussi l’inefficacité du plan militaire monté et qu’en s’engageant, les forces de la CEDEAO vont droit au mur.

Pour prendre le devant, le Gouvernement du Mali a annulé près de 200 passeports des rebelles afin de limiter leur déplacement pour lobbying  dans les pays d’Afrique, d’Europe et d’Amérique. Le diagnostic de l’armée malienne a été faite et les besoins exprimés : 60 avions de chasse, des dizaines d’avions de transport et un grand nombre d’hélicoptères.

Entre temps Dioncounda se déplace au Qatar, pour s’assurer que ce pays n’était derrière les islamistes au nord, car des rumeurs persistantes ont fini par convaincre la majorité des Maliens. Au moment où tous les partenaires se sont engagés à libérer le Nord suite à une intervention militaire, deux pays voisins, l’Algérie et le Burkina, se sont activés en coulisse pour parrainer le MNLA et Ançar-dine dans la perspective de futures négociations avec les autorités maliennes.

Dans cette dynamique mondiale, soudain, on entend un autre son de cloche du Premier ministre malien favorable au dialogue avec le MNLA et Ançar-dine, les deux mouvements qui se sont servis d’AQMI et du Mujao pour chasser l’armée malienne, après avoir égorgé plus d’une centaine de soldats maliens. On se demande pourquoi ce revirement.

Une analyse approfondie de cette nouvelle position de Cheick Modibo Diarra la relie  à une position de l’Algérie et de la France, dont les points de vue se sont très vite rapprochés ces derniers temps. Et cela vient d’être confirmé dans l’interview que Laurent Fabius, le ministre français des Affaires étrangères a accordée au journal algérien El Watan. Il a indiqué qu’il est  »tout à fait d’accord avec son collègue algérien qu’il faut combattre les groupes terroristes, mais qu’il ne faut pas oublier la dimension politique » de la crise.

Telle n’était pas la position première de la France. L’Algérie se félicite de la performance de sa diplomatie dans cette direction. Et pourtant, Me Harouna Toureh, le leader des Forces Patriotiques de Resistance (FPR) avait averti le 08 novembre 2012 que  »le peuple n’acceptera plus aucun arrangement de façade avec les islamo-fascistes ». Cet avertissement vient d’être renouvelé par cet avocat, le 21 novembre 2012, par un  » non et non à tout dialogue avec les islamo-fascistes ». Cette position n’est pas personnelle, elle reflète celle de toutes les ethnies au Nord et des élus de toutes catégories venant du nord, sans compter que toutes les populations  du Sud sont dans cette dynamique.

A son tour, le  Maroc, qui avait opté pour une solution militaire pour libérer le Nord du Mali suite à la visite du Premier ministre Cheick Modibo Diarra dans ce pays ami, vient aussi de changer de position.

En effet, suite à la visite de l’envoyé spécial de l’ONU au Sahel, Romano Prodi, un ministre marocain a affirmé  que son pays n’était pas favorable à une solution militaire et que la stratégie du royaume visait à privilégier le dialogue. Voilà une défection de plus !

Négocier sans vainqueur désigné sur le terrain, revient tout simplement à capituler une fois de plus devant les rebelles. Comme ce fut le cas en 2006 sous l’ère ATT, dans une complaisance totale envers les rebelles. L’histoire va-t-elle se répéter?  Et  toutes ces initiatives se font sans les élus du nord, sans les associations du nord, ni du Sud du Mali. Quand est- ce que  les autorités maliennes vont être des patriotes, héritiers de nos valeureux ancêtres ? D’éventuelles négociations vont sceller la partition du Mali. Les autres communautés n’accepteront plus  cette tricherie.

L’armée doit être le maître d’œuvre de tout futur accord. Elle doit prendre la tête de la Commission nationale de médiation. Les populations se sentiront mieux avec ce scenario, quelle que soit l’option à prendre. Nos autorités doivent arrêter la guerre à reculons (selon Jeune Afrique) et s’assumer pour le bonheur de ce pays.

Si négociation il y a, les points suivants sont  non-négociables : l’intégrité du territoire et la laïcité ; le désarmement total des rebelles, la remise de toutes les armes en possession (celles venues de la Libye et celle récupérées sur l’armée malienne) ; l’occupation totale du Nord par l’armée malienne par la construction de camps militaires dans tous les cercles des régions occupées ; la radiation de tous les rebelles déserteurs de l’armée malienne et de tous les fonctionnaires en abandon de poste ; l’inéligibilité pendant dix ans de tous les élus ayant pris part à la rébellion ; la non intégration de nouveaux rebelles dans l’armée et les forces de défense et de sécurité, l’égalité de tous devant la loi ; la poursuite judiciaire des auteurs de crimes contre l’armée et les populations ; la participation des représentants des populations du nord dans la commission de négociation. Ce sont là les conditionnalités qui permettront aux Maliens et Maliennes de se sentir bien dans leur peau.

Lanceni Balla KEITA

 
SOURCE:  du   26 nov 2012.    

7 Réactions à Le député Lancéni Balla Kéita à propos de la libération du Nord : «Pourquoi ces tâtonnements des autorités maliennes et de la communauté internationale?»

  1. konaté1

    Je vous donne raison Lanceni. Le PM ne doit jamais négocier:l’intégrité du territoire; la laïcité; le désarmement total des rebelles; la remise de toutes les armes en possession; l’occupation totale du Nord par l’armée malienne par la construction de camps militaires dans tous les cercles des régions occupées; la radiation de tous les rebelles déserteurs de l’armée malienne; tous les fonctionnaires en abandon de poste; l’inéligibilité pendant dix ans de tous les élus ayant pris part à la rébellion; l’égalité de tous devant la loi; la poursuite judiciaire des auteurs de crimes contre l’armée et les populations; la participation des représentants des populations du nord dans la commission de négociation.

  2. SOUSOU

    L’honorable KEITA se moque des Maliens. Il est parmi les acteurs qui ont amené notre pays dans ce gouffre.En tant que député, qu’est-ce qu’il entrepris pour empêcher ATT de faire ses conneries.Qu’il nous foute la paix.

    • konaté1

      Lanceni a parfaitement raison. Tu sais qu’à même que dans l’ assemblée c’est la majorité qui compte…

  3. Honorable, il n’y a qu’une seule solution: un VRAI COUP D »ETAT. Ce ne serait pas un CRIME, puisqu’il n’y a plus d’Etat depuis le 22 Mars.

  4. Broulayi

    Malien’w tè fougaridén’w yè waaa ! :mrgreen:

    Nous sommes dans notre pays… nous sommes 14,5 millions… quelques centaines d’étrangers viennent nous attaquer… :mrgreen: :mrgreen: et nous en sommes encore à nous demander par quel miracle nous allons régler ce problème.

    Et on ne trouve pas un seul homme qui enlève la chemise pour aller à leur rencontre… Au lieu de ça, nous perdons notre temps dans des prises de précautions… conférence nationale… convention nationale… réunion des chefs religieux… :mrgreen:

    ATT… notre général d’armée… a fui devant les balles des troufions… :mrgreen:

    Le jour où les apatrides avaient commis les crimes d’Aguel’Hoc, et attaqué notre pays, si ATT avait interpelé Dioncounda en lui disant « frère, je te cède le pouvoir… car mon rôle de militaire m’appelle au nord du Mali… j’y vais pour mourir… tous les jeunes maliens inexpérimentés dans la guerre l’auraient suivi… :(

    Depuis, il n’y a pas un seul homme politique à Bamako qui se révolte… qui fait le fou… Depuis, nous n’avons aucun militaire qui se révolte… tous sont au consensus de l’immobilisme… Le gouvernement ne communique pas… le président ne sait même pas ce qu’il fait là… le PM est dans ses frasques, dit-on… :(

    Même parmi les gars du Nord, il n’y a pas un seul fou pour se diriger vers le nord… tous sont à Bamako entrain de pleurnicher…

    Prrrrrrrrrrrrrrrrr ! :mrgreen: