Le Mali : Entre transitions et trahisons

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Aujourd’hui, il devient difficile de prendre la parole et de s’exprimer. On a comme l’impression qu’à l’image de la situation de désarroi social du pays lui-même, de mélancolie personnelle des uns et des autres, les mots sont devenus des pièges dont on a forcement souci de se méfier. Parfois, on peine à les trouver, ou au contraire ils se pressent nombreux dans la tête, envahissent la langue dans une confusion qui fait bégayer, et chatouillent la plume entre les doigts lorsqu’on cherche à les écrire.

Me Mohamed Ali BATHILY
Me Mohamed Ali BATHILY

C’est que sans cesse, notre vie et celle du pays lui-même, oscillent entre le cauchemar, l’abasourdissement et l’anéantissement. En un mot, l’on souffre. Le citoyen malien est devenu un « être souffrant ». Sa souffrance n’est pas uniquement définie par la douleur physique, ni même par la douleur mentale, mais comme le disait Paul Ricœur, « par la diminution voire la destruction de la capacité d’agir, du pouvoir-faire, ressenties comme une atteinte à l’intégrité du soi ».
Il y a, pour nous distraire de tout cela, l’insouciance de la classe politique qui s’apprête à prendre d’assaut le pouvoir et nos espoirs, avec sa « mitraille » qui va cracher des ‘’balles’’ à tuer chez les électeurs leur désir du changement. Ce sont les ‘’balles’’ de la corruption, de l’achat éhonté des votes ; les ‘’balles’’  de la fraude à travers la manipulation d’un fichier électoral permettant de faire voter par procuration des personnes déjà mortes, ou n’ayant qu’une existence tout simplement fictive.
Cette perspective, nous la connaissons déjà. Elle est à l’image de la situation affligeante qui nous a déjà valu de toucher le fond, et se heurte à notre détermination de proposer l’histoire, celle de demain après le conflit armé. Oui plus que de rêver, il faut construire l’histoire de notre pays demain, lors même qu’elle nous traverse et que notre corps en éprouve la férocité.
Il faut trouver, inventer et décider ce qui s’impose au plus prêt, pour échapper à ce destin funeste que des revenants mal inspirés s’acharnent à vouloir nous prescrire. Voudraient-ils nous souhaiter la patience et la résignation qu’ils ne s’y prendraient autrement. A leur souhait, il faut répondre par l’impatience et la révolte : l’impatience de les voir débarrasser le plancher, la révolte devant leur outrecuidance de briguer le pouvoir de nous gouverner à nouveau, eux qui ont tout trahi, tout saccagé, y compris nos vies, l’avenir de nos enfants, et notre sécurité commune.
Regardons un peu en direction de cette trahison plurielle et multiforme qui a signé le chao actuel du pays, et meurtri ses habitants, tant sur le plan physique que psychologique. On découvre alors qu’il s’agit d’une trahison permanente et jusqu’ici sans fin, notamment depuis le 26 mars 1991. Elle est continuelle et successive. Parfois comme aujourd’hui, elle va vite, si vite qu’on ne sait plus comment la caractériser. C’est alors qu’on a envie d’y réfléchir, car trop  de détails nous échappent, et c’est ce qu’il faut éviter.
Du 26 Mars 1991 à nos jours, en Mars 2013, notre pays aura connu deux transitions politiques qui sont toutes les deux des moments de haute trahison morale et politique des dirigeants. En effet, au Mali, la relation est très forte entre transition politique et trahison morale et politique des gouvernants. Elle imprègne la nature des pouvoirs transitionnels et affecte la qualité des politiques publiques menées et conduites par ces pouvoirs. Tant en 1991 qu’en 2012 et en 2013, les régimes de transition ont surtout fait preuve de frilosité lorsqu’il s’agit de créer et d’inventer les bases véritablement démocratiques de gestion de l’Etat, celles qui incarnent réellement le choix et l’attente des citoyennes et des citoyens du Mali.
La transition politique de 1991 dirigée par Amadou Toumani Touré, n’aura finalement été que le lieu d’un débat politique qui se réduisait à la préoccupation de mettre en place un « Etat démocratique » (qui a fini lui-même par provoquer les glissements de terrain qui viennent de l’emporter) et la « demande de justice et de liberté » des citoyens (qui est restée une utopie). La demande de justice, faut-il le rappeler, passe impérativement par la lutte contre l’impunité et la corruption généralisées, ce que personne n’a voulu réellement entreprendre depuis 1991, faisant ainsi de cette préoccupation, une orpheline de nos politiques publiques de gestion économique et sociale.
Quant à la transition actuelle, il semble qu’elle soit plus chétive que la précédente, vu qu’elle est sous perfusion étrangère à cause de l’intervention de la Cedeao, de l’Union Africaine et de l’Onu, à cause aussi de la présence de troupes militaires étrangères venues au secours de notre pays pour conjurer la menace du terrorisme. C’est le lieu ici de se féliciter de cette solidarité internationale, de saluer la mémoire de tous les soldats étrangers et nationaux morts pour le Mali, et de soutenir les efforts de tous les soldats qui continuent de se battre pour notre cause.
La transition politique actuelle est aussi une transition aphone, vu notamment qu’elle n’a aucun projet de société et s’interdit d’en avoir.
Elle se contente du minimum, l’organisation des élections qui lui permettront si on n’y prend garde, de nous livrer à des lendemains incertains, car elle aura été incapable d’écarter de ces consultations, les hommes et les femmes qui ont conduit le pays dans l’abîme, là où il est aujourd’hui.
En 1991, pour les vainqueurs de l’époque, il était tout simplement impensable de permettre au général Moussa Traoré et à l’Udpm de se présenter aux élections présidentielles de 1992. Pour ces gens-là, il allait sans dire qu’il fallait les écarter de ces consultations, alors même qu’ils n’avaient pas été encore jugés et disposaient pour cette raison de tous leurs droits civiques et civils.
Pourtant aujourd’hui, il apparaît clairement qu’en 1991, le tort causé à l’Etat, la situation de trouble social, économique et politique était moins grave et de moindre envergure, que celle que nous vivons en ces moments-ci, de 2012 à 2013. Alors, pourquoi aujourd’hui où cette situation est plus compromise que celle de 1991, on laisse ceux-là qui en sont les auteurs, venir polluer par leur présence le processus des élections présidentielles et législatives?
Leur place est devant les tribunaux où hier il n’y a pas si longtemps encore, ils ont conduit sans hésiter le général Moussa Traoré et l’Udpm. Notamment, ils doivent comparaitre pour y répondre de la souffrance qu’ils ont infligée au peuple malien, en le saignant de toutes ses ressources économiques, financières et morales. La justice sociale et politique ainsi que l’équité le commandent instamment. Oui, ils doivent rendre compte devant la justice, ils doivent s’expliquer, et nous expliquer.
Le professeur Dioncounda Traoré, actuel président de la république par intérim, a eu l’honnêteté de dire, que pour éviter d’être interpellés tous les jours par la Sécurité d’Etat, lui et son parti, l’Adema, avaient soutenu Amadou Toumani Touré, le premier et unique président malien ayant fui honteusement son pays après l’avoir conduit vers sa ruine totale. Ces propos qui lui ont été prêtés par les journaux de la place, n’ont jamais été démentis. Aujourd’hui, il sait sûrement qu’il n’y avait nulle raison de s’inquiéter, ATT et les siens ayant fait mieux qu’eux dans le pillage des fonds publics, la corruption et les trafics de tous genres.
Alpha Oumar Konaré et ses rejetons, Amadou Toumani Touré et les siens, offrent ensemble dans la typologie criminelle, des portraits plus affirmés que ceux qu’ils ont prêtés au général Moussa Traoré et aux siens. Il ne conviendrait pas, surtout, pour essayer de démentir cela, de chercher à nous entrainer dans une comptabilité morbide sur le nombre de personnes ayant perdu la vie lors des événements de 1991!
En 2012 et en 2013, il y a eu aussi des morts, beaucoup plus de morts qu’en 1991, des morts tués par les balles des terroristes, des morts de nos militaires envoyés au front sans équipements, quand celui qui aurait vendu aux piroguiers de Markala les moteurs de nos chars, et leurs carcasses aux ferrailleurs, a semble-t-il, été promu général. Oh ! Est-ce là, l’une des voies pour bénéficier d’une promotion et monter en grade, dans notre armée transformée en patrimoines personnels des militaires, dont presque seuls les enfants ont un droit de préférence, quant il s’agit du recrutement en son sein ? Est-ce vraiment comme ça que certains auraient-ils gagné leurs galons, qui pourtant traînent les pieds pour aller au front ?
Des morts, il y en a eu aussi parmi les déplacés et les refugiés, qui doivent leur décès aux conditions dans lesquelles ils ont dû partir de chez eux, ou dans lesquelles ils ont été accueillis ailleurs, tant ici au Mali, qu’à l’étranger. Et ceux des pays amis, Tchadiens et Français, des soldats venus livrer leur vie pour la sauvegarde de la notre, des martyrs de la lutte pour la  liberté au nom de la solidarité internationale.
Tous ces morts là, ceux de 1991, de 2012 et 2013, doivent leur décès à la manière dont le Mali notre pays, a été trahi, mal géré et mal gouverné par des personnes, chefs  d’Etat et ministres, fonctionnaires civils et militaires, assoiffés de pouvoir pour le pouvoir, pour l’argent mal acquis et l’enrichissement facile. Ce sont tous nos martyrs, et on ne peut que leur reconnaitre ce « titre de noblesse achevée » qu’ils ont acquis au prix de leur vie.
Dès lors, il faut convenir que ne pas juger les responsables politiques qui les ont conduits à ce sacrifice, c’est d’une certaine manière, ne pas leur reconnaitre cette qualité de martyr. Ces responsables là, ce n’est pas du seul côté des islamistes et du Mnla qu’il faut les chercher, il s’agit sûrement aussi de ceux qui ont conduit depuis 20 ans les politiques publiques de vol et de corruption, à la place des politiques de développement économique et social.
Ce serait trop facile d’accuser seulement les islamistes et le Mnla, ce serait tout simplement injuste. Leur responsabilité parait moins importante que celle de ces démocrates kleptomanes, voleurs et pilleurs devant Dieu l’eternel et devant les hommes, qui ont offert aux terroristes toutes les conditions leur ayant permis de faire sur notre pays, «une offre publique d’achat», selon les termes utilisés par Alpha Oumar Konaré en 2002, lors de son débat avec monsieur Tiéoulé Mamadou Konaté
A toi  Alpha Oumar Konaré, à toi Amadou Toumani Touré, irréversiblement à vous dans l’histoire du Mali, la souillure d’avoir saccagé notre pays et nos vies, nos espoirs et nos attentes, à vous et à vos ministres, fonctionnaires civils et militaires, écornifleurs et écornifleuses de toujours et de toutes sortes, le déshonneur et la déchéance totale dans nos cœurs et nos esprits. Vous êtes les adeptes d’une démocratie où la justice n’a pas de place, excepté pour sévir contre les plus démunis, les plus faibles et les sans voix.
On se demande encore, comment depuis le 17 Janvier 2012 à ce jour en 2013, l’Assemblée Nationale avec sa majorité Adema, et au début sous la présidence du professeur Dioncounda Traoré aujourd’hui président de la république par intérim, n’a pas convoqué ne ce serait ce qu’une seule session parlementaire, pour débattre des responsabilités à rechercher sur ce qui s’est passé dans le nord, sur la guerre et l’occupation de cette partie  de notre pays. Une telle attitude procède et relève de la complicité de ce crime de haute trahison dont notre peuple est aujourd’hui la victime.
A cet égard, il est vain que monsieur Younoussi Touré, l’actuel président de l’Assemblée Nationale, nous apprenne aujourd’hui qu’il s’est personnellement préoccupé auprès de ATT, de savoir si le budget de la défense servait effectivement à équiper nos armées. En tant que député, il devait savoir que sa démarche pour être crédible, devait être institutionnelle et formelle. Pourquoi n’a-t-il pas encore aujourd’hui, en sa qualité de président de l’Assemblée Nationale et conformément aux prérogatives que la Constitution reconnaît en la matière au parlement, engagé contre Amadou Toumani Toure les enquêtes et les poursuites judiciaires?
Pour le moment, ayant dit ce qu’il a déclaré, on ne comprend pas qu’il soit demeuré dans le sillage de l’impunité consentie à ce dernier et à son gouvernement, à l’instar de ce qui s’est passé quand Dioncounda Traoré dirigeait encore l’institution parlementaire, avant qu’il ne soit investi président de la république par intérim. C’est parce que Amadou Toumani Touré n’a fait l’objet d’aucune poursuite que, sous couvert du retour à une vie constitutionnelle normale, la Cedeao a pu l’amener à démissionner et à partir du Mali en cloche de bois.
IL n’était pas encore loin, le cas ivoirien où Laurent Gbagbo était déchu de ses fonctions de président de la république, poursuivi et emprisonné. S’il en avait été ainsi pour Amadou Toumani Touré, Alassane Dramane Ouattara, l’actuel président de la république de Côte d’Ivoire, à l’époque président en exercice de la Cedeao, aurait eu beaucoup de mal à demander au Mali de le libérer, notamment quant lui-même détenait dans ses prisons son prédécesseur, Laurent Gbagbo et son gouvernement. En un mot, ATT est parti parce que les députes ont trahi leur pays, parce qu’ils sont les complices d’une politique ayant abouti à tant d’épreuves malheureuses mais qu’ils ont toujours soutenues, parce qu’ils ne pouvaient pas et ne voulaient pas dénoncer un homme dont les méfaits ne leur étaient pas étrangers, pour y avoir pris part pour certains d’entre eux.
Peut-on construire l’avenir sur des bases saines avec ces hommes et ces femmes là ? La mosaïque actuelle des figures politiques prétendant « au trône » du président de la république n’incite pas toujours à l’optimisme. Sauf par exception, elle est plutôt déprimante en référence à plusieurs de ces figures.
Quel espoir Modibo Sidibé promet-il à ce pays quand avant le départ forcé de l’un de ses mentors, Amadou Toumani Touré dont il a pleinement exécuté la politique, il cherchait encore à nous convaincre que sa candidature incarnait « la synthèse » des politiques conduites par ce dernier et  par « le très silencieux » Alpha Oumar Konaré, qui ne finit pas de donner sa langue au chat ? On se doute bien qu’il soit le seul à pouvoir faire avec brio cette synthèse là, et c’est de sa part fort honnête de nous l’apprendre. Bravo donc à lui pour sa « synthèse entre le pire et le pire », puisqu’il ambitionne de devenir lui-même, par ce moyen, le «mal absolu» en matière de gouvernance.
Il est sûr que les événements ayant condamné dans l’œuf son projet, Modibo Sidibé ne tardera pas à se trouver une autre raison de nous convaincre qu’il doit  gouverner ce pays. En attendant, qu’il veuille bien avec Alpha Oumar Konaré, nous expliquer comment par le biais de la dépénalisation (c’est-à-dire le fait de supprimer la sanction et la peine prévue par la loi), la politique des gouvernements auxquels il n’a jamais cessé d’appartenir, a permis la légalisation de l’homosexualité dans notre pays ! C’est pourquoi l’hebdomadaire « Jeune Afrique» a cité le Mali parmi les pays africains ayant légalisé l’homosexualité, notamment dans sa parution : 53ème année, n° 2715 du 20 au 26 janvier 2013, page 50.
Mais quelque soit le nouveau projet qu’il sortira de son chapeau, on doit s’en méfier. On dit que l’homme ne doute jamais de lui. Il semble même qu’il soit « le meilleur de sa génération », peut être le meilleur trompeur aussi, tant il a pris part à toutes les politiques qui se sont soldées par l’effritement de l’Etat et l’humiliation des maliens. Ce label là de « meilleur de sa génération », il fallait le trouver ; il lui colle parfaitement bien, lui et tous ceux qui s’agitent autour de sa candidature, de son projet dont la lettre cachée n’est rien d’autre que son propre accès au pouvoir suprême, celui de son réseau depuis longtemps autorisé à piller l’Etat et à le spolier de ses fonds.
Malheureusement, il n’est pas le seul à avoir agi ainsi ; bien d’autres candidates et candidats à la candidature de leurs partis respectifs, ont fait pareil. Par exemple, il siérait d’encourager le parti de l’abeille ou de la ruche, celui qui aligne 20 candidats dans ces primaires, de ne point nous cacher les 20 autres qui, avec Alpha Oumar Konaré, constituent sa galerie de « Ali Baba et les 40 voleurs ». Tous, ils ont convenu d’affaisser l’autorité de l’Etat et de décomposer nos valeurs sociales qu’ils ont proprement perverties pour l’essentiel, et anéanti par finir, uniquement dans le dessein d’être élu président de la république afin de voler en toute sécurité.
A ces gens là, n’allez surtout pas dire un jour, de produire des idées, d’élaborer un projet de société, un idéal autour duquel ce projet s’articulerait, de définir des programmes de développement social, culturel et économique. Ils en sont incapables. Mais si jamais ils trouvaient des « experts » pour leur recopier le premier document de ce genre qui leur tomberait sous la main, fait par quelqu’un d’autre, il y a à parier que même les idées qu’ils y trouveront ne seront jamais appliquées, quelque soit par ailleurs leur pertinence.
Tout ce qu’ils savent faire, c’est de provoquer l’affaissement de l’Etat, et voire la perte de sa souveraineté, la dissolution interne de son autorité et sa dévastation externe par des conflits sans fin, pour ensuite prétendre en être la solution. Pour la plupart, les figures centrales de ces écuries de course présidentielle, les candidats en position de départ, répètent sans relâche les idées que leurs partis respectifs sont allés emprunter ailleurs, des idées qu’ils expriment sans en être convaincus.
Maintenant plus que jamais, ils sont pressés que sonne l’heure des élections présidentielles et législatives, qui pour eux signifie que sera tournée la page de tous les forfaits dont ils se sont rendus coupables. Ce moment là, ils le définissent comme étant celui de la réconciliation qui pour eux, ne passe pas par la recherche de la vérité historique, mais par l’oubli et finalement l’impunité.
Ils feignent d’ignorer que pour repérer et récupérer le sens qu’il convient de donner à l’Etat de droit, il faudra nécessairement expliquer ce qui s’est passé. Le pays doit tout savoir, pour se prémunir contre tout risque de reproduction des actes qui ont causé son malheur et l’humiliation de ses enfants. Dans le même élan, il doit examiner la question cruciale et difficile du « comment déterminer les responsabilités » de ceux qui ont posé ces actes sous couvert de L’Etat.
Ceux là mêmes qui ont pillé l’Etat, confisqué à leur seul profit sa souveraineté et ses ressources, ces dirigeants malsains frappés du sceau de notre malédiction, ont toujours pignon dans les rouages et les institutions de l’Etat.
Ils se pavanent en toute impunité. Que doit-ont faire avec eux, peut-on encore leur permettre de solliciter la confiance de notre peuple si l’on ne rétablit pas la vérité sur la gestion du pays, la dignité et l’honneur perdu de ses enfants, si enfin l’on ne traduit pas en justice ceux qui ont perpétré ces crimes contre notre pays et notre peuple entier ?
On ne peut faire comme si rien ne s’est passé, et se contenter de dire seulement « Allons de l’avant ». Oui, parce qu’il est important de croire que la vérité est nécessaire, il faut certes se garder de nourrir la rancune et le désir de vengeance. Il faut avancer sur la base de notre échec assumé, trop d’actes non assumés de manière sereine et responsable, finissent par provoquer des histoires et des fractures. Lorsque trop d’histoires douloureuses encombrent le présent, l’avenir s’annonce difficile. Il faut faire attention à ce que l’amnésie ne fonctionne comme une bombe à fragmentation, et malheureusement, ce risque n’est pas à écarter.
Avec les responsables des malheurs de notre pays, les grands capitaines de l’industrie du vol, de la corruption, des atteintes aux biens et aux fonds publics, du trafic de drogues et de cigarettes, du trafic d’armes, des malversations de tous genres, je suis d’accord avec tous ceux-ci pour dire que : Il faudra bien un jour, tourner la page, oui, mais seulement quant on l’aura complètement écrite et lue. On ne tourne pas une page blanche.
La recherche de la vérité ne nous fera pas mal, elle nous guérira au contraire, de toutes les maladies que nous on infligées tant de mensonges des hommes politiques, ces « Albatros » drapés dans des habits de deuil, devenus pour notre pays de véritables « Corbeaux de malheur ». Le temps de la vérité a sonné, c’est celui de la parole pour exorciser nos peurs et nos frustrations, nos angoisses et nos lâchetés, pour nous réhabiliter, pour renouer avec notre conscience, nos responsabilités historiques et actuelles, collectives et individuelles.
Pour être apaisé, ce pays doit nécessairement dresser les actes de reconnaissance et d’identification des problèmes, des douleurs et des revendications que nous ne cessons d’exprimer. Par exemple, il faut rappeler qu’il ya une complaisance coupable, à vouloir offrir une tribune à un certain Jeamille  Bittar, pour soit disant réfléchir à des solutions de sortie de crise pour notre pays. De qui se moque-t-on, franchement ?
Il est presque  indécent de laisser de tels personnages faire encore leurs numéros funestes sur le petit écran. Il suffit de rappeler que lui et ceux qui lui ressemblent, ont parrainé il n’ya pas encore si longtemps, la confection et la remise, d’une « médaille  de reconnaissance » au malpropre et tristement célèbre Amadou Toumani Touré, pour le « mérite exceptionnel que constitue son travail à la tête de l’Etat », son travail de voleur et de traitre accomplis, de menteur sans vergogne. Qui dit mieux que ce coquin de Jeamille  Bittar et ses copains ?
Il faut totalement manquer de respect aux citoyennes et aux citoyens de ce pays pour les livrer aux discours puant le revirement de ce monsieur «Bittar sans gène», un de ceux qui croient qu’il suffit de changer de plumage pour que le sinistre Corbeau du « chant des partisans », devienne l’Albatros majestueux de Baudelaire. Le premier n’aura jamais l’envergure royale du second. Bon Dieu, Qu’est ce que l’inconscience du bonhomme frise le mépris de ce peuple et le peu de considération qu’il lui témoigne !
Vivement que le procureur général de la Cour d’Appel, les procureurs de la république sous son autorité, cherchent un peu dans la direction de la gestion qui a été faite des ‘’fonds trie’’ ‘mis à la disposition de la Chambre de Commerce et d’Industrie sous ATT, pour que cesse la recréation et cette farandole complètement amorale de ces hommes  qui manquent de tout  scrupule.
Soumaila Cissé, s’adressant au Parlement Européen, notamment en mars 2013, a eu raison de proposer à tous les Maliens, « l’acceptation de la traduction devant la justice nationale et /ou internationale des personnes (de tous bords) sur lesquelles pèsent de sérieuses présomptions de crime à l’occasion du conflit ». Il a cependant tort de limiter cette proposition à ces seuls crimes commis dans le cadre restreint de la guerre au nord du pays, car comme cela ne doit pas lui échapper, d’autres crimes contre l’Etat ont été commis, des crimes qui structurent ce qu’il est pudiquement désormais convenu d’appeler « la mauvaise gouvernance », et qu’il faudrait nécessairement punir aussi.
En évoquant les « dysfonctionnements longtemps critiqués de notre processus électoral », monsieur Soumaila Cissé ne croit pas si bien renvoyer aux élections législatives et présidentielles de 1997 et de 2002, alors que lui-même était aux affaires, et aux élections de 2007. Quant à la « défiance des citoyens vis-à-vis de leurs dirigeants et même de la chose publique » qu’il n’a pas manqué de souligner, elle est réelle et demeure intacte. Est-ce dès lors les mêmes dirigeants dont les citoyens se défient qu’il faut rappeler, selon ses propres termes, « pour installer le Mali dans un cercle vertueux »?
Ici, la grandeur attendue des dirigeants aptes à procéder à cette installation, passe par leur humilité. Ils doivent inéluctablement témoigner de cette qualité là et accepter que le peuple puisse les remplacer. Ils devraient s’effacer d’eux-mêmes, sans qu’il soit besoin de le leur demander, sans qu’on soit obligé de le faire. C’est aussi là l’une des conditions de la réconciliation qu’il prône et que nous souhaitons tous, parce que c’est là une vérité qui rime bien avec sa proposition de créer des « Comités Vérité et Réconciliation », comme en Afrique du Sud.
Il n’y a là de ma part qu’une volonté de contribuer à ses réflexions et de lui témoigner ce faisant, tout l’intérêt que je leur porte. Je serais heureux qu’il le comprenne ainsi. Assurément monsieur Soumaila Cissé, selon vos propres mots, « la refondation d’un Etat malien républicain et laïc, dans la restauration de la nation sur le socle de la justice et de la démocratie », en vue de parvenir à l’objectif « de vivre et de construire ensemble », doit nous motiver tous pour entreprendre la « réconciliation » et parvenir « au pardon sincère  non pas par l’effacement du passé, mais par son dépassement ».
Aussi, ne croyez-vous pas que ce dépassement que vous préconisez, exige certainement des dirigeants objet de la « défiance des citoyens », de commencer par dépasser leurs propres projets de nous gouverner à nouveau, et de renoncer ainsi à leurs ambitions dans ce domaine, pour donner plus de chance à la réconciliation, à la « restauration de la nation sur le socle de la justice et de la démocratie ». ? Qu’est-ce qu’ils sont remarquables ces propos de monsieur Soumaila Cissé ! On voit bien que l’homme n’a pas peur de mots, on le voit bien.
Mais que pense-t-il de cette remarque que je voudrais proposer à la sagacité de ses réflexions, à savoir que par deux fois, la trahison des dirigeants politiques a conduit notre pays à vivre une transition politique ? Lors de la première fois, on est parti de la transition à la trahison. Aujourd’hui, n’est-on pas en droit de craindre que la deuxième transition ne conduise à une nouvelle trahison des dirigeants ? Il faut veiller à ce qu’il en soit autrement cette fois-ci, et que la transition actuelle n’accouche elle aussi de sa trahison en permettant le retour au pouvoir des corbeaux, ces oiseaux de malheur qui planent encore par-dessus nos têtes.
A défaut, ce serait la fin des haricots. Cependant, puisse de cela Dieu le tout puissant nous préserver, comme il a si merveilleusement, su préserver l’Afrique du Sud du retour sur la scène politique, de Frédéric De klerc et autre Peter Botha, les dirigeants de L’apartheid qui, pour sauver leur peuple, ont eu aujourd’hui la sagesse et la grandeur de s’effacer. Amen.
Nos dirigeants responsables de la gestion crapuleuse de notre pays et du désastre dans lequel il se débat actuellement, responsables de la honte dont nous sommes couverts, ces dirigeants-là feront-ils moins que les bourreaux de L’apartheid ?
Par  Me Mohamed Ali BATHILY

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5 COMMENTAIRES

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  2. Le témoignage même de l’ingratitude et de la méchanceté gratuite qui nous caractérisent malheureusement et surtout les pseudo-intellectuels de votre acabit qui ont été toujours à l’affût. Le savez-vous, au Mali nous nous connaissons,Me, et nous pensons que l’heure n’est pas à vos déballages sordides qui n’engagent que vous, vous qui oubliez si vite votre part de responsabilté, car de ce qui nous arrive, il faut avoir l’honnêteté de parler de responsabilité collective et de tourner cette page. Avez-vous lu Confucius, Me? Que nous dit-il: “Ne blâmez pas l’homme”, “la qualité fondamentale de ceux qui ont de hautes aspirations et des ambitions élevées est la réserve intérieure”. Allez lire un peu de ce géant de la Chine pour être humble et “junzi”, c’est-à-dire, un homme honorable.

  3. Merci pour cette bonne analyse. Faite plus d’articles pour le réveil des consciences. Que DIEU vous donne une longue vie et une santé de fer

  4. Bravo,cousin,tous devraient répondre de leurs forfaitures avant de songer à s’accaparer du pouvoir(députés,ministres,DAF,élus locaux,chef de projets etc….)
    Si jamais nous loupons cette occasion de refaire notre pays,ce serait avec une révolution inéluctable et violente que le MALI sera refait.
    Refait par la justice,par la bonne gouvernance;l’égalité de tous par le mérite.

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