Le vent de la rupture : La révolte est une manifestation de la crise

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Le développement, la paix et la stabilité ont besoin d’Etats légitimes et efficaces, capables d’assumer des responsabilités importantes au plan national et international et de fournir à leur population des biens et des services indispensables, notamment la sécurité. Tous les régimes, quels qu’ils soient, sont mis à mal à des degrés différents lorsque les performances économiques du pays sont médiocres.

ne crise est définie comme un événement social ou personnel qui se caractérise par un paroxysme de souffrances, de contradictions ou d’incertitudes pouvant produire des explosions de violence ou de révolte. La crise est une rupture d’équilibre.

Attention, attention au vent du Maghreb que nous nommons, tous les hommes politiques doivent  l’intégrer dans leur analyse situationnelle comme facteur extérieur pour faire face aux différents mouvements sociaux qui s’intensifient de jour en jour.

Ce nouveau vent de changement passera probablement par d’autres pays africains.

Les révoltes en Tunisie, en Égypte et en Lybie, comme celles qui continuent dans d’autres pays de la région, annoncent un changement systémique dans les relations internationales.

Je ne ferai pas de pronostics, parce que l’avenir n’est pas prévisible. La question est plus complexe. Il s’agit de comprendre les lignes de force, les relations de pouvoir, les points forts et les faiblesses des relations internationales comprises comme système.

La révolution du jasmin en Tunisie, les révoltes de la place Tahrir au Caire qui ont entraîné la chute de Moubarak, les mouvements sociaux en Algérie, au Yémen, au Bahreïn et les journées de la colère en Libye n’étaient pas prévisibles.

L’intensité et la contagion de ces mouvements ont surpris même les observateurs les plus avertis. Nous sommes tous convaincus aujourd’hui de l’effet destructeur des mouvements sociaux sur les régimes. Face à ces mouvements populaires, les pouvoirs s’effondrent, et ceux qui pensaient que l’Afrique subsaharienne, ou encore les monarchies pétrolières n’étaient pas concernées, sont démentis par l’actualité.

L’ampleur de ces mouvements est sans précédent. Ces différentes révoltes et révolutions sont survenues dans un contexte de flambée des prix des denrées alimentaires et de croissance économique génératrice de fortes inégalités et frustrations.

Les points communs à ces révolutions sont, sans nul doute, le chômage et le rôle des téléphones portables, d’internet et des medias qui favorisent nettement la contagion de l’information.

L’Egypte est au 107eme  rang mondial du chômage, le Maroc au 109eme rang, l’Algérie au 110eme  et la Tunisie au 140eme rang mondial. Au-delà de ces chiffres, les situations diffèrent évidemment selon le niveau de formation et l’importance du chômage des diplômés.

Nul ne peut savoir vers où ira ce vent de rupture.

Il importe surtout de rappeler le caractère imprévisible des mouvements de masse et l’incertitude dans laquelle se trouvent les "spécialistes" dont il est souvent préférable d’oublier rapidement les prévisions.

Nous avons, ici, au Mali et autour de nous, presque les mêmes raisons qui ont favorisé cette turbulence dans les pays arabes.

Le chômage est devenu endémique au Mali et touche de plus en plus des diplômés sans perspectives et branchés sur les informations mondiales.

Le Mali est au 176eme rang mondial avec un taux de chômage de 30%.

De nombreux "Maliens" de l’intérieur et de l’extérieur ont retourné leur veste. Ceux qui voyaient dans notre démocratie un moyen de lutte contre la vie chère, la corruption et contre le chaos dénoncent aujourd’hui les pratiques menées.

C’est vrai, le Mali est dans un contexte de démocratie ce qui attenue ou qui  pourra atténuer probablement les  manifestations des mouvements sociaux.

Cependant, mêmes les grandes puissances occidentales sont prises dans un dilemme. Comment prendre en compte ce vent qui souffle avec force sans que les alliances stratégiques ne soient remises en cause ou que les situations ne deviennent incontrôlables. Soyez sûrs, c’est le vent de la rupture.

De nombreux pays voisins y rassemblent les conditions d’une explosion sociale majeure, similaire à celles qui ont secoué les pays arabes d’Afrique du Nord. De sorte qu’une certaine frilosité s’est emparée de quelques gouvernements qui ont multiplié des mesures contre la cherté de la vie, principal ferment des soulèvements.

Une sortie de crise est-elle possible ?

La politique menée par la plupart des gouvernements est, aujourd’hui, susceptible de plonger leur pays à plus ou moins brève échéance dans la dépression.

Sans aucun doute. Il faut d’abord cesser d’accuser les ennemis extérieurs ou intérieurs d’être responsables de la crise.

La crise actuelle est une crise dont les racines se trouvent à l’interne même, dans les modalités de l’accumulation et de la répartition des richesses.

Quel devrait être l’objet des luttes syndicales et des politiques contre les effets et les causes de la crise ?

Il faut d’abord se battre pour défendre les droits acquis, y compris au niveau salarial. Il faut lutter contre la détérioration du pouvoir d’achat des travailleurs.  Il faut, d’autre part, lutter pour la mise en œuvre d’une politique économique progressiste permettant ce que certains appellent une "sortie sociale" de la crise. Cela signifie, par exemple, une augmentation des dépenses sociales, une véritable politique d’emploi, un programme de protection contre les fermetures d’usines, une redistribution des revenus en faveur des plus défavorisés, un contrôle de l’exploitation des ressources naturelles.

La crise est une crise sociale. C’est pourquoi, la solution favorable aux intérêts populaires ne peut être en dernier ressort que politique, et doit donc passer par l’action politique.

 

Par Dr Aly dit Agali Wélé

*Médecin, gestionnaire hospitalier

 

 

 

 

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