Le viol, un crime à multiples dimensions

10 réactions [-] Texte [+] Email Imprimer

Le viol est une infraction grave prévue et sanctionnée par le Code pénal du Mali à l’article 226. Cependant, ce crime est de plus en plus banalisé. La criminologie du viol montre que cette infraction, loin d’être marginale au sein de la criminalité au Mali, prend de l’ampleur d’année en année. Ainsi, chaque année des dizaines, voire des centaines de filles et de femmes sont violées souvent, sans aucune conséquence pour le délinquant.

Dr Bréhima Kansaye

Quant aux victimes, dans la plus part des cas, elles préfèrent vivre avec cette lourde souffrance et ce traumatisme insupportable causé par le viol, que de se retrouver dans une procédure qui peut se révéler longue et elle-même traumatisante. Aussi, elles choisissent cette souffrance intime et atroce plutôt que de révéler leur victimisation et d’affronter le regard souvent accusateur de leur entourage.

La femme ou la fille victime de viol est très généralement rongée par un double sentiment : d’une part, elle souffre d’un sentiment de culpabilité, au point de se reprocher son propre viol et d’autre part d’un sentiment d’injustice et de colère contre non seulement la victime qu’elle représente, mais aussi contre la société qui ne la protège pas assez.

La femme ou la fille violée subit un choc psychologique, une humiliation, elle est souvent sujette à de l’anxiété, à la dépression pouvant la conduire dans certains cas, à des idées suicidaires. En plus des nombreuses et atroces conséquences physiques (blessures physique et/ou morale suite aux violences), la victime de viol court des risques de grossesse, d’infections sexuellement transmissibles, de VIH/SIDA. Ces risques accentuent tout naturellement l’anxiété et la dépression de la femme victimisée.

Depuis la Seconde Guerre mondiale, le viol ne se cantonne plus au rang de simple crime, de cas isolé, il est utilisé comme une redoutable arme de guerre. Dans presque tous les conflits armés de notre temps, on constate aisément une multiplication et une banalisation des viols systématiques commis sur les femmes et les filles de la partie adverse (vaincue ou plus faible). Il est devenu un moyen d’humiliation et d’affirmation de la domination militaire. L’actualité malienne en est une triste et dramatique illustration (régions occupées du Nord-Mali par les rebelles et autres djihadistes et terroristes).

Le viol est aussi un problème de société qui heurte la morale sociale et crée un sentiment de révolte chez les peuples qui voient par sa multiplication, l’incapacité notoire des dirigeants à garantir la sécurité des personnes (les récentes manifestations populaires dans les grandes villes en Inde en sont un exemple édifiant).

Il est à noter que des études récentes en criminologie montrent clairement qu’une grande proportion des viols sont commis par des connaissances des victimes qui sont soit des parents proches, des voisins, soit des copains, des camarades de classe, des collègues. Les enquêtes victimologiques menées dans des pays comme la France montrent que les viols commis par des personnes connues par la victime sont de loin plus nombreux que ceux commis par des étrangers.

Plusieurs raisons expliquent la non-révélation ou la révélation tardive du crime de viol : peur des représailles de la part du délinquant violeur, peur d’être indexé et rejeté par son entourage, substitution de la judiciarisation par une transaction autour du comportement criminel par l’implication des parents, des voisins, des notabilités, etc.

Il est aussi à noter que pour beaucoup de gens, y compris ceux qui sont chargés de la répression des infractions, le viol commis par des connaissances ne constitue pas un « véritable  viol ». Le « vrai viol » étant conçu comme celui qui est commis par des étrangers en faisant usage de la violence ou sous différents types de menaces violentes ou pas. Ceci explique le traitement différentiel des deux formes de viols par la population et les autorités de répression.

Le viol commis par des connaissances produit les mêmes effets traumatisants pour la victime que celui commis par un étranger. Les conséquences d’un viol sont nombreuses, elles sont immédiates et/ou à long terme : Abandon de l’activité au cours de laquelle le viol a eu lieu ou du contexte social dans lequel il s’est produit (incapacité temporaire ou permanente de travail), le sentiment de culpabilité, les difficultés relationnelles, empêchant la femme à reconstruire une vie sexuelle normale ou au contraire le basculement dans la prostitution comme un mode de défense, le divorce ou le rejet par l’époux et la belle famille de la femme mariée victime de viol.

Aujourd’hui on peut constater aisément la multiplication des viols collectifs ou en réunion en milieu urbain, notamment chez les adolescents et les jeunes de moins de 30 ans. Les causes à cela sont très nombreuses : sentiment d’impunité, sexualité précoce, célibat long, occasion d’isolement avec la victime, naïveté de la victime, comportement de la victime perçu comme une provocation, etc.…

Face à ce crime abominable, l’attitude de la population se caractérise en général par une ambigüité. D’une part, il y a une forte conscience de la nature répréhensible  et amorale de l’acte, d’autre part il y a chez certains, la croyance forte que les filles ou les femmes qui sont violées sont faciles ou ont adopté des attitudes qui ont déterminé leur victimisation. Cette dernière attitude est bien perceptible dans les cas de viols commis par des connaissances où il n’est pas rare d’entendre dire « elle savait où elle allait ». On admet difficilement qu’une fille où une femme parle de sa victimisation, du viol qu’elle a subi.

Tout naturellement, ces attitudes ne favorisent pas la révélation par la victime de sa victimisation ou la dénonciation de ce crime par ceux qui en ont connaissance. Elles rendent impossible la prise en charge juridique, médicale et socio psychologique des victimes.

La littérature criminologique propose de larges mesures de prise en charge des violeurs, mais elle est peu riche pour ce qui concerne les victimes. Ce sont les mouvements féministes des années 80 et 90,  l’essor d’associations, de collectifs de lutte contre les viols et autres violences faites aux femmes et filles qui permirent, dans les pays développés, d’apporter un éclairage effrayant sur ce crime.

Dans les pays où les questions relatives à la sexualité constituent toujours un tabou, le mouvement pour la promotion d’associations et de collectifs de lutte contre le viol demeure timide. Néanmoins, quelques centres et associations de prise en charge de ce thème sont en train de se mettre en place.

Quelques conseils pratiques aux femmes:

  • Les filles doivent éviter de s’isoler avec des hommes qu’elles ne connaissent pas assez bien ;
  • Elles doivent éviter d’envoyer des messages ambigus (oui, mais non) aux hommes avec lesquels elles se trouvent en compagnie (copains, camarades, dans le grin etc.) ;
  • Les adolescentes doivent se faire accompagner dans les rendez-vous ;
  • Elles doivent parler de leurs nouvelles relations aux copines et d’autres personnes auxquelles elles font confiance, à défaut de pouvoir les présenter à celles-ci ;
  • Elles doivent éviter de se retrouver avec un homme ou des hommes à un endroit où aucun secours ne peut les atteindre (notamment nuitamment dans des endroits peu fréquentés) ;
  • Elles doivent éviter de consommer des boissons dont elles ignorent l’origine (thé, boissons rafraichissantes déjà ouvertes et les avoir à portée de vue) ;
  • Elles doivent éviter de s’endormir à des endroits inopinés  où elles sont susceptibles d’être surprises ;
  • Elles doivent rester catégoriques et dire très clairement non aux hommes quand c’est non ;
  • Quand elles sentent qu’une agression sexuelle est imminente, elles doivent user de la ruse en donnant par exemple l’impression d’être consentante et profiter du moindre moment d’inattention ou de quelques faiblesses du violeur pour se sauver, appeler à l’aide ou se défendre par tout moyen : en mordant ou en griffant ;
  • En cas d’agression de viol, il est conseillé de faire beaucoup de bruits, ne pas hésiter d’opposer une résistance par tous les moyens y compris ceux susceptibles de rendre inconscient l’agresseur ;
  • Quand le viol a été inévitable, les victimes doivent immédiatement s’adresser à la police qui créera les conditions de constatation de l’infraction ;
  • Le violeur compte sur l’effet psychologique de la violence qu’il fait subir à ses victimes ou sur des menaces de représailles, pour se soustraire des griffes  de la justice. Alors, quand il est dénoncé, il ne représente plus  rien et n’a plus aucun moyen d’agir contre ses victimes ;
  • La non-dénonciation du violeur est un des facteurs favorisants la récidive chez le  délinquant et l’exposition de ses anciennes victimes à de nouvelles victimisations;
  • En cas de viol, il est recommandé aux victimes de se confier à des proches ou à des  personnes leur inspirant confiance ;
  • Dans beaucoup de pays, il est possible de solliciter une prise en charge juridique, médicale et socio psychologique dès que la procédure de plainte est enclenchée ;
  • Il est utile de rappeler que la victime n’est jamais coupable d’avoir été violée, agressée sexuellement, que ce soit par un étranger ou par des connaissances (des membres de la famille, des voisins, des copains, des camarades de classe, un collègue, un patron, etc.) ;
  • Le Code pénal malien sanctionne le viol par une peine criminelle (allant de cinq à vingt ans de réclusion ou la prison à vie s’il réunit des circonstances aggravantes).

Aux autorités policières et judiciaires :

Dans le contexte malien où il est de plus en plus question de sensibiliser les justiciables et de rapprocher la justice du citoyen lambda, il est fortement recommandé à ces autorités de :

  • Accorder la plus grande attention aux plaintes et dénonciations en matière de viol ;
  • Placer la victime au centre des préoccupations du système pénal ;
  • Promouvoir et soutenir les associations, collectifs de lutte contre les viols et de prise en charge des femmes victimes de viol ;
  • Lutter avec plus de fermeté contre les violeurs récidivistes en envisageant l’application de mesures de sûreté à l’égard de ceux d’entre eux qui sont incorrigibles ;
  • Promouvoir des actions de prévention adaptées aux circonstances de commission de cette infraction.

Bouréma Kansaye

Docteur en criminologie

Professeur de droit et de criminologie

FDPRI, USJPB

 

SOURCE:  du   9 jan 2013.    

10 Réactions à Le viol, un crime à multiples dimensions

  1. Ajanga

    Idiote, certes, ma réaction lorsqu’on ne voit les choses qu’à travers le filtre de l’occident. Si je devrais réagir sur la question par rapport à l’occident, je n’aurais pas cité des pays africains et j’aurai sûrement pointé du doigts des dérives bien plus amorales que le viol. Tu veux savoir comment vivaient « mes » ancêtres ? Comme dans un enclos de ruminants, où seul Dieu peut te dire qui le pêre du veau. Ca ne te concerne pas, ce n’était pas ainsi en occident. Le trop plein de pudeur de l’islam intervient sous l’angle que cette question, au délà de la morale et du mental où ta reflexion l’a fixée, relève au réel de l’instinct et de la pulsation.

  2. blache neige

    Malheureusement en Afrique ,le viol est considéré comme une arme de guerre . Dans la mentalité africaine ,une fille violée est a rejeter ,d’abord par sa famille et ensuite par les autres .Elle ne trouve plus a se marier . Ca vie est foutue ,pourtant elle n’est responsable de rien si ce n’est de s’etre trouvée au mauvais endroit au mauvais moment !!
    En ce qui concerne les viols « civils » en occident ils sont condamnés comme des crimes et jugés comme des crimes ,c’est à dire que le violeur est passible de 20 ans de prison et encore plus si la fille est mineure . Malheureusement depuis 4 ans que je viens sur maliweb , au Mali un viol est moins condamné que le vol d’une chèvre ,et trop de maliens reagissent encore comme l’abruti d’Aly baba qui va jusqu’à dire que la fille est responsable de ce qui lui arrive parce qu’elle a provoqué l’homme . C’est une reaction que malheureusement on retrouve dans de nombreux pays musulmans ou la femme n’est pas considérée !! :evil: :evil:

  3. en passant

    Monsieur Aly baba votre réaction m’écoeure. Comment vous permettez-vous de tenir de tels propos ?

  4. Aly baba

    elle sont complice elle meme ,elle se laisse ensuite dire j’ai été violé . mais du n’importe quoi!

    • blache neige

      Aly Baba , pour ta première reaction ici ,ce n’est vraiment pas une reussite .Tu n’est qu’un salaud ,un porc ,une merde pour repondre comme tu le fais . J’espère que ton premier post ici sera aussi de dernier :evil: :evil: :evil: disparais de la circulation ! :evil:

      • Ajanga

        La réaction d’Ali Baba est loin d’être aussi méprisable que vous le croyez. Ce Professeur a parlé de toutes les causes, mais pas un mot sur la conduite vestimentaire, par exemple, des filles. Les pays qui connaissent les plus forts taux de viols civils (par opposition aux viols de guerre comme en RDC) sont Afrique du Sud et les pays voisins, Haiti, etc. Le comportement vestimentaire des filles est un sujet récurrent dans les débats sur le vio, au point que le swaziland a du prendre une loi pour interdire certaines tailles de jupes ou de pantalons. Il faut oser le dire

        • blache neige

          Ajanga , reaction idiote ; en occident ce n’est pas parce qu’on voit une bande de peau d’une fille entre son T shirt et sa ceinture que les hommes sautent dessus :wink: :wink:
          Expliques moi comment se comportaient tes ancetres quand dans les villages tout le monde vivait à moitié nu ,avec des femmes les seins à l’air et un cache sexe mini autour des reins . Il est certain que vos ancetres se comportaient mieux que vous aujourd’hui et qu’il y avait beaucoup moins de viols à l’epoque !!!
          Il y a quand meme un constat a faire c’est que l’islam entraine un trop plein de pudeur .Dans de nombreux pays musulmans un homme ne peut donner la main à une femme pour lui dire bonjour parce qu’il risque d’etre excité !!! Là c’est un problème mental mais certainement pas moral .

  5. Fakrid Ahmed

    Il faut maintenant l’enseigner aux islamistes.