Lettre ouverte au MATCL : «Ne laissez pas exclure les Arabes noirs…»

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Excellence Monsieur le Ministre,

 

Je ne vous présente pas Araouane. Vous avez mis les pieds à Araouane. Faites  vous -même la comparaison entre le village d’Araouane et les autres contrées de la commune dite de Salam, dont le nom est inscrit sur notre insigne de 1926 en Arabe.

Araouane, créée en l’an 1000, cent ans avant Tombouctou, par les  populations «Imagcharen» dont nous, petits-fils du Cheick  Sidi Ahmed Ag Adda, avons la  totale maternité.  Le Cheick  Sidi Ahmed Ag Adda, ses descendants et toutes les tribus alliées ont connu une brillante civilisation, consacrée par les nombreux manuscrits anciens  portant sur plusieurs thèmes littéraires et scientifiques, qui engorgent toutes les bibliothèques de Tombouctou et celles du centre  islamique et culturel  dit Centre Ahmed Baba.

Nous sommes un village mixte, le seul en plein désert parlant sonrhaï et métissé avec toutes les familles et toutes les ethnies  du Mali, car  à Araouane est enterré l’homme aux deux tombeaux, l’auteur du Tedzikiret  en Nissian, le juriste Baba Bakari  Sayon, petit-fils de Mamadou Djem, Cadi  du Macina. Les grands érudits du Sud du Mali sont tous venus à Araouane, en quête du savoir et du savoir -faire de l’époque.

Araouane aujourd’hui, compte trois mosquées. Pourquoi? Ce village, auparavant très peuplé et divisé en huit quartiers, des Kounta,  des Daw Ali, des Hel Cadi, des gens du Birou, des Magrébins, etc., compte aujourd’hui seulement cent maisons, dont quarante-six habitées, une seule et unique école en dur, financée par une ONG italienne, un château d’eau, quarante panneaux solaires financés par les USA, un ASACO financé par le CICR et l’association A.D.D.A. Pour le Mali, Zéro réalisation ou investissement et  pour la France, deux Zéros.

Avec la création de la nouvelle région de Taoudéni, notre village doit être retenu comme cercle, vaille que vaille. Car, nous ne pouvons plus tolérer  que des intrusions étrangères aux intérêts d’Araouane puissent interférer dans le sens de minimiser ou de diminuer  l’influence historique et culturelle de cette grande cité.

Nous avons toujours contribué au Mali, par notre intégration et notre rayonnement intellectuel et le savoir de nos cadres. Notre cité compte plusieurs opérateurs économiques, qui ont toujours investi dans le pays, plusieurs docteurs en médecine et en pharmacie, une centaine de cadres A, B et C, l’un des plus grands opérateurs hôteliers du pays et de toute la sous-région, un docteur en physique nucléaire, des cadres en Europe et en Amérique, le plus grand styliste africain, etc.

Par ailleurs, nous sommes les seuls, avec Boudjbeiha, à ne pas avoir une origine  mauritanienne, marocaine ou algérienne, depuis plus de six cent cinquante (650) ans. Nous sommes aussi les seuls à avoir toujours accepté un camp militaire chez nous, comme dans le passé, le Groupement Nomade d’Araouane (GNA).                Le Mali, par ses  différents Gouvernements, a créé un premier arrondissement dénommé Toungoutranade, qui n’a jamais connu un administrateur sur le terrain. Le chef lieu de l’arrondissement est mort il y a près de quinze ans. Un autre arrondissement, au puits de Tinegulhadj,  à 52 km de Tombouctou, a subi la même mort. Ensuite, création d’un autre à Agounni, ex Dar Albeida, dénommé Salam, à l’agonie et dont le chef d’arrondissement réside à Tombouctou.

Salam, 15 ans d’existence. Quelle évolution? Quel progrès social? Nous, ressortissants d’Araouane, ne pouvons plus nous contenter des illusions optiques et des promesses simples et naïves de la part de l’Etat. Nous voulons avoir affaire à des leaders politiques engagés, en toute responsabilité, pour le développement harmonieux et durable de cette contrée, constamment négligée. Nous sommes les Diatigui de toutes les tribus: Arabes, Songhaïs, Armas, Peulhs, dans cette contrée. Nous sommes le Caïd de Taoudéni. Hier, nous étions vingt-trois fractions nomades, aujourd’hui, nous sommes plus de cinquante, par la faute de l’Administration, qui  nous divise, qui  règne. Pourquoi?

Connaissez- vous, Monsieur le Ministre, Taoudéni? Taoudéni est dans  la partie  du désert nommée El Djouf. Dans cette nouvelle région, nous avons la plus grande partie, appelée El Mérriya (le miroir), l’Azawad, le petit Tagganit, le grand Tagganit, etc. Hier, combien de villages y avait-il au Nord de Tombouctou? Araouane, Boudjbeiha, la mine de Taoudéni et rien d’autre. Aujourd’hui,  nous comptons quelques vingt villages et une cinquantaine de fractions nomadisant dans toute la contrée.

Nous ne dérangeons personne. Les Arabes du Nord ne sont pas les seuls Arabes du Mali. Nous voulons rester Arabes dans notre région et que les autres Arabes restent eux aussi dans leurs régions respectives, sans semer la division, la haine et les affrontements intercommunautaires arabes. Lorsqu’un groupuscule de salon se  lève  pour parler au nom des Arabes, qu’il soit mandaté  par la réelle communauté arabe, qui n’existe même pas en tant qu’organisation concrète et réelle, car ces groupuscules excluent souvent les Arabes noirs, qui sont les plus nombreux.

 

Bamako, le 13 décembre 2011

 

Ould Himahou Sidi Mohamed dit Bouya

Vétérinaire, Tél 66 79 84 94                         


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