L’exemple écossais : Le sous-développement se mesure à nombre d’indicateurs

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L’exemple écossais
Madani Tall

Le mode de résolution des conflits dénote du degré de maturité d’une Nation. Faisons-nous la guerre lorsque nous sommes en désaccord ? Ou instaurons-nous un cadre de dialogue participatif et démocratique pour trouver des solutions ? C’est en cela que réside la différence fondamentale entre l’Écosse et le Mali.

 

Après avoir combattu sans succès depuis l’époque de Robert le Bruce et William Wallace jusqu’aux temps modernes, voici que l’Écosse, dans un exercice de maturité démocratique, s’engage sur un référendum qui déterminera son appartenance ou pas à la Grande Bretagne. Tout ceci dans la bonne humeur, sans colère et sans passion. Certains, dont je suis, sont fondamentalement convaincu que l’indépendance n’apportera rien de plus à l’Écosse, au-delà de servir les volontés de puissance d’une certaine classe politique. Car, même si l’Ecosse est majoritairement de gauche, tandis que la majeure partie des gouvernements britanniques furent conservateurs, elle a su marquer son autonomie par un mode de vie en accord avec son histoire et ses principes. Ainsi, à l’heure de la construction de grands ensembles nationaux, les revendications séparatistes paraissent pour le moins désuètes.

 

Pendant ce temps, chez nous au Mali, certains enfants de la République ont perdu de vue qu’en prenant les armes contre leur Patrie, ils se font du tort à eux-mêmes. Certes, les inégalités de développement sont notables entre Kidal et Sikasso. Mais comment veut-on que l’herbe pousse plus vite dans le désert que dans la prairie ? Comment peut-on faire des économies d’échelles, quand la densité de la population n’est pas au rendez-vous ? Soyons convaincus qu’au-delà des corrections nécessaires à plus de justice sociale et à une gouvernance plus saine, il y a dans ce conflit, des facteurs que l’on feint d’ignorer : la rancœur et la passion de part et d’autre, qui n’arrivent pas à céder la place à la raison ; le racisme de part et d’autre qui se cache sous des principes plus admissibles ; la volonté de puissance de ceux qui pensent que ce conflit est une occasion pour eux de progresser dans la vie. Tant que ces trois entraves n’auront pas trouvé de remèdes, les racines du mal demeureront.

 

Par ailleurs, ce qui reste le plus tragique ou comique dans la situation malienne, c’est que notre pays se laisse entraîner dans une spirale insensée. Car le préambule des accords de Ouagadougou énonce clairement que tout dialogue se fait dans le respect de la Constitution de 1992 ; dans le respect du principe de l’intangibilité du territoire ; dans le respect de l’unité nationale. Or, nous assistons à une surenchère des revendications. Au lieu de discuter du désarmement des rebelles, de leur cantonnement et du retour de l’administration à Kidal, nous entrons dans une partie qui ne sert pas les intérêts du Mali. Le Mali ne saurait accepter de jouer son destin à une telle loterie.

 

Si l’on ajoute à tout cela que ces mêmes Accords de Ouagadougou comportent en eux beaucoup de lacunes de nature préjudiciable à la cohésion sociale, alors il y a lieu pour le gouvernement malien de suspendre les négociations afin d’établir une feuille de route autour de laquelle il fera l’adhésion du Peuple. Avant de la partager avec les autres protagonistes alliés ou adversaires, dont l’avis, les solutions et ambitions ne peuvent être placés devant ou décider du devenir de la Nation malienne. Dieu veille !

Madani TALL

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