Mali un Etat au bord du gouffre?

4

Un État effondrĂ© est un État qui ne peut plus assurer ni sa sĂ©curitĂ© interne, ni sa sĂ©curitĂ© externe sur un territoire donnĂ©. Il a en outre perdu sa capacitĂ© Ă  extraire les ressources et n’est donc plus capable de les allouer. Ces deux fonctions (la sĂ©curitĂ© et la gestion des ressources) doivent ĂŞtre impossibles Ă  remplir sur une pĂ©riode suffisamment longue. C’est un État qui vit une crise politique profonde et une crise du modèle sociale et culturelle.

L’effondrement de l’État se produit lorsque ces conditions sont prĂ©sentes, chacune des conditions est nĂ©cessaire Ă  l’effondrement, seule la conjonction de toutes conditions est suffisante pour y aboutir. La combinaison de ces conditions est suffisante pour causer l’effondrement de l’État. Ces Ă©lĂ©ments sont tirĂ©s de l’analyse de William Zartman.

L’effondrement économique: Pauvres agriculteurs.

Nous avons pour habitudes tous les ans de nous rĂ©jouir des taux de croissance du PIB observĂ©s au Mali. Tout le monde s’en fĂ©licite, puis lorsque l’on affine analyse, qu’on dĂ©cide  d’aller en profondeur on se rend compte que l’impact sur les populations notamment rurales est minime.

On ne va pas ouvrir un dĂ©bat technique sur la pertinence des mesures comme le PIB pour dĂ©finir la bonne santĂ© d’un pays, mais ce qui frappe le plus au Mali sur ces 20 dernières annĂ©es c’est le gouffre qui s’est crĂ©Ă© entre les plus riches et les plus pauvres, entre ceux qui ont bĂ©nĂ©ficiĂ© des bienfaits de la dĂ©mocratie , de la mondialisation et ceux qui se sont retrouvĂ©s malgrĂ© eux en marge du système capitaliste occidentale, allant Ă  contre courant de notre culture.

Le modèle Ă©conomique malien est principalement basĂ© sur le primaire, sachant cela il y a eu plusieurs tentatives pour valoriser ce secteur, avec des rĂ©sultats mitigĂ©s.  L’Agriculteur est le premier pourvoyeur d’emplois au Mali, 80 % de la population active travaille dans ce secteur,  mais avec des politiques politiques agricoles incohĂ©rentes, les petits agriculteurs obtiennent à peine de quoi (sur)vivre, cela participe de l’exode massif des populations rurales vers les centres urbains, pour venir y gonfler le nombre de pauvres dans les bidonvilles.

La faible exploitation du potentiel agricole malien, bĂ©nĂ©ficie paradoxalement aux grands conglomĂ©rats d’importateurs qui grâce Ă  des subventions vont finir par affaiblir l’agriculture locale. Pour exemple un kilogramme de riz qui parcoure 5000 Km est moins cher qu’un kilogramme de riz cultivĂ© Ă  SĂ©gou et vendu Ă  Bamako. Comment l’agriculteur sĂ©govien peut-il concurrencer ces importateurs? Un kilogramme de bĹ“uf nĂ©o-zĂ©landais coĂ»te moins cher qu’un kilogramme de bĹ“uf produit dans la rĂ©gion de Niono.

En refusant d’assumer une politique agricole claire basĂ©e sur le principe de souverainetĂ© alimentaire et en laissant la porte grande ouverte Ă  toutes sortes d’importations subventionnĂ©es, nous avons contribuĂ© Ă  affaiblir le potentiel local.

Dans le secteur de l’aviculture, par exemple, le Gouvernement malien a fait la promotion de cette activitĂ© en soutenant l’ensemble de la filière, cela a crĂ©Ă© beaucoup d’emplois. Par la suite des importateurs se sont rebellĂ©s contre cette politique et on sait aujourd’hui que la fraude à l’importation  tolĂ©rĂ©e au plus haut niveau,  coĂ»te chaque annĂ©e plus de 12 milliards Ă  l’État et a dĂ©jĂ  dĂ©truit la moitiĂ© des emplois crĂ©es par les investissements prĂ©cĂ©dents.

La justification de ces importations subventionnĂ©es Ă©taient que les capacitĂ©s de production Ă©taient trop faibles et qu’il fallait pouvoir nourrir tous les maliens. Aujourd’hui les capacitĂ©s de production sont toujours faibles et notre sĂ©curitĂ© alimentaire est entre les mains de quelques personnes qui font la pluie et le beau temps.

Effondrement politique: La démocratie en question

Au lendemain de la chute de Moussa TraorĂ© en 1992, les maliens en avaient fini avec un rĂ©gime violent et dictatorial, les nouveaux dirigeants leurs avaient alors expliquĂ© qu’ils allaient vivre dans un monde de droits et de devoirs, oĂą chacun allait s’Ă©panouir.

Le rĂ©sultat 20 ans plus tard est l’occupation de la moitiĂ© du pays par des Groupes indĂ©pendantistes et jihadistes, ainsi que la fin d’un mythe, celui du Mali modèle de dĂ©mocratie en Afrique de l’Ouest. On y dĂ©couvre des hommes et des femmes politiques animĂ©s uniquement par le gain financier, Ă  tout prix et au mĂ©pris de tout. Un pays oĂą la morale dans la gestion publique n’existe plus

On y dĂ©couvre des partis politiques, sans cadres, vides d’idĂ©ologie, incapables de fournir la moindre solution aux problèmes quotidiens des maliens, qui se positionnent au grĂ© des conjonctures avec son  convoi de “militants du ventre”. La population, la masse dont on a parlĂ© plus haut, ne croit plus en ces hommes, elle ne croit plus en ce système, ils voient le gouffre entre eux et les dirigeants.

Lorsque vous demandez aux maliens qui parmi la classe politique reprĂ©sente une alternative crĂ©dible pour tenter de rehausser le niveau, ils ne vous rĂ©pondent pas, ils ne croient plus en ces hommes et femmes qui pendant 20 ans se sont enrichis pendant qu’eux stagnaient. Les militaires qui un temps ont pu reprĂ©senter une alternative, ont déçu, ils sont venus au pouvoir pour s’enrichir Ă©galement. Que reste-t-il ? Les religieux!

Effondrement sécuritaire: Délitement progressif

Avec à une situation Ă©conomique bancale, et un État qui vit pĂ©niblement de l’aide extĂ©rieure, des politiciens plus prĂ©occupĂ©s par le maintien de leurs petits avantages que par le bien ĂŞtre de la Nation, l’armĂ©e a Ă©tĂ© fortement affaiblie à l’instar de tous les services publics.

Aujourd’hui l’État malien n’a pas les moyens de sĂ©curiser convenablement 1 seule RĂ©gion avec les composantes de l’ordre Ă  savoir, la Police, la Gendarmerie et l’ArmĂ©e. Il n’a ni les hommes ni les moyens logistiques pour le faire. C’est le rĂ©sultat de 30 annĂ©es de dĂ©peçage minutieux opĂ©rĂ© par les politiciens et par  l’application scolaire des politiques d’ajustement structurels.

Le Mali vit dans l’insĂ©curitĂ© depuis les annĂ©es 60, dès les premières rebellions, avec une instabilitĂ© chronique. PlutĂ´t que de renforcer les moyens de dĂ©fense du territoire, ils ont Ă©tĂ© dĂ©truits.

En 2012, on a ressorti les manuels de gĂ©ographie et dĂ©couvert que le Mali est un grand pays dĂ©sertique et des zones “difficiles” Ă  couvrir. Ils ont eu pour certains 20 ans, 30 ans pour rĂ©flĂ©chir Ă  comment sĂ©curiser tous les recoins du pays. Mais cela ne les a pas empĂŞchĂ© de venir nous expliquer que le Mali Ă©tait finalement un pays trop vaste et qu’ils n’ont rien ou faire. Fatale fatalitĂ©! Rien n’avait Ă©tĂ© fait, faute de vision, faute de volontĂ©.

Vous comprenez que contrairement aux propos du PrĂ©sident Dioncounda TraorĂ©, le Mali ne fait pas que tanguer, il coule, et bien plus vite qu’il n’y parait. Le pays est tenu Ă  bout de bras par la CommunautĂ© internationale.

Les inĂ©galitĂ©s continuent de s’accroĂ®tre, rien n’est fait pour corriger l’injustice, les valeurs sociales se dĂ©litent, le pouvoir politique est dĂ©crĂ©dibilisĂ© et l’armĂ©e n’est pas en mesure d’assurer la dĂ©fense de la Nation, elle est au bord du burn-out.

L’espoir est mince mais il est  permis, il existe des forces qui cultivent l’intelligence collective, qui travaillent Ă  des solutions alternatives, et innovantes. Elles dĂ©passent le cadre des partis, elles dĂ©passent celui des petits arrangements de confort, elles sont patriotes, mais pleines d’espoir. Nous aurons sans doute l’occasion d’y revenir!

Par askiamohamed

PARTAGER

4 COMMENTAIRES

    • EspĂ©rons-le! Que du chaos apparaissent aussi bien un État q’un Peuple nouveaux ! Car au delĂ  de l’Etat dĂ©faillant et incapable, il y a une population amorphe qui veut le changement, mais qui ne veut pas consentir aux sacrifices que cela exige!

REPONDRE

Please enter your comment!
Please enter your name here