Malivaleurs : Faire connaissance avec ceux qui incarnent le changement

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Malivaleurs : Faire connaissance avec ceux qui incarnent le changementA partir de la publication d’un ouvrage sur un grand visionnaire et homme d’action du nom de Michel Daou, le focus sera mis sur un homme qui incarne le changement social, un modĂšle Ă  suivre pour les nouvelles gĂ©nĂ©rations. Une des animatrices desdits programmes lance un cri de cƓur qui a valeur de crĂ©do pour tous les jeunes.

 

Mon nom est Sita. Ma réussite scolaire et mon envie de me battre ont une histoire, que je me dois de raconter.

Je suis la fille d’Issa Baba, Ă©crivain de son Etat, auteur des Manuels de gĂ©ographie Ă  l’usage des classes des premier et seconde cycles de l’enseignement dans les Ă©coles maliennes. Il a Ă©crit Ă©galement divers rĂ©cits, dont Koumi DiossĂ©, des Ă©tudes sociologiques rĂ©gionales, des romans.

 

J’avais sept (7) ans quand il est dĂ©cĂ©dĂ©. J’ai donc grandi sans la prĂ©sence d’un pĂšre. A partir de ma scolarisation, j’ai bĂ©nĂ©ficiĂ© du respect du Ă  ce pĂšre que je n’ai pas connu. J’étais respectĂ©e de tout le monde, par les maĂźtres et les directeurs d’école, dĂšs l’instant oĂč ils apprenaient que j’étais la fille d’un Ă©crivain. Ce grand respect pour le statut d’écrivain de mon pĂšre m’a motivĂ©e et je travaillais beaucoup Ă  l’école pour ĂȘtre digne de cette image.

Mais l’enfance est un stade de vie trĂšs particulier oĂč l’absence du pĂšre brise les rĂȘves et installe le sentiment de solitude. On met du temps Ă  acquĂ©rir le sentiment de sa propre valeur, faute d’avoir confiance en soi, car pour avoir confiance dans la vie, il faut avoir bĂ©nĂ©ficiĂ© de l’amour valorisant d’un pĂšre, fier de son enfant.

J’ai Ă©tĂ© une enfant solitaire, perdue. Le livre est devenu mon unique et intime ami. Il  m’a permis de sortir de ma coquille, d’avoir confiance, d’avoir une identitĂ©,  d’avoir une certaine ouverture d’esprit. Il  m’a principalement  donnĂ© envie de prendre ma revanche sur la vie, de me battre pour ĂȘtre la fille de mon pĂšre.

Au cours des annĂ©es qui ont suivi, j’ai constatĂ© avec amertume que la place occupĂ©e par les Ă©crivains dans notre sociĂ©tĂ© n’est pas assez valorisĂ©e. Selon Amadou Seydou TraorĂ©, les Ă©crivains maliens sont comme «la trace d’une pirogue sur l’eau ». Visible Ă  la seconde de son passage, mais disparaissant aussitĂŽt comme si elle n’a jamais existĂ©.

Or le travail de l’écrivain  est utile tout long de notre vie ;  de l’enfance Ă  l’ñge adulte, en passant par l’adolescence. Comme l’écrit le Mouvement Malivaleurs dans ses documents d’orientation, « le relĂšvement du niveau de l’école passe par la promotion de la lecture, qui permet de combler les besoins d’apprentissage, de dĂ©couverte, d’éveil en ce qui concerne le jeune enfant, de dĂ©tente, de loisir, d’ouverture Ă  d’autres cultures, d’amĂ©lioration de la qualitĂ© de l’éducation. »

Je pense, avec conviction, que les Ă©crivains et chercheurs sont des figures emblĂ©matiques, qui mĂ©ritent considĂ©ration, respect et reconnaissance. Il nous faut donner plus de visibilitĂ© au patrimoine intellectuel malien en valorisant leur mĂ©moire. Ne rien entreprendre serait condamner les jeunes gĂ©nĂ©rations, puisqu’elles n’auront ni identitĂ©, ni ambition, ni motivation pour l’apprentissage, ni orientation, ni modĂšle auquel se rĂ©fĂ©rer, ni esprit patriotique, ni culture qui constitue l’élĂ©ment fondamental.

Sidi  YĂ©hia Et Tadelsi, un penseur de Tombouctou au 16Ăš siĂšcle a Ă©crit Ă  juste raison : « N’as-tu pas vu que si la trace de ceux qui mettent de l’ardeur Ă  ĂȘtre gĂ©nĂ©reux mĂ©rite d’ĂȘtre citĂ©e, la trace laissĂ©e par les penseurs est plus digne d’ĂȘtre estimĂ©e encore. La disparition d’une intelligence de ce monde est un deuil qui se manifeste en tous pays et chez les hommes de valeur. »

 

AprĂšs avoir terminĂ© mes Ă©tudes universitaires, j’ai rencontrĂ© le  Mouvement Malivaleurs qui Ɠuvre pour faire connaitre la production intellectuelle nationale et revivifier la mĂ©moire des penseurs. Ses programmes «  la Rue des Ecrivains » et « Faire connaissance avec  » proposent de mettre l’accent sur la culture du modĂšle et du mĂ©rite en impliquant, cĂŽte Ă  cĂŽte, auteurs, municipalitĂ©s, Ă©coles et universitĂ©s autour de la problĂ©matique du patrimoine intellectuel du Mali.

 

Aux nouvelles générations, je dis : réveillez vous !

Nos parents nous ont laissĂ© divers hĂ©ritages
Certains, notamment les aĂźnĂ©s des familles, croient que lorsqu’on parle de patrimoine, il s’agit seulement de la concession familiale, des vergers et autres parcelles d’habitation. Le plus grand, le plus beau, de tous les patrimoines, ce sont les valeurs que les devanciers ont su et pu nous inculquer. Les chinois disent que pour ĂȘtre un homme, il faut avoir plantĂ© un arbre ou Ă©crit un livre.

Je vous invite Ă  rejoindre le programme ‘’ Culture et modĂšle du MĂ©rite de Malivaleurs’’, Ă  faire connaissance avec les gĂ©ants, ces femmes et hommes de conviction qui ont amĂ©liorĂ© notre prĂ©sent par leur disponibilitĂ© Ă  servir. Des hommes d’honneur par consĂ©quent. Qui ont capitalisĂ© Ă  travers des Ă©crits ! Qui ont fait Ɠuvre utile au village, dans le campement, dans le quartier, dans le service public, dans les centres de santĂ©, dans l’éducation, dans les forces de dĂ©fense, etc ! Ce sont tous ceux dont les acquis passeront aux gĂ©nĂ©rations Ă  venir !

                                                                                                                            Traore Sita Aminata

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