Mohamed Kimbiri réplique aux propos de Me Koné sur le vote du code : «Maître Koné, empochez vos pécules et taisez-vous»

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Après le vote du code des personnes et de la famille par l’Assemblée nationale, le 2 décembre, nous avons été perturbés par une déclaration guerrière et incendiaire de maître Brahima Koné, le président de l’Union Internationale des Droits de l’homme.

Au micro de RFI, Maître Brahima Koné, président de l’Union interafricaine des droits de l’homme, précise que ce nouveau code est  "une première étape" et qu’il y aura, certainement à l’avenir, l’occasion de revoir les points qui "ne sont pas en harmonie avec les instruments juridiques nationaux et internationaux". Il conclut par une déclaration guerrière : "Nous pensons que le combat n’est pas fini". Paradoxe !

D’ailleurs, maître Brahima Koné n’est pas à son premier essai. Avant et par rapport à ce même code, il avait fait à RFI des déclarations allant dans le même sens, entre autres : "depuis qu’il y a eu les débats sur le Code des Personnes et de la Famille au Mali, les défenseurs des droits humains font l’objet de menaces de mort de la part de certains groupes et nous considérons cela comme un recul".

 "Le Mali est une République laïque, et cette laïcité est consacrée par notre Constitution. Mais aujourd’hui on ramène le débat sur le plan purement religieux. On voudrait imposer un code musulman d’après ce  que nous avions constaté. Et là, il faut faire extrêmement attention. Parce que si cela se passait, c’est vraiment le principe de la laïcité républicaine qui serait remis en question". En référence à la sourate la vache verset 39, "Autorisation est donnée à ceux qui sont attaqués de se défendre, parce que vraiment ils sont lésés", je me trouve dans l’obligation non pas de répondre aux propos  fallacieux, alarmistes, guerriers et insensés quelles que soient l’élégance et l’éloquence avec lesquelles on les tient, mais tout simplement dans le but d’apporter une modeste contribution à l’éclairage d’une certaine compréhension non fondée faisant croire que ce code voté est un recul.  Certains passages de cette déclaration illustrent cela à merveille à savoir : "Le Mali, dont la population est très majoritairement musulmane, est un Etat laïc qui a ratifié de nombreuses conventions internationales reconnaissant l’égalité hommes/femmes. Avec ce code de la famille, le Mali se trouve en porte -à -faux avec ses engagements".

Jean de La Fontaine avait vraiment raison en affirmant que "quiconque est loup agit en loup".

En tant que président d’une structure aussi importante que l’Union Internationale des Droits de l’Homme, Maître Koné devait au contraire avoir l’honnêteté intellectuelle et le courage patriotique d’apprécier la démarche de l’Assemblée nationale qui a consisté à écouter toutes les composantes crédibles de la société civile malienne dont lui-même fait partie. Après plusieurs mois de travail de la Commission de l’Assemblée Nationale avec le Haut Conseil Islamique, une formulation adéquate des amendements à soumettre à la seconde lecture a été élaborée.

 

La Commission des lois a procédé à l’écoute de certaines personnes ressources, des associations féminines et certaines associations poursuivant les mêmes objectifs comme le WILDAF, le REFAMP ou le groupe PIVOT droit et citoyenneté,  la CAFO, l’AJM, des autres associations de la société civile, l’église catholique et l’église évangélique protestante, le SYLIMA, le Barreau et le Comité de plaidoyer. 

 

Ensuite, Maître Koné, en tant qu’avocat, donc un grand connaisseur du droit devait chercher d’abord à connaître  le contexte de la relecture de ce projet de loi. Mais comme c’est le m’as-tu vu qui l’intéresse, nous le prions en guise de conseil de s’inspirer du célèbre mot de Portalis dans son discours préliminaire du premier projet de code civil français à savoir que le législateur : "ne doit point perdre de vue que les lois sont faites pour les hommes et non les hommes pour les lois ; qu’elles doivent être adaptées au caractère, aux habitudes, à la situation du peuple pour lequel elles sont faites".

Contacté par RFI le même jour par Christine Muratet, Maître Mountaga Tall, président du Congrès national d’initiative démocratique "CNID : Faso Yiriwa Ton", a prouvé qu’il est issu du peuple et qu’il est avec le peuple par sa déclaration : "Vouloir imposer au Mali des règles qui ne sont pas aujourd’hui acceptées par la société, c’est conduire à l’explosion sociale".

Il a donné l’exemple de la succession et du mariage religieux. Ces deux questions peuvent se régler de manière coutumière ou bien en passant par le juge. Pour le député Mountaga Tall, la légalisation du mariage religieux "apporte désormais à toutes les femmes qui se marient devant un imam, une protection juridique – la même que celle d’un mariage civil".

 

Maître Koné, je vous rappelle encore le discours de renvoi du code en seconde lecture le 27 août 2009, du premier magistrat du pays, en l’occurrence le Président de la République Amadou Toumani Touré, inspiré par Portalis. "Après des consultations élargies aux institutions de la Républiques, la société civile, aux communautés religieuses et au barreau, j’ai pris la décision qui s’impose, pour la quiétude et la paix sociale de renvoyer le code des personnes et de la famille à une deuxième lecture, pour nous permettre d’obtenir l’adhésion et la compréhension de nos compatriotes…

"Notre souhait, au delà de toute considération, est de ramener la quiétude, de sauvegarder l’unité nationale…..Après les dernières corrections, le code sera une loi acceptée et mieux respectée par les Maliens et les Maliennes"

Cher Président de l’UIDH, sachez bien que tout ce que nous avons souhaité et demandé, c’est que la loi qui devrait  régir notre existence en tant qu’être social soit conforme à nos aspirations profondes, à nos valeurs sociales et religieuses. Hélas, nous sommes désolés qu’un Président d’une structure aussi importante que l’UIDH, à court d’arguments veut se singulariser en allant à contre courant de la volonté du peuple à coups de stigmatisation, de dénigrement, de délation, de manipulation, et de désinformation. Cela est intolérable.  Afin de couper court à tout autre débat, nous prions Maître Brahima Koné,  en mission délibérée de modifier le patrimoine malien pour mieux imiter le modèle de l’Occident, à modeler notre culture à coups d’emprunts et d’influences étrangères négatives, d’empocher son salaire et de se taire. Il faut aujourd’hui avec  courage et ténacité remonter le courant sans sombrer dans le passéisme ou la reconstitution  muséographique et sauvegarder notre identité culturelle malienne, qui fait partie du patrimoine de l’humanité.  A bon entendeur ; salut !

 

 Mohamed KIMBIRI

 

Premier Secrétaire à l’Organisation du Haut Conseil Islamique du Mali et Secrétaire à la presse et à la Communication de l’AISLAM


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