Notre indépendance, une utopie ?

2

Notre indépendance, une utopie ?La Mali a vécu pendant longtemps sous la domination européenne, du moins, française comme la plupart des Etats Africains. C’est à l’initiative de l’ancien Président feu Modibo KEITA, qu’il obtint son indépendance en 1960. Mais que reste-il aujourd’hui de cette indépendance ?

 

 

L’indépendance signifie en termes clairs, se suffire à soi même dans tous les domaines sans avoir besoin de l’aide extérieure. C’est l’autosuffisance dans toutes ses couleurs et dans toutes ses formes : autosuffisance économique, sécuritaire, politique, alimentaire j’en n’oublie pas mais j’en passe.

 

 

Face aux réalités, face aux faits, je me demande aujourd’hui si cette indépendance de mon pays n’est pas une utopie, on ne me dira pas le contraire. Je me limiterai à deux faits dans deux domaines pour illustrer mes propos. L’incapacité de subvenir à ses besoins dans ces domaines équivaut à une décapitation de l’Etat.

 

 

D’abord, économiquement. Aujourd’hui, force est de constater que nous sommes soumis au bon vouloir des institutions internationales à telle enseigne que toute dépense faite sans leurs accords est sanctionnée. Je voudrai parler de la question de l’avion présidentiel qui a fait l’objet de polémique dans ces derniers mois. Finalement, je me dis mais nous sommes indépendants non, quoi de plus normal qu’un président se déplace grâce à ses propres moyens. Si le président des Etats-Unis achetait dix avions pour ses voyages, on ne lui reprochera rien, si le président de la France ou de la Russie se dotaient d’avions pour leurs déplacements, ils ne risqueront rien, mais il a fallu que le nôtre décide d’être indépendant lui aussi dans ses déplacements, pour subir les foudres des institutions de bretton Woods. Qu’est ce qui les pousse à fourrer leur nez dans cette affaire si ce n’est pas pour contrôler nos faits et gestes économiquement, ne soyons pas surpris un jour de les voir demander ce que nos dirigeants ont mis dans leurs marmites pour leurs bouffes quotidiennes. Je comprends, la situation est chaotique pour se permettre de telles dépenses sur le dos du contribuable, mais je suis écœuré par une telle ingérence, une telle immixtion dans les affaires d’un Etat indépendant. Soit nous sommes indépendants, soit nous ne le sommes pas, et cette affaire confirme la deuxième hypothèse.

 

 

Un Etat dépendant économiquement est loin de l’indépendance mais l’auto-insuffisance économique n’est pas la seule atteinte à cette indépendance qui n’existe que dans le mot.

 

 

S’il n’y avait qu’une obligation de l’Etat envers ses fils, je dirai que c’est celle d’assurer leur sécurité. Mais hélas encore. L’histoire récente, même actuelle nous montre que nous sommes loin, très loin de cette autosuffisance.

 

 

Le peuple impuissant, faisant confiance à son armée, assiste tous les jours, à la djihadisation, à l’afghanisation, à l’irakisation du nord du pays. Il a fallu tout récemment, une intervention étrangère pour sauver la vie de nos populations. La cause de cette intervention étrangère est l’incapacité de nous suffire à nous-mêmes sur le plan sécuritaire, l’armée est déroutée, impuissante, incapable d’assurer le rôle qui est le sien. Les raisons avancées, nous les connaissons : manque de formation, de matériels adéquats, et pourtant nous les voyons, au moins une fois par an (22 septembre, date de l’indépendance), envahir nos voies (routes) avec des pacotilles et mascottes (chars et autres) pour nous faire croire que nous avons une armée digne de ce nom. Nous connaissons la suite.

 

 

Si j’étais à Koulouba ou même si ma voix ou mon cri pouvait être entendu et compris, je n’envahirai plus jamais les rues avec des objets encombrants pour prétexte de commémorer l’accession à l’indépendance.

 

 

Dépendant économiquement, impuissant militairement, il reste quoi pour un Etat qui se dit indépendant. Ces deux domaines sont inhérents à l’indépendance d’un Etat. Leur défaut constitue une asphyxie générale de l’Etat.

 

 

 

DIAKITE Médy, doctorant en droit privé à l’Université de Reims Champagne Ardenne.

Commentaires via Facebook :

PARTAGER

2 COMMENTAIRES

  1. En Afrique francophone il ne faut jamais parlé d’indépendance.
    On donne pas l’indépendance à une nation ou à un peuple ça ça s’acquiert par la force .Exemple la guerre d’Alger

Comments are closed.