Oublier le passé un moment, vivre le présent et préparer l’avenir

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Sidi Mohamed Diawara

Les Maliens sont habitués à une masturbation historico-culturelle dans laquelle ils prennent une fiertéputridequi ne dépasse cependant les portes de leurs demeures ou la profondeur de leurs poches. Cette masturbation consiste àévoquer le passé glorieux de leurs ancêtres, passé dont la véracité reste àvérifier pour beaucoup. En effet nous sommes fiers de clamer Soundiata, Firhoun, Soni Ali Ber, Samory, Da-Monzon, Biton, Damankilen, Babemba et j’en passe, comme nos glorieux ancêtres. Les griots nous les chantent tous les jours et nous leur en rendons en espèces sonnantes et trébuchantes. Tel ancêtrea terrassé un lion ; tel autre a conquis mille pays ; tel autre pouvait lever une armée de dizaines de milliers de guerriers. Tel ancêtre a conquis mille royaumes, il coupé la têteà tel nombre de Rois rivaux. Tel ancêtre a donné mille vaches et mille chevaux aux griots ; tel autre à creusé un canal ; tel autre a possédé dix mille esclaves. La liste est longue, je m’enarrêtelà pour ne pas donner le vertige à un lecteur éventuel.  Ce qui est intéressant, c’est que les petits filsou descendants de tous ces héroscités plus haut n’ont aucun fait d’armes, aucune conquête qui mérite de figurer dans les livres d’histoire à part les sommes qu’ils distribuent aux griots et le nombre de villas construites çà-et là. Depuis l’invasion du pays par le MNLA et ses alliés Djihadistes, l’évocation des ancêtres est devenue le 2em sport national après la création des associations, et des coalitions.

J’étais au premier meeting du COREN après la débâcle de Kidal, Gao et Tombouctou ; le Président dans son discours, n’a pas manqué cet exercice de l’évocation des Firhoun, Soundiata, etc. un peu comme une incantation. Bien d’autres s’adonnent à cela tous les jours que Dieu fait. Tombouctou parle de son passé glorieux et pleure la désacralisation de ses mausolées. Il est fort possible que tous les saints et érudits des siècles passés se retournent en ce moment dans leurs tombes sous les pattes criminelles de Ansar Eddine et du MUJAO… Du Nord au Sud, d’Est en Ouest, LE MALIEN VIT DANS SON PASSE et ne sent sa plénitude d’acteur social que quand un ancêtre est invoqué.

L’ancêtre était un héros, un Super Homme, un Erudit, selon le cas mais le descendant qui vit quelque part à Bamako, ou Ségou aujourd’hui est peut-être le plus couard de la ville ; le plus malhonnête, le premier des pourfendeurs de sa Nation mais pourvu qu’il porte le nom Keita, Diarra, Traoré, Diawara, Coulibaly etc. cela suffit à faire de lui un homme au- dessus des autres. En clair, le descendant ne ressemble en rien à l’ancêtre qui n’a d’ailleurs laissé ni palais, ni écrits, ni pyramide.Peu importe, il est l’ancêtre et tous ceux qui portent le même patronyme viennent de lui-comme s’il était le premier homme de cette espèce.

J’ai remarquéqu’en Occident on entretient la mémoire des ancêtres, on magnifie leurs réalisations multiples, on vous fait visiter les palais qu’ils ont construits, les machines qu’ils ont conçues, les châteaux qu’ils ont bâtis mais, bien mieux, les fils actuels essaient de faire mieux que leurs ancêtres ; ils ne se contentent pas de psalmodier leurs noms comme pour conjurer leur sort actuel ; ils travaillent ; ils se battent et veulent faire mieux. S’ils ne font pas mieux, ils conservent au moins en intégralité le pays et les souvenirs que les ancêtres leur ont légués.

A quoi cela sert de descendre de Soundiata, Firhoun et Babemba si on détale devant le premier barbu qui se pointe avec fusil en bandoulière ? A quoi cela sert de descendre de Tiramakan si tu n’as jamais conquis un mettre carré de territoire et tu abandonnes même ce qu’il t’a laissé aux premiers assaillants venus. Après on s’entre-déchire pour le peu qui reste à Bamako. A quoi nous a servi la lutte menée par Modibo Keita et ses compagnons si nous perdons plus de la moitié des terres qu’ils nous ont laissées ? De grâce, revenons dans le présent ; regardons le avec honnêteté ; transformons-le de notre génie -j’ose encore croire que nous en avons- pour bâtir un meilleur avenir, un avenir dont nos enfants seront fiers. Le passé ne sert que lorsqu’il inspire la bonne direction, les nouvelles réalisations et l’avenir se construit aujourd’hui, à chaque instant, par chaque acte que nous posons, par chaque décision que nous prenons.

Aux fiers descendants de Soundiata, Tiramakan, Damakilen, Firhoun, Kele Monzon, Babemba, Askia Mohamed etc. je vous dis, de descendre de votre piédestal ; laisser vos ancêtres dormir et regarder votre présent. Ce présent est celui du sous -développement- pour ne pas dire du contre-développement,- de pauvreté, de corruption généralisée, du vol institutionnalisé, d’Islamisme criminel, de délinquance économique, d’incivisme, de statistiques sociales des plus alarmantes, de diplômés non compétitifs à l’échelle sous régionale. Et pire encore, fiers descendants des Rois, Empereurs et Héros de tous genres, votre pays est occupé par des bandes de criminels qui invoquent Dieu et le Coran comme référence. Et Dieu ne viendra pas les chasser à votre place, et Soundiata, Askia Mohamed, Soni Ali Ber, Da-Monzon etc. ne reviendront pas non plus. Alors, il est temps, grand temps, d’oublier un instant le passé glorieux ou faussement glorieux, regarder le présent et préparer l’avenir. D’ailleurs, comme Léon Gontran Damas demandait aux Tirailleurs Sénégalais d’envahir d’abord le Sénégal, je vous dis « Envahissez d’abord Bamako et le Nord » et clamez ensuite vos ascendances ».

Une contribution de Mr. Sidi Mohamed Diawara | Expert en Assistance Electorale
4/09/2012

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1 commentaire

  1. Vous avez vu juste le nouveau type de Maliens que nous sommes
    Je serais plus à l’aise si vous pouvez nus éclairer davantage sur les causes ,l’évolution ,etc du phénomène et quelles solutions vous pouvez envisager pour nous

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