Point de mire : se souvenir des morts

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En ce mois bĂ©ni de Ramadan, mois de communion, de mĂ©ditation, mois tournĂ© vers une dynamique de groupe orientĂ©e sur les pratiques saines, sur la quĂȘte de salut commun, il faut, dans la bonne foi et le bon sens, avoir une pensĂ©e pieuse pour les ĂȘtres qui ont tirĂ© leur rĂ©vĂ©rence.

Notre pĂšre, le prĂ©sident feu Mamadou KonatĂ© (Paix Ă  son Ăąme) disait : « nous sommes tous appelĂ©s Ă  mourir, ce qui ne meurt pas, c’est le pays : pensez alors au pays ».

Le sénégalais Birago Diop affirmait que « les morts ne sont pas morts ».

«Il faut passionner les masses pour les organiser » disait Vladimir Jankélévitch mais il faut le faire utilement.

Le Mali est un pays béni depuis belle lurette et  il ne peut que survivre, In Cha Allah , aux provocations de ses détracteurs, nombreux et variés.

Des signes avant-coureurs de changement positif des mentalitĂ©s, des modes de pensĂ©e, se manifestent de plus en plus, reflĂ©tant des vertus de sagesse et de pĂ©dagogie relĂ©guĂ©es par des hommes exceptionnels qui, de leur vivant, ont marquĂ© d’empreintes indĂ©lĂ©biles la marche du Mali vers son meilleur devenir.

‘’ On ne peut construire l’avenir en mĂ©connaissant le passé’’.

L’épanouissement de la sociĂ©tĂ© malienne dans son intĂ©gralitĂ© constitue une prĂ©occupation majeure et il n’arrive Ă  l’esprit de personne d’en douter.

La constance dans l’effort, l’amplification des propos de tolĂ©rance, de paix, d’entente, la fiertĂ© d’appartenance Ă  un pays arc-en-ciel, ouvert sur l’extĂ©rieur depuis des siĂšcles ,  l’évolution de l’économie de subsistance vers l’économie de croissance,  la culture de rĂ©sultats ,  le besoin de la rencontre de l’autre, de dialogue inclusif, voilĂ  des leviers qui rencontrent, de plus en plus, des Ă©chos sonores au sein du grand public.

ConstatĂ©s mais peut-ĂȘtre contestables certainement par les pessimistes, ces signes sont, de notre avis, annonciateurs de lendemains rassurants pour l’ensemble des populations, tant urbaines que rurales.

Chacun doit, dans cette perspective, se souvenir des personnes rappelĂ©es Ă  Dieu au fil des ans et poser, ainsi, un acte revĂȘtant une signification de haute portĂ©e de par sa dimension spirituelle en l’occurrence


Il faut donc s’incliner devant la mĂ©moire des disparus dont les martyrs, les hĂ©ros de la libertĂ©, les pionniers de la lutte contre les forces du mal, les humanistes, les rassembleurs qui n’ont cessĂ© de dĂ©noncer les dangers des replis identitaires, du communautarisme culturel, de l’instrumentalisation du fait religieux, les leaders de grande rĂ©putation qui ont portĂ© loin la voix du Mali.

Ceux pour qui les symboles d’honneur et de dignitĂ© n’ont pas de prix, ceux qui ont Ă©crit les plus belles pages de l’histoire de notre pays, qui ont prĂȘchĂ© les bonnes paroles dans l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral, lancĂ© des cris d’alarme contre la perte des repĂšres, l’effritement des mƓurs, mĂ©ritent des hommages renouvelĂ©s de la part de l’ensemble des citoyens.

Des Ă©ducateurs Ă©mĂ©rites n’ont cessĂ© de mettre savamment l’accent sur la formation (diplĂŽmante ou qualifiante) de la jeunesse, des responsables Ă  tous les niveaux, sachant qu’il s’agit lĂ  d’un facteur important de dĂ©veloppement, un placement sĂ»r parce que s’adressant Ă  l’homme, capital le plus prĂ©cieux.

Pleins d’humilitĂ© et de piĂ©tĂ©, croyant plus aux valeurs qu’aux talents, des patriotes ont fait de leur rĂȘve une nation malienne apaisĂ©e et rĂ©conciliĂ©e, renouant avec la grandeur et le rayonnement d’antan.

Et pourtant bon nombre d’hommes, de femmes, d’enfants ont payĂ© de lourds tributs lors des conflits ; ils ont souffert d’exactions, de dĂ©solations, de traumatismes, d’angoisses, sans haine ni rancune, ni esprit de vengeance, le cƓur toujours Ă  la bonne place.  Ils ont soutenu, bon an, mal an, le fait ’’qu’il est plus facile de dĂ©truire que de construire ‘’

Personne ne doit oublier ceux et celles qui n’ont cessĂ© de dĂ©plorer l’indiffĂ©rence des autoritĂ©s et de la sociĂ©tĂ© civile devant la persistance des bouleversements et des soubresauts qui ont secouĂ©, çà et lĂ , le pays depuis son accession Ă  la souverainetĂ© nationale et internationale le 22 septembre 1960(sĂ©cheresse, exode rural, fuite de cerveaux, baisse du niveau scolaire et universitaire, baisse du pouvoir d’achat, mendicitĂ© croissante, diffĂ©rends fonciers, rĂ©trĂ©cissement du marchĂ© d’emploi,etc).

Pensons Ă  ceux et Ă  celles qui ont fait abnĂ©gation d’eux, violence sur eux pour se consacrer aux autres, pour extirper tout filtre avec eux, cherchant d’abord Ă  ‘’comprendre les questions ’’ selon l’idĂ©e du grand savant chinois Confucius il y’ a six siĂšcles avant notre Ăšre.

Il faut se souvenir des ĂȘtres humains qui n’ont pas pu mourir adultes, au sang des victimes d’agissements rĂ©currents dont les auteurs n’ont pas mesurĂ© la gravitĂ© morale et religieuse de leurs actes en essayant de raviver les feux de la haine, de l’ignorance, de la violence.

Certains ont compris le message fort contenu dans l’adage suivant : « avant d’ĂȘtre chef balayeur, il faut savoir balayer ».

Ils ont cherchĂ© Ă  prĂŽner l’unitĂ© dans la diversitĂ©, souhaitĂ© partager longtemps avec leurs contemporains des convictions profondes : il n’existe aucune corrĂ©lation entre la pauvretĂ© et la fatalité ; ce qui compte, ce sont les bienfaits de la coexistence pacifique, de la solidaritĂ© agissante, de la gĂ©nĂ©rositĂ©, de la comprĂ©hension et du respect mutuels, du langage de la vĂ©ritĂ© et de la rĂ©alitĂ©.

Des compatriotes jouissant de qualitĂ©s humaines avĂ©rĂ©es n’ont pas pu malheureusement forger leur destin en raison de la persistance des conflits, des querelles fratricides, des blessures de trop, de l’incivisme, des dĂ©chirures bĂ©antes du tissu social, de toutes sortes de phĂ©nomĂšnes de dĂ©nigrement, de culte de l’argent, devenus contagieux.

D’autres, pour qui le pays a Ă©tĂ© un creuset d’excellence, ont Ă©tĂ© dĂ©sagrĂ©ablement surpris par la propagation inquiĂ©tante du virus de l’opportunisme, du favoritisme, du laxisme, du nĂ©potisme.

Au vu de la disponibilitĂ© de la main d’Ɠuvre nationale, ils ont encouragĂ© le rĂ©flexe d’entreprise, cru Ă  la promotion des travailleurs compĂ©tents, intrĂ©pides, polyvalents, ces forces constituant les principales richesses du pays, celles destinĂ©es Ă  valoriser toutes les autres ressources existantes.

Certes, l’ĂȘtre humain n’est pas du tout parfait et la science la plus facile Ă  laquelle souscrivent gĂ©nĂ©ralement’’ les personnes Ă  problĂšmes’’ (il en existe partout dans le monde), demeure celle de la critique, une critique souvent stĂ©rile et sans effet.

C’est pourquoi nos aĂŻeux ont attirĂ© l’attention de leurs contemporains sur les individus qui, sans vergogne, ont la manie de critiquer constamment les proches et connaissances sans jamais proposer des solutions idoines aux problĂšmes rencontrĂ©s, sans s’impliquer dans l’analyse des situations de blocage pour dĂ©celer les insuffisances ou les faiblesses Ă  combler, pour contribuer Ă  redresser les dysfonctionnements.

Pour nos ancĂȘtres, l’essentiel est de savoir parler aux hommes et aux femmes mais surtout de savoir les Ă©couter, d’ĂȘtre sensible Ă  leurs soucis quotidiens.

Des compatriotes ont luttĂ© contre la dĂ©magogie, le clientĂ©lisme et leurs effets tentaculaires, contreboutes relations de connivence entre le pouvoir et le savoir, sachant que ‘’ le pouvoir corrompt et le pouvoir absolu corrompt absolument’’, des vĂ©ritĂ©s que partagent les bĂątisseurs comme les dĂ©molisseurs.

Ils nous ont enseignĂ© que ‘’ la meilleure des disciplines, c’est l’autodiscipline’’ et que le’’ pardon demeure le socle de la fraternité’’.

Il faut se souvenir de tout cela car le souvenir est plein d’enseignements fructueux alors que l’oubli est une pure nĂ©gation de l’imaginaire collectif, une fuite en avant dans l’accomplissement du devoir de mĂ©moire qui s’impose  à tous pour que des pans importants de l’histoire nationale ne soient exposĂ©s Ă  l’effondrement.

Le souvenir constitue un crĂ©neau susceptible de permettre surtout aux gĂ©nĂ©rations montantes de tenir l’esprit en Ă©veil, d’orienter largement la curiositĂ© vers tout ce qu’elles ignorent du jardin parfait de valeurs sociĂ©tales hĂ©ritĂ©es d’un passĂ© glorieux, berceau de brillantes civilisations multisĂ©culaires.

Souvenons-nous de la phrase célÚbre du traditionnaliste feu Amadou Hampùté Bù (Paix à son ùme):« en Afrique chaque vieillard qui meurt est une bibliothÚque qui brûle ».

L’histoire aussi a horreur du vide comme la nature du reste.

Enfin, Il ne faut pas se laisser distraire par des sceptiques qui croient encore, à leur maniùre, que ‘’la Terre est l’enfer d’une autre planùte ‘’.

Dormez en paix chers ĂȘtres disparus !  Que vos Ăąmes reposent en paix !  Amen !

Par Chirfi Moulaye HAIDARA, Chercheur, Sema II Badalabougou

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2 COMMENTAIRES

  1. merci de tout les beaux et de belles frases avec les quels vous nous avez fais comprendre l’importance de revoir le passĂ© pour construir un avenir certain je vous remerci

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