RĂ©vision constitutionnelle au Mali: la grosse pomme de la nouvelle discorde.

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Sekou Kyassou Diallo
Sekou Kyassou Diallo

Le Mali connaît de nouveau des remous et des grincements de dents. Et pour cause, face aux actes que pose le gouvernement, l’étonnement est parfois sans bornes. Après le scandale de l’avion présidentiel, de l’achat d’équipements militaires avec tout un tas de surfacturations et bien d’autres, la nouvelle grogne sociale est due au projet de révision constitutionnelle que beaucoup estiment comme une provocation de trop.

Koulouba est pressé. Surtout à l’horizon  2018, année des élections présidentielles, il pourra donc mettre la résolution de la crise, fût-elle mauvaise, dans sa besace et tenter ainsi d’arracher facilement  un second mandat à l’électorat. Dans la foulée, beaucoup d’explications sont données pour justifier la tenue du référendum du 09 juillet prochain, et l’appel à un « oui » massif.  Par exemple,  Maître Kassoum Tapo déclare que la nécessité du remaniement est dictée par les Accords d’Alger et l’exigence de la Communauté internationale.  Dans toute cette tirade, où est donc la volonté du peuple malien lui- même qui est le premier concerné ? Nul n’en parle.

La lecture du projet permet de voir qu’il y a des points qui ne sont pas mauvais. On peut citer, entre autres, le bannissement de la transhumance politique sous risque de perdre son mandat, pratique honteuse courante sur l’arène politique, quand un individu se fait élire député dans la chemise d’un parti, et finit dans les pantalons d’un autre. On aurait dû insister aussi, sous le même risque de perte de mandat, sur l’obligation pour les élus du peuple de rendre régulièrement des comptes à leurs bases électorales quant à leurs promesses tenues ou aux explications à fournir sur les grandes décisions à prendre sur la vie de la Nation.  La possibilité pour les Maliens de la diaspora d’avoir leurs représentants à l’Assemblée nationale est une nouvelle directive susceptible de faire entrer à l’Hémicyle des éléments compétents qui pourront partager leur expérience acquise à l’étranger dans tel ou tel domaine.  Le plus important ici, c’est surtout le flux financier vers le pays, qu’il faudrait canaliser de façon rationnelle et judicieuse afin de le mettre au service du développement effectif, c’est-à-dire, frapper droit dans le but recherché pour voir le résultat.

A ce niveau, il y a aussi des questions. Comment se fera cette élection des Maliens de l’extérieur, par importance du flux financier, sur la base de proportions par continent ou selon la volonté de chacun ? Si le mécanisme n’est pas bien défini, il pourra provoquer encore plus de divisions au sein de la diaspora. Au moment actuel, deux organes mènent la lutte pour représenter les Maliens de l’extérieur. Les conflits profonds deviendront inévitables par la suite.  Quel est le rôle que joueront ces députés maliens de l’extérieur ? Si c’est la défense des intérêts de la diaspora, alors quel rôle joueront le Ministère des Maliens et de l’extérieur et les diplomates ? Les champs d’action sont-ils définis ? Ici, il faudrait la création d’une commission parlementaire regroupant ces mêmes élus, laquelle se chargera du contrôle des activités des diplomates maliens dans le sens de la défense des  personnes physiques des Maliens de l’extérieur  et de leurs biens. Ceux qui auront failli à leur mission devraient  être rappelés sur recommandation de ladite commission avec des preuves à l’appui.  Le pays en a assez de tous ceux qui pèsent inutilement sur le budget national.

Maintenant, le bas qui blesse. Il y a des points à refaire et ceux qu’il faut supprimer  tout simplement. La création du Sénat est-elle nécessaire au regard de beaucoup d’autres organes qui sont restés budgétivores au Mali  et au moment ou certains pays, sur expérience, y renoncent déjà? La nomination d’une partie de ses membres par le Président de la République pose problème aussi.  Qui seront-ils, du « Mali d’abord », de « Ma famille d’abord »  ou de «Mes religieux et marabouts d’abord »? Si à l’Assemblée nationale, on voit des individus sans le niveau du BAC, il y a donc le risque que ce Sénat soit bourré d’ignorants qui ont fini à peine six classes d’école! Que pourront-ils proposer dans les méandres de la politique ou des relations extérieures à tisser ? Ce serait donc des sénateurs faciles à manipuler en leur mettant quelques morceaux dans la bouche !

Le renforcement du pouvoir présidentiel fait craindre la naissance d’une monarchie de l’époque de Soundjata Kéïta. Mais le plus gros risque pour le pays, c’est la possibilité dans l’avenir d’apporter des amendements au Texte fondamental sans le consentement du peuple. Le projet présenté le prévoit. Ce sera le dernier référendum organisé au Mali, s’il est adopté. Après des débats houleux, si on peut les appeler comme tels, les députés  de l’Assemblée nationale, des personnes que l’on ne revoit plus jamais à la base après leur élection et qui sont coupées ainsi de l’humeur sociale, lèveront comme à leur habitude les deux bras, peut- être aussi les deux pieds, pour adopter une nouvelle Constitution dont les Maliens ne sauront même pas les dispositions ! L’adoption du projet de révision par l’Assemblée ne reflété en aucun cas la volonté des Maliens, d’ autant plus que nous avons des députés que la base ne voit jamais. Ainsi, la révision de la Constitution se ferait autant de fois que la prétendue Communauté internationale le voudra puisqu’influencer ou faire plier nos élus n’est pas une mer à boire,  surtout que le peuple n’aura plus à dire son mot. Nous risquons d’être le premier pays sur télécommande aux boutons ultra-automatiques, sans la moindre souveraineté. Le peuple malien sera réduit à l’ état animal puisqu’on ne demande pas à un mouton s’il veut aller ou non dans la marmite de  Tabaski.

L’artcile 118  de la Constitution de 1992 en vigueur stipule qu’aucun référendum ne peut se tenir en cas de menace à l’intégrité du pays. Les Autorités maliennes ont tenté de trouver un subterfuge, en arguant qu’il s’agit d’une agression extérieure. Certes, il y a des extrémistes maliens, mais comment ne pas prendre en compte l’internationale jihadiste composée de mercenaires étrangers et de tous les cancres qui agissent en toute impunité sur notre territoire ? Maître Kassoum Tapo ne dira pas le contraire, car son Douentza natal en est devenu l’un des nids. Il aurait été préférable qu’il y tienne ses présents discours s’il le peut réellement.

A l’article 105 du projet il est dit: « La liberté de presse est reconnue et garantie. Elle s’exerce dans les conditions fixées par la loi. » Et pour garantir cette liberté d’expression, le gouvernement commence, à quelques semaines de la date référendaire, par bloquer les réseaux sociaux dans le pays !

Le choix même de la date du référendum laisse stupéfait. C’est l’hivernage. On exige des orpailleurs qu’ils cessent leurs activités pour aller cultiver. On demande aux cultivateurs d’ arrêter les travaux champêtres et de prendre des chemins embourbés pour aller voter, ne serait-ce qu’un seul jour. Qui a mesuré l’impact de cette seule journée sur la production agricole du pays, à part l’essence et les engrais que  l’on distribue actuellement aux paysans pour le « oui »  qui les privera de leurs voix pendant les 20 ans à venir, voire toute la vie ? On devrait aussi ajouter au nouveau projet de révision qu’une Autorité qui trompe ses citoyens illettrés devrait être poursuivable pour crime massif !

On ne résoud pas une crise en provoquant une autre. La sortie d’une éventuelle crise reste dans le report  pur et simple du référendum et du renvoi du texte à un nouvel examen par des juristes maliens, par la société civile à tous les niveaux, par des débats intensifs,  et non par des « experts » étrangers, en tenant compte  des humeurs sociales et des intérêts vitaux du pays.  IBK est un Président aux mains liées, il faut le dire. Par son entêtement à vouloir satisfaire  de  façon précipitée les caprices de ses maîtres  extérieurs,  de la CMA et de ses amis religieux, il risque de plonger le pays dans des tensions inutiles qui affaibliront davantage son régime.

En politique, la précipitation est aussi la mère de toutes les erreurs. Et quand on est mal entouré ou conseillé, elle conduit à la catastrophe.

Sekou Kyassou Diallo.

Alma Ata, Kazakhstan.

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